Tunisie

Catastrophes naturelles en Afrique : Quel coût économique pour un continent sous-assuré ?

En 2025, les catastrophes naturelles ont entraîné en Afrique environ 3 milliards de dollars de pertes économiques, dont moins de 20 % seulement ont été assurés. En revanche, au Mozambique, la couverture des pertes liées aux cyclones a été quasi inexistante.

Le rapport « Munich Re » indique qu’en 2025, les catastrophes naturelles ont généré environ 3 milliards de dollars de pertes économiques en Afrique, dont moins de 20 % étaient assurées.

Ce niveau de couverture, bien en deçà de la moyenne mondiale, met en lumière la vulnérabilité des mécanismes de financement des risques climatiques sur le continent.

La Presse — La crise climatique se manifeste de plus en plus par des pertes économiques concrètes, avec des impacts qui varient considérablement selon les régions du monde. En 2025, les catastrophes naturelles ont coûté près de 224 milliards de dollars à l’échelle mondiale, selon Munich Re, dont 108 milliards étaient assurés.

L’Afrique, avec environ 3 milliards de dollars de pertes, est perçue comme moins touchée en valeur absolue, mais cette perspective cache une réalité fondamentale : le continent est beaucoup moins protégé contre les conséquences financières des événements extrêmes. En Afrique, moins de 20 % des pertes sont couvertes par l’assurance, ce qui signifie que plus de 80 % des dommages sont supportés directement par les ménages, les entreprises ou l’État.

Cette situation contraste fortement avec celle des économies avancées, où l’assurance joue un rôle crucial pour amortir les chocs climatiques. La faiblesse des marchés d’assurance en Afrique, souvent caractérisée par une faible pénétration des produits d’assurance dommages, explique en grande partie ce déficit.

Un continent exposé aux cyclones, mais insuffisamment protégé

Le bilan des pertes en Afrique en 2025 a été largement influencé par trois cyclones majeurs dans l’océan Indien. Les événements ayant frappé Madagascar (janvier), la Réunion (février) et le Mozambique (mars) ont concentré plus de la moitié des pertes économiques observées sur le continent.

La Réunion est mentionnée, car « Munich Re » inclut ce territoire dans sa zone de « l’Afrique et l’océan Indien », en raison de son exposition similaire aux cyclones et de la disponibilité de données fiables. Ces tempêtes confirment l’augmentation de l’exposition des régions côtières et insulaires aux événements extrêmes, dont l’intensité est exacerbée par le réchauffement des océans. Les statistiques mettent également en évidence des disparités significatives en matière de couverture.

À la Réunion, territoire français intégré aux systèmes d’assurance européens, près de 50 % des pertes causées par le cyclone ont été assurées. En revanche, au Mozambique, la couverture a été presque inexistante. Cette asymétrie illustre le lien direct entre le niveau de développement des marchés d’assurance et la capacité d’absorber les pertes, ainsi que le rôle des politiques publiques dans la gestion des risques.

De plus, le rapport « Munich Re » souligne que le montant de 3 milliards de dollars de pertes en Afrique est sous-estimé, car il ne prend pas en compte les impacts économiques des vagues de chaleur et des sécheresses prolongées. Ces phénomènes sont particulièrement préoccupants en Afrique, où la sécheresse touche régulièrement les zones agricoles et impacte les revenus ainsi que la sécurité alimentaire. Leur omission dans les statistiques limite donc la capacité à évaluer l’ampleur réelle des conséquences climatiques sur le continent.

Pour la Tunisie : un enseignement en matière de prévention et de financement

En Tunisie, les récents épisodes d’inondations ont mis en lumière la vulnérabilité du pays face aux aléas climatiques, principalement dans les zones urbaines et côtières. Le constat rejoint celui observé à l’échelle continentale : la résilience dépend non seulement de la prévention, mais également de la capacité à financer la reconstruction. Le cas du Maroc, souvent cité dans les classements internationaux des risques climatiques, en témoigne.

Entre 1993 et 2022, les pertes directes liées aux événements climatiques au Maroc sont évaluées à environ 147,9 millions de dollars, avec un coût moyen annuel des catastrophes naturelles s’élevant à environ 8 milliards de dirhams, soit près de 0,8 % du PIB. Ces chiffres, bien que variés dans leur méthodologie, montrent que l’impact économique des aléas climatiques peut être significatif même dans des pays à croissance stable.

Pour améliorer la résilience, « Munich Re » recommande de développer des mécanismes de transfert des risques, tels que des pools régionaux ou internationaux, afin de mutualiser les coûts de couverture. L’exemple de « l’African Risk Capacity » illustre bien ce type de dispositif. Le rapport met également en avant le potentiel des assurances paramétriques, notamment agricoles, basées sur des indices de précipitations ou de sécheresse, qui facilitent des indemnisations plus rapides et mieux adaptées aux réalités locales.

Enfin, le renforcement des infrastructures résilientes et des systèmes de données climatiques est essentiel. Une meilleure connaissance des risques permet non seulement d’améliorer la tarification de l’assurance, mais également d’orienter les politiques publiques vers des investissements de prévention plus efficaces.