Chiens errants : Abattage et extermination, solutions temporaires à envisager
La Commission régionale de lutte contre les insectes et de suivi de la situation épidémiologique, présidée par Imed Boukhris, a annoncé une stratégie de gestion des chiens errants fondée sur l’intensification des opérations de capture et d’abattage. Selon le communiqué officiel, ces campagnes mobiliseront l’ensemble des moyens humains et logistiques disponibles et s’étendront aux abords des villes, zones touristiques, parcs et jardins publics.
On l’a maintes fois répété, la situation des chiens errants en Tunisie représente un véritable dilemme. La question se pose entre l’abattage quasi-systématique, surtout pour ceux atteints de zoonoses ou d’échinococcose, et le choix de les laisser survivre, ce qui donne l’impression de villes négligées et peu hygiéniques. La question n’est jamais définitivement résolue, et l’histoire a montré que les décisions sont prises en fonction de l’urgence de la situation, de manière cyclique.
Ces dernières années, des avancées ont été réalisées concernant les animaux domestiques en Tunisie grâce à une meilleure sensibilisation, à des campagnes de vaccination gratuites et à des adoptions de chiens et chats errants. Cependant, la menace de leur prolifération continue, alimentée par le fait de les nourrir, pèse sur les esprits. Des cas de rage animale ont récemment été signalés en raison de comportements imprudents de certains citoyens en contact avec des animaux susceptibles de les contaminer. Un rappel historique est donc nécessaire, avec des actions des autorités tunisiennes durant les années 1980 à considérer pour prendre du recul et prendre les meilleures décisions stratégiques. Pour l’instant, l’abattage est privilégié sur la prévention, mais cette mesure ne doit pas perdurer indéfiniment.
Réunie récemment sous la présidence du gouverneur de Tunis, Imed Boukhris, la Commission régionale de lutte contre les insectes et de suivi de la situation épidémiologique a annoncé une stratégie de gestion des chiens errants basée principalement sur une intensification des opérations de capture et d’abattage, jugées comme une réponse urgente à une prolifération inquiétante et à des risques pour la santé publique, notamment la rage.
Selon le communiqué officiel, ces campagnes mobiliseront tous les moyens humains et logistiques disponibles et s’étendront aux abords des villes, aux zones touristiques, parcs et jardins publics, avec un suivi rigoureux de leur mise en œuvre. Bien que des solutions humanitaires, telles que la stérilisation et la vaccination, aient été évoquées, elles semblent reléguées au second plan, considérées comme des mesures d’accompagnement dans une politique dominée par une approche répressive.
Cette orientation a suscité une forte réaction parmi les défenseurs des animaux et une partie de l’opinion publique, qui dénoncent une méthode brutale et inefficace. Ils rappellent que de nombreuses études montrent que l’abattage massif n’est ni une solution durable ni une garantie sanitaire, car il crée un cycle de disparition temporaire suivi d’une réapparition rapide des chiens errants, sans s’attaquer aux causes profondes du problème.
En revanche, les programmes intégrés combinant stérilisation, vaccination, relâchement contrôlé, création de refuges et actions de sensibilisation sont reconnus pour leur efficacité à long terme, permettant de stabiliser, voire de réduire, les populations canines tout en protégeant la santé publique. Au-delà de son efficacité douteuse, cette politique d’abattage soulève des questions morales, car elle est perçue comme une cruauté institutionnalisée infligeant souffrance et terreur à des animaux déjà vulnérables, une violence de plus en plus dénoncée par la population, soulevant des interrogations sur l’équilibre entre impératifs sanitaires, compassion et respect de la dignité animale.
Pour mieux distinguer les différents types de chiens errants, une étude très instructive du passé a permis de prouver que le travail des municipalités doit cibler les chiens contaminés par les conséquences de l’errance et les maladies qu’ils engendrent, ainsi que ceux ne présentant aucun risque apparent pour l’homme.
« Qu’appelle-t-on chien errant ? Au sens strict du mot, tout chien se trouvant à un moment donné sur la voie publique et non tenu en laisse doit être considéré comme chien errant. Autrement dit, il faudrait englober parmi eux les chiens sortis pour leur promenade quotidienne, les chiens de bergers, les chiens en activité de chasse, etc. Bien entendu, le qualificatif de chien errant doit être restreint aux seuls chiens vagabondant, librement et d’une façon prolongée, au milieu ou entre les agglomérations humaines, sur les axes routiers ou en pleine campagne. » — F. Ben Osman, Revue écologique la Terre et la Vie, 1985.
Son étude avait analysé le statut des chiens errants en Tunisie, marquée par une endémie de rage canine durant les années 1980, une situation comparable à celle d’autres pays du Maghreb, d’Afrique et du Moyen-Orient. Il avait précisé que le chien errant ne se définit pas simplement par sa présence sur la voie publique, mais par une errance prolongée.
La population canine errante se classe en deux groupes : les chiens errants occasionnels, qui ont un propriétaire mais sont laissés libres de manière accidentelle ou volontaire, et les chiens errants permanents, qui n’ont ni maître ni domicile et vivent en quasi-sauvagerie, ce qui les rend susceptibles d’être porteurs de maladies et impliqués dans les zoonoses.
Les chiens errants, souvent issus d’abandons, de semi-domesticité autour des propriétés rurales ou nés directement dans l’errance, se situent entre la faune sauvage et les chiens domestiques. Le bilan sanitaire indique que l’errance contribue à la transmission de la rage et du kyste hydatique, avec des chiffres élevés de morsures, de traitements antirabiques et de décès humains majoritairement imputables aux chiens errants en Tunisie.
Le texte conclut sur la nécessité de mesures strictes pour limiter la circulation libre des chiens afin de lutter contre les zoonoses, en gardant à l’esprit que toute action de contrôle doit tenir compte de l’équilibre écologique, la disparition totale des chiens errants pouvant engendrer d’autres effets négatifs.
La problématique des chiens errants en Tunisie ne peut pas être abordée par des réponses ponctuelles et urgentes. Bien que l’abattage puisse, dans certaines situations sanitaires exceptionnelles, répondre à un besoin de protection immédiate, il demeure une solution temporaire qui ne traite pas les causes structurelles de l’errance animale.
L’expérience du passé, les données scientifiques et l’évolution des mentalités s’accordent sur un même constat : seule une approche globale, durable et différenciée — reposant sur la prévention, la stérilisation, la vaccination, la responsabilisation des propriétaires et le renforcement du rôle des municipalités — peut garantir une réponse efficace et durable. Entre impératifs de santé publique et exigences éthiques, il devient essentiel de dépasser la logique de l’extermination afin de bâtir une politique publique équilibrée, rationnelle et respectueuse de la vie animale.

