Climat : cinq menaces majeures ne pèsent pas sur la Tunisie
La Tunisie fait face à cinq risques climatiques majeurs susceptibles d’affecter durablement son économie, ses ressources naturelles et la productivité du travail, a alerté vendredi 13 mars 2026 l’expert en modélisation des risques environnementaux et climatiques, Hazem Krichan. Entre 1986 et 2016, la Tunisie a enregistré un taux moyen d’érosion du littoral estimé à 70 centimètres par an, un niveau considéré comme le plus élevé à l’échelle régionale.

La Tunisie est confrontée à cinq risques climatiques majeurs pouvant impacter durablement son économie, ses ressources naturelles et la productivité du travail, a alerté l’expert en modélisation des risques environnementaux et climatiques, Hazem Krichan, lors d’une déclaration faite le vendredi 13 mars 2026.
Ces menaces comprennent des vagues de chaleur fréquentes, la sécheresse, les pénuries en ressources hydriques face à une demande croissante, les inondations ainsi que l’érosion des côtes.
Selon Hazem Krichan, la situation est particulièrement alarmante dans les zones côtières. Entre 1986 et 2016, la Tunisie a enregistré un taux d’érosion du littoral moyen de 70 centimètres par an, ce qui est considéré comme le plus élevé de la région.
Vagues de chaleur : un impact direct sur l’économie
Lors d’une intervention sur Express Fm, Hazem Krichan a mentionné que l’année 2024 a été marquée par des vagues de chaleur sans précédent, plaçant la Tunisie parmi les pays africains les plus affectés par ce phénomène au cours des deux dernières décennies.
L’expert a prévenu que si cette tendance se maintient, cela pourrait entraîner des conséquences économiques significatives. Si le rythme observé au cours des vingts dernières années perdure, le produit intérieur brut (PIB) de la Tunisie pourrait diminuer de 5,9 % par an.
Les vagues de chaleur entraînent aussi une augmentation considérable de la consommation énergétique, estimée entre 40 % et 50 %, exerçant ainsi une pression supplémentaire sur les finances publiques, surtout dans un contexte de forte dépendance énergétique. Le stress thermique a également un impact direct et mesurable sur la productivité des travailleurs.
Dépendance énergétique et pressions géopolitiques
Hazem Krichan a en outre noté que les tensions internationales, notamment les conséquences de la guerre américaine contre l’Iran, pourraient impacter directement la balance commerciale tunisienne, en raison de la dépendance du pays aux importations d’énergie.
Le déficit énergétique actuel de la Tunisie est de 53 %, illustrant l’ampleur du défi auquel le pays fait face. D’après l’expert, les progrès en matière d’efficacité énergétique sont encore insuffisants, ce qui renforce la vulnérabilité de l’économie face aux variations des marchés énergétiques internationaux.
Il a appelé à une accélération de la transition énergétique, en renforçant les politiques publiques en faveur des énergies renouvelables et en mobilisant davantage de financements pour des projets novateurs adaptés aux enjeux climatiques et technologiques.
Pour faire face à la recrudescence des vagues de chaleur, l’expert recommande la prise de mesures concrètes et immédiates afin de protéger la santé des travailleurs et de maintenir la productivité économique.
Hazem Krichan plaide pour un aménagement urbain plus intelligent, avec la création d’espaces ombragés, de couloirs de ventilation naturelle et de points d’eau publics dans les zones à forte activité. Ces aménagements permettraient de réduire la chaleur ambiante et d’offrir aux travailleurs des lieux de repos avant une exposition prolongée au soleil.
Transport et bâtiments adaptés au climat
L’expert souligne aussi l’importance des infrastructures urbaines dans la réduction du stress thermique. Les attentes dans des espaces découverts ou l’utilisation de bus non climatisés contribuent à aggraver la fatigue thermique avant même le début de la journée de travail.
Dans ce contexte, il préconise le développement de réseaux de transport public climatisés, la création de parcours ombragés pour les piétons et l’adaptation des bâtiments aux conditions climatiques extrêmes.
Il insiste également sur la nécessité d’intégrer des solutions de refroidissement intelligentes et durables dans les bâtiments, alliant refroidissement passif – ventilation naturelle et isolation thermique – et systèmes actifs tels que les réseaux de refroidissement urbains ou la climatisation à eau.
Par ailleurs, Hazem Krichan estime que la chaleur extrême représente à la fois un défi et une opportunité pour la Tunisie. Selon lui, investir dans la recherche et le développement de technologies de refroidissement, améliorer la conception des bâtiments et promouvoir une agriculture résistante au stress thermique pourrait transformer ce défi climatique en opportunités économiques et novatrices.
Ces solutions pourraient non seulement renforcer la résilience de l’économie nationale, mais également créer de nouvelles filières technologiques exportables vers d’autres pays confrontés aux mêmes défis climatiques.

