Tunisie

Aymen Jellili du FIFEJ de Sousse : « Redonner espoir aux jeunes »

Aymen Jellili assure la direction du Festival international du film de l’enfance et de la jeunesse (Fifej) pour la deuxième année consécutive, avec la 15e édition prévue du 6 au 11 avril à Sousse. Le budget total de la 15e édition s’élève à 135.000 dinars, dont 110.000 dinars proviennent de l’aide du ministère des Affaires culturelles.


Pour la deuxième année consécutive, Aymen Jellili dirige le Festival international du film de l’enfance et de la jeunesse (Fifej), dont la 15e édition se tiendra du 6 au 11 avril à Sousse.

Le budget a augmenté par rapport à l’édition précédente, avec des films inédits en avant-première, trois jurys internationaux pour quatre compétitions, ainsi que des ateliers de formation et des rencontres.

**Tout d’abord, quel bilan faites-vous de la précédente édition ?**
L’édition précédente a représenté un défi, car il s’agissait de redonner vie à un festival qui était en déclin depuis cinq ans. Le Fifej est l’un des plus grands festivals de cinéma en Tunisie, se plaçant comme la troisième manifestation cinématographique après les JCC et le Fifak. Le bilan de la 14e édition est globalement positif. Nous avons rétabli la confiance avec les bailleurs de fonds, le ministère des Affaires culturelles, les autorités locales de Sousse et les associations partenaires. Nous avons même réussi à attirer de nouveaux partenaires. De plus, nous avons fidèlement appliqué le programme annoncé lors de la conférence de presse. Cette année, nous avons prévu un jour supplémentaire. L’an dernier, le festival a duré cinq jours, avec les fictions et les documentaires réunis dans une seule compétition. Cette année, nous avons décidé de les séparer en deux compétitions, car nous avons reçu plus de films sur la plateforme du Fifej. Cela prouve que les réalisateurs, producteurs et distributeurs ont confiance en cette manifestation.

**Quels sont les points négatifs ?**
La participation des enfants et des jeunes a été faible. Nous n’avons pas assez travaillé sur cette question, bien qu’il y ait eu une collaboration avec le ministère de la Jeunesse et des Sports. Cette année, nous nous orientons davantage vers les écoles de cinéma, notamment les Ecoles des arts et des métiers de Gabès et de Kairouan, l’Ecole des Beaux-Arts de Nabeul, et l’Académie de Carthage à Tunis, afin d’impliquer les étudiants dans les ateliers et de leur permettre de nouer des relations avec des professionnels qui pourront les aider dans leur future carrière de cinéaste. Par ailleurs, nous avons préparé nos dossiers de financement auprès du ministère des Affaires culturelles à l’avance. Cependant, le traitement de ces dossiers reste un problème, car les travaux au sein des instances compétentes du ministère ne commencent qu’en février, alors que le festival se déroule début avril. Nous envisageons sérieusement de changer la date du festival. L’année prochaine, il sera probablement prévu en septembre.

**Qu’en est-il du budget ?**
Le budget a sensiblement augmenté grâce à l’arrivée de nouveaux partenaires, comme le Fonds des Nations unies en Tunisie, qui nous a accordé 30 mille dinars pour l’hébergement et la formation des jeunes participants des écoles mentionnées. Un hôtel de Sousse a également offert l’hébergement pour le jury et quelques invités. Nous comptons aussi sur la coopération avec les instituts culturels des représentations diplomatiques en Tunisie (IFT, Goethe Institut), qui couvrent les frais de voyage des cinéastes invités et les droits de diffusion des films. Le gouvernorat de Sousse, tenant compte des retombées de l’édition précédente, envisage de nous fournir une aide logistique significative, tout comme la Municipalité et les unités de sécurité de Sousse.

**L’affiche de cette 15e édition représente le poète Virgile, auteur de l’Enéide, entouré de deux muses : Clio et Melpomène. Quel est le rapport avec la thématique de cette présente édition ?**
C’est une idée que j’ai proposée. L’année dernière, nous avons rendu hommage à la Palestine. Cette fois, je souhaitais transmettre un message d’espoir avec cette représentation, dont une copie de la mosaïque recouvre le mur du rempart de Sousse. Je voulais célébrer ce patrimoine qui fait la fierté de Sousse. Nous avons remplacé Virgile par un enfant portant des lunettes 3D.

**Qu’est-ce qui caractérise la programmation de cette édition ?**
La majorité des films présentés seront diffusés pour la première fois en Tunisie, y compris un film égyptien après sa sélection au Festival Red Sea, qui raconte l’histoire d’un albinos, un biopic vénézuélien sur le chanteur engagé Ali Primera, ainsi que des avant-premières de films russes, jordaniens, togolais et français. Le film d’ouverture « Nawi » de Tobias et Kevin Schmulzler est une œuvre majeure adaptée d’un fait divers et incarne parfaitement la philosophie de cette 15e édition. Il sera projeté en présence de l’un des quatre réalisateurs et de sa productrice. Ce film aborde le mariage des filles mineures au Kenya, défendant des valeurs et principes humains universels, avec le soutien de la société civile allemande. Au total, 55 films seront présentés, dont 8 longs documentaires dans la compétition officielle.

**Quel objectif voulez-vous atteindre ?**
J’aspire à faire de ce festival un événement incontournable à Sousse, une ville touristique par excellence. Cependant, il reste un travail considérable à réaliser pour convaincre la population de soutenir ce projet. La confiance se construit par étapes. J’ai un défi personnel : j’ai hérité d’un festival fondé par Néjib Ayed, et je suis très honoré de poursuivre son œuvre. Je souhaite laisser une empreinte.

**Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées pour réaliser cette édition ?**
Tout d’abord, il faut réfléchir à la philosophie que je veux donner à cette édition, en commençant par l’affiche. Je pense aux angles et aux causes que nous souhaitons défendre et promouvoir. Également, nous réfléchissons à l’organisation d’ateliers de formation différents de ceux de l’édition précédente. En tenant compte de cela, j’envisage la programmation des films. Il est nécessaire d’obtenir les films et d’impliquer des amis, tels que Mohamed Maâcharaoui, Mohamed Bakri, Mohamed Malass, Moussa Touré, Gaston Kabouré, et d’autres partenaires pour m’envoyer des liens pour visionner les films. Les procédures administratives et bureaucratiques représentent les premières difficultés à surmonter. Leur déblocage prend beaucoup de temps, ce qui complique notre travail. Le budget total de la 15e édition s’élève à 135.000 dinars, dont 110.000 dinars proviennent du ministère des Affaires culturelles. Nous pourrions atteindre 170.000 dinars grâce aux services fournis par nos partenaires. Il est essentiel de revoir le travail des commissions. Elles doivent proposer des solutions pour faciliter l’organisation des festivals. L’État a un rôle à jouer pour accompagner la société civile dans ses projets qui ne sont pas à but lucratif.

**Sous quel signe inscrivez-vous cette 15e édition ?**
Sous le signe de l’amour et de l’espoir pour une jeunesse avec laquelle nous cherchons à partager nos ambitions.