Au-delà de la croissance, les IDE ne sont pas moteur du bien-être économique.
Habiba Nasraoui Ben M’rad a présenté les conclusions de son étude sur l’impact des investissements directs étrangers (IDE) sur le bien-être économique dans les pays en transition, dont la Tunisie. La chercheuse souligne que le taux d’épargne national brut en Tunisie atteint seulement 4 % contre 10 % avant 2011, un niveau jugé insuffisant pour financer l’investissement.
Invitée jeudi soir de l’émission Écosphère sur RTCI, l’enseignante universitaire et économiste Habiba Nasraoui Ben M’rad a exposé les conclusions de son étude sur l’impact des investissements directs étrangers (IDE) sur le bien-être économique dans les pays en transition, dont la Tunisie.
Habiba Nasraoui Ben M’rad définit l’investissement direct étranger comme des flux d’investissement net destinés à acquérir une participation durable d’au moins 10 % des actions avec droits de vote dans une entreprise opérant dans un autre pays. Ce seuil, établi par le FMI, l’OCDE et la Banque mondiale, permet de distinguer les IDE des investissements en portefeuille, jugés plus volatils et spéculatifs.
L’universitaire souligne que les IDE représentent une ressource non génératrice de charges supplémentaires, stable et à long terme, à la différence des prêts bancaires, qui créent une dette, ou des investissements en portefeuille à visée spéculative. Elle souligne que la croissance économique ne peut plus être considérée comme la seule mesure du progrès. Le développement doit englober trois dimensions : économique, sociale et environnementale.
C’est de la combinaison de ces trois dimensions que découle la notion de bien-être ; en effet, la croissance seule peut engendrer des inégalités sociales et nuire à la cohésion sociale. L’originalité de l’étude réside dans son échantillon comprenant la Tunisie et des pays d’Europe centrale et orientale : Bulgarie, Croatie, Roumanie, Slovénie, Hongrie, République tchèque, Estonie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie et Pologne.
Ces pays traversent une double transition : politique, en tant que jeunes démocraties issues de l’ancien bloc de l’Est ou du printemps arabe, et économique, par le biais de réformes visant l’intégration à l’économie de marché. Habiba Nasraoui Ben M’rad note que les études sur le rôle des IDE dans le bien-être économique sont rares, en particulier pour les pays en transition.
Son travail se distingue par l’utilisation de variables explicatives macroéconomiques, politiques et institutionnelles, qui n’avaient jamais été considérées ensemble auparavant. Concernant les mécanismes de transmission, la chercheuse identifie plusieurs canaux d’impact. Le premier est la capacité d’absorption via le capital humain. Elle explique que les transferts technologiques, appelés spillovers technologiques, constituent l’un des principaux effets positifs des IDE, et que dans les pays où le niveau d’éducation est plus élevé, cet impact est maximisé.
Pour la Tunisie, elle souligne que le pays possède des écoles d’ingénieurs de renommée internationale, dont les diplômés sont très recherchés à l’échelle mondiale. Selon elle, l’État tunisien devrait accorder davantage d’importance à ces écoles et à leurs diplômés. L’efficacité du système financier constitue le second mécanisme. Elle explique que les pays ayant un stock minimal de capital humain, que la Tunisie dépasse, associé à un mécanisme de marché financier efficace, peuvent pleinement tirer parti des IDE.
Elle plaide pour une réforme du système financier tunisien afin de le rendre plus social, solidaire et coopératif. La qualité institutionnelle est un déterminant clé. L’universitaire détaille les six indicateurs de gouvernance utilisés par la Banque mondiale pour mesurer la qualité institutionnelle : l’accroissement et la responsabilité, la stabilité politique, l’efficacité gouvernementale, la qualité réglementaire, l’état de droit et le contrôle de la corruption.
En ce qui concerne la Tunisie, elle précise que le pays bénéficie d’une stabilité politique, entendue comme absence de terrorisme et de guerre civile. Elle fait remarquer que les économistes s’accordent à dire que les disparités institutionnelles expliquent les différences de développement. Ainsi, la qualité institutionnelle est un canal majeur par lequel les IDE influencent la performance économique du pays d’accueil.
Habiba Nasraoui Ben M’rad résume les effets des IDE : ils contribuent à l’accroissement de l’investissement intérieur, stimulent le marché du travail, améliorent la concurrence et augmentent la productivité des investissements nationaux. Concernant l’emploi, elle évoque des études démontrant que les IDE réduisent le chômage et augmentent le salaire moyen des travailleurs, car ils offrent généralement des rémunérations supérieures aux niveaux locaux, ce qui entraîne des hausses de salaires dans d’autres secteurs et améliore le PIB par habitant.
Pour la Tunisie, l’urgence est pressante selon la chercheuse : le taux d’épargne national brut n’atteint que 4 %, contre 10 % avant 2011, un niveau terriblement insuffisant. Elle rappelle que la Tunisie, comme tout pays en développement ou en transition, éprouve un écart structurel entre épargne et investissement, les économies générées ne permettant pas de financer l’investissement.

