“Belle de Nuit” : un film percutant face à l’indifférence
Le film tunisien “Belle de Nuit” (Nawar), réalisé par Khedija Lemkecher, sera présenté en avant-première le 2 janvier 2026 au Cinéma Le Colisée. L’œuvre a été sélectionnée en compétition officielle internationale au Festival International du Film de Kinshasa en 2024 et a remporté le prix de la meilleure réalisation au Festival International Cinéma et Migration d’Agadir.
Le film tunisien « Belle de Nuit » (Nawar), réalisé par Khedija Lemkecher, sera diffusé en avant-première le 2 janvier 2026 au Cinéma Le Colisée. L’œuvre, dont le titre original est « Nawar », a déjà eu un écho international puisqu’elle a été sélectionnée en compétition officielle au Festival International du Film de Kinshasa en 2024.
Elle a également remporté le prix de la meilleure réalisation au Festival International Cinéma et Migration d’Agadir, ainsi qu’un prix spécial du jury pour la meilleure interprétation masculine.
La réalisatrice a récemment expliqué sur les ondes de RTCI les fondements et les ambitions de son long-métrage. L’inspiration première lui est venue du destin d’une athlète éthiopienne disparue en mer Méditerranée, un drame qui l’a poussée à se concentrer sur les sportifs individuels du continent africain, souvent ignorés et marginalisés malgré leur talent. Elle a souhaité rendre hommage à la Fédération Tunisienne de Boxe et à ses champions, faisant notamment référence à la salle mythique de la rue Jugurtha à Tunis, qui fête plus de cent ans d’existence, où une partie du tournage a été effectuée.
Le film se déroule dans le quartier de Hay Hlel, en périphérie de Tunis. La cinéaste décrit cet endroit comme un espace de misère urbaine riche en humanité et en énergie singulières. Elle le voit comme un personnage à part entière, marqué par une atmosphère lourde et un ennui profond qui obsède une jeunesse en attente. Khedija Lemkecher a passé près de quatre ans à s’immerger dans ce quartier et à tisser des liens de confiance avec ses habitants avant d’y filmer, dans le but de dépasser les clichés misérabilistes. Elle souligne la présence de nombreux talents, sportifs et artistiques, dans ces zones marginalisées, qu’elle compare à des belles de nuit, des fleurs qui ne s’épanouissent que dans l’obscurité et passent inaperçues durant la journée.
Le récit suit la relation entre un jeune boxeur talentueux, Yahya, dont le rêve obsessionnel et périlleux est le départ, et son entraîneur Joe, figure de transmission et de résistance, malade mais tenace. La réalisatrice présente leur lien comme étant celui d’un coach et de son champion, mais aussi d’un père et de son fils, dans un contexte familial marqué par l’absence et le silence. La boxe y est montrée non pas seulement comme un spectacle, mais comme une métaphore des combats de la vie, un langage du corps qui remplace les mots.
Concernant le sujet sensible du départ clandestin, Khedija Lemkecher explique avoir voulu éviter le sensationnalisme. Le phénomène migratoire n’est pas le cœur du film, mais plutôt la manifestation ultime et tragique d’un rêve devenu mortifère. Selon ses mots, le film aborde ainsi le thème de la disparition en mer et de l’impossible deuil pour les proches, une quête physique et philosophique.
La perception internationale de l’œuvre, largement saluée dans divers festivals, a révélé, selon la réalisatrice, la divergence de perspective concernant la migration entre les deux rives de la Méditerranée. Elle remarque que les publics et critiques d’Afrique du Nord saisissent des références et des symboles, tels que le lys, qui peuvent échapper à d’autres, illustrant ainsi une histoire et des sensibilités communes.
À quelques jours de l’avant-première tunisienne prévue le 2 janvier 2026, Khedija Lemkecher exprime son désir de partager ce film avec ceux qui ont contribué à sa création, notamment les membres de la communauté de la boxe et les habitants de Hay Hlel, tout en laissant le public local se forger sa propre opinion. Finalement, la réalisatrice qualifie son film de coup de poing, cherchant à transmettre un malaise nécessaire face à une réalité sociale souvent ignorée.

