Tunisie

Audit et enquête parlementaire : mettre fin à l’inertie du transport public

La Transtu ne parvient pas à faire face aux défis actuels malgré les lourds investissements et les promesses d’acquisition de plusieurs centaines de nouveaux bus. Les conditions de transport se détériorent chaque jour, et aucune mesure n’a été prise pour résoudre les problèmes constatés, laissant les usagers dans une situation difficile.

En dépit des efforts de l’État pour promouvoir le transport public, de la volonté politique affichée par le Président lui-même et des investissements considérables réalisés pour acquérir de nouveaux équipements modernes, la Transtu continue de rencontrer des difficultés.

La Presse — Quelle en est la raison ? Pourquoi cette incapacité à mettre en œuvre de véritables mesures pour sortir cette entreprise publique de l’immobilisme dans lequel elle semble être engluée ?

Espoirs déçus

Face à la situation désastreuse des services, il est urgent d’agir. Mais cette action doit être à la fois méthodique et radicale.

Sans remettre en question la sincérité des intervenants, les autorités compétentes doivent explorer d’autres voies que celles actuellement empruntées. La Transtu, telle qu’elle est perçue aujourd’hui (d’autres la nomment encore par nostalgie Snt), ne peut plus répondre aux défis actuels.

Le Chef de l’État lui-même insiste sur la nécessité d’adopter de nouvelles approches pour résoudre n’importe quel problème.

Cependant, aucune de ces approches ne semble visible. Le citoyen ne constate aucune amélioration dans son quotidien.

C’est regrettable à dire, mais c’est une réalité. La plupart des promesses faites n’ont pas été tenues. Les centaines de bus supplémentaires n’ont eu aucun impact sur la vie des usagers. Les engagements des responsables n’ont pas été respectés.

En fait, lorsqu’on est confronté à la réalité, c’est un véritable calvaire.

Pourquoi faire des promesses si on n’est pas en mesure de les respecter ? Pourquoi laisser des milliers d’usagers vivre dans un espoir toujours déçu ?

Aujourd’hui, après l’acquisition de plusieurs centaines de nouveaux bus le mois de juillet dernier, ainsi que les promesses d’en acquérir plus de 400 dans les semaines prochaines, rien ne s’oppose à une révision complète de la gestion de cette entreprise.

Tous les diagnostics dressés à ce jour n’ont donné que des constats négatifs.

Des projets bloqués aux chantiers qui traînent

Des projets à l’arrêt, des chantiers qui s’éternisent et des problèmes à profusion sont la norme. C’est pourquoi, dès qu’un petit incident survient, tout bloque. Les responsables ne parviennent pas à réagir rapidement à l’urgence.

Un métro tombe-t-il en panne (ce qui est quotidien), un incident se produit-il, et la réaction est inexistante. Pas de bus en renfort, pas de communication avec les usagers. En somme, une indifférence totale à l’égard des difficultés rencontrées par les usagers. Nous ne cherchons pas à dénigrer les efforts des employés sincères, mais il faut bien constater l’amère réalité.

Il est préoccupant de voir le nombre de projets à l’arrêt pour diverses raisons, ou ces chantiers qui s’éternisent.

Les exemples abondent. Prenons les travaux sur le pont de Kheireddine qui subissent des prolongations depuis plusieurs années. Cela a conduit la ligne du TGM à être presque hors service. Bien que l’on ait annoncé une “fin imminente” des travaux sur cet ouvrage, une nouvelle entrave est déjà programmée ! Il s’agit de la circulation du train sur une seule voie entre les stations du Bac et Tunis-Marine. Jusqu’à quand ? Personne ne peut le dire.

Par ailleurs, il y a le chantier de la rue Ibn Kozman près de la Place Barcelone, où des travaux de réfection d’une petite portion des trottoirs durent depuis des semaines. Par conséquent, les bus qui stationnaient à cet endroit ont dû déménager ailleurs. Les désagréments pour les usagers sont indéniables.

Depuis au moins trois semaines, nous faisons face à un sérieux problème de zone inondée à proximité de la station Tunis-Marine. Depuis fin janvier, tous les bus et métros qui partent ou arrivent à cet emplacement subissent des perturbations. Certaines lignes ont été déplacées et les métros ne desservent plus cette station principale.

Face à tous ces désagréments, aucune mesure particulière n’a été prise pour soulager les citoyens.

Même les promesses de rétablissement des lignes de bus supprimées n’ont pas été tenues. On a l’impression qu’il n’y a pas de pilote à bord de l’avion Transtu, que les responsables ne mesurent pas les souffrances réelles des usagers. Ces derniers se sentent démunis face à l’indifférence inexplicable de ceux qui sont censés veiller au bon fonctionnement de cette entreprise.

La voie est libre devant le secteur privé

S’agissant des fréquences des navettes, c’est un sujet à part. Pour être franc, elles ne sont jamais respectées et ne semblent exister que sur le papier. Elles nécessitent d’être révisées et, surtout, appliquées.

Peut-on, en 2026, imaginer qu’il faille attendre deux heures ou plus pour voir arriver un moyen de transport, et qu’il soit, de surcroît, plein à craquer ?

Les habitants des différentes banlieues et les utilisateurs des bus et des métros éprouvent des difficultés au quotidien pour se rendre au travail ou se déplacer. Chaque jour, la situation ne s’améliore pas, mais empire. On en arrive à la conclusion que tout est fait pour favoriser le secteur privé. Les faits le confirment. Alors qu’un citoyen peut passer des heures à attendre un bus ou un métro, des dizaines de taxis collectifs circulent toutes les minutes. Sans oublier les bus privés qui, curieusement, se distinguent par leur régularité, leur ponctualité et la fréquence de leurs trajets vers certaines destinations, malgré une flotte très limitée !

Ajoutons à cela le comportement irresponsable de certains agents qui ne respectent pas les itinéraires et grillent des stations, obligeant ainsi les usagers à recourir aux nombreux taxis collectifs.

Devant un tel tableau désolant, l’usager a fini par se résigner et n’attend plus rien des responsables de la Transtu, qui, apparemment, n’ont rien de nouveau à apporter.

D’où l’idée qu’il est nécessaire de rechercher des solutions plus méthodiques et plus radicales. Face à l’inertie et à des pratiques inefficaces, le seul remède est de changer l’équipe qui ne semble pas avoir l’esprit entrepreneurial.

Il est grand temps d’explorer d’autres options et d’adopter de nouvelles méthodes de travail. Faisons appel à de nouvelles compétences pour insuffler un renouveau dans un secteur crucial, voire stratégique.

Pour cela, la création d’une commission d’enquête parlementaire ou la réalisation d’un audit (ou les deux) s’impose.

Il serait inacceptable de persister indéfiniment sur la même voie stérile qui n’a conduit à aucun résultat. À quoi bon des dizaines de bus entassés dans les dépôts de la société alors que les usagers peinent à se déplacer ?

Le Tunisien ne peut pas continuer à endurer des conditions déplorables sans fin et gérer seul une crise interminable. Grâce à cette commission et cet audit, ou tout autre moyen efficace, notre pays doit sortir de l’impasse. Et cela doit se faire rapidement. Assez de promesses vaines, et passons à l’action avec, comme objectif, l’obligation de résultats !