Chronique d’une dégringolade annoncée…L’été sera chaud

L’agence de rating Fitch vient d’annoncer son verdict. Elle dégrade la note souveraine tunisienne à B-, avec perspectives négatives.

Les raisons invoquées sont connues depuis longtemps:
l’absence d’un accord avec le FMI, seul susceptible s’ouvrir la voie à des financements extérieurs,
l’absence de réformes structurelles fortes,
la fragmentation du paysage politique empêchant la formulation d’une vision cohérente de l’action politique,
l’incapacité de l’Etat à accompagner socialement des réformes sérieuses,
l’évolution effrénée de la masse salariale publique dans un contexte de rétraction du produit intérieur brut, suite aux effets de la pandémie.

Les faits nouveaux sont relatifs aux échéances fin juillet et fin août de remboursement de crédits garantis par les États-Unis à hauteur de deux fois 500 millions de dollars. Le renouvellement de telles garanties est certes en discussion mais n’interviendra probablement pas avant le quatrième trimestre 2021. Il y aura donc un mauvais quart d’heure à passer. Ces nouvelles garanties risquent d’être conditionnées par la signature du nouvel accord avec le FMI, tout comme les autres financements extérieurs recherchés par la Tunisie pour un montant de 3 milliards de dollars pour 2021.

La Tunisie a pu s’accommoder de ne pas sortir les marchés internationaux courant 2020 et 2021. Elle l’a fait en augmentant considérablement le recours au financement local, en dinars auprès des banques mais aussi du public, en devises également auprès des banques locales. Tout semble indiquer qu’il y a des limites à l’exercice. Ces prélèvements massifs sur le marché local ont eu un effet d’éviction par rapport au financement de l’économie réelle.

Le recours au Club de Paris est clairement évoqué par Fitch, c’est à dire une demande de rééchelonnement de la dette. Le gouvernement tunisien continue à affirmer haut et fort qu’il ne le fera pas, que la Tunisie ne l’a jamais fait et que le pays continuera à honorer ses engagements. Nous sommes plusieurs a avoir appelé les autorités régulièrement, depuis plusieurs années, à engager une telle réflexion sereinement et dans l’ordre pour anticiper une situation subie dans le désordre.

Les jours qui viennent s’annoncent difficiles. L’été sera chaud.

Radhi Meddeb