Tunisie

Assurance et réassurance : « 18e RDV de Carthage » sur les risques.

La ministre des Finances, Michket Slama Khaldi, a rappelé que la Tunisie figure parmi les pays les plus exposés aux changements climatiques en raison de son appartenance au bassin méditerranéen. La sécheresse représente plus de la moitié des catastrophes naturelles enregistrées historiquement, tandis que les inondations ont généré près de 60 % des pertes économiques, avec un coût pouvant atteindre jusqu’à 1,9 % du PIB.


Ouvrant les travaux de la conférence, la ministre des Finances, Michket Slama Khaldi, a souligné que la Tunisie, en raison de sa situation géographique dans le bassin méditerranéen, est l’un des pays les plus vulnérables aux changements climatiques. La sécheresse représente plus de la moitié des catastrophes naturelles enregistrées depuis longtemps, tandis que les inondations ont engendré près de 60 % des pertes économiques, lesquelles peuvent atteindre jusqu’à 1,9 % du PIB.

Le « 18e RDV de Carthage », conférence internationale sur les enjeux et défis du secteur de l’assurance et de la réassurance, s’est terminé hier à Tunis. Cet événement, organisé par la Fédération tunisienne des sociétés d’assurances (Ftusa), la Fédération générale arabe des assurances (Gaif) et la Société tunisienne de réassurance (Tunis Re), a eu lieu du 1er au 3 février avec pour thème : « Sécuriser l’avenir dans un monde en mutation : innover, prévenir et renforcer la résilience ».

Cette thématique traduit, d’après la ministre des Finances, Michket Slama Khaldi, un besoin urgent et une stratégie pour établir un système d’assurance axé sur la durabilité, l’inclusion et la confiance.

### Des risques de plus en plus récurrents et imprévisibles

Lors de la cérémonie d’ouverture, la ministre a insisté sur le rôle croissant que doit jouer le secteur de l’assurance dans le développement économique, ainsi que dans la promotion de la justice sociale et la protection des individus, des entreprises et de l’État. « Ce thème illustre la transformation profonde que connaît le secteur de l’assurance, en train de passer d’une logique fondée sur l’indemnisation après sinistre à un nouveau modèle reposant sur la prévention, l’anticipation et la gestion des risques. Autant de facteurs fondamentaux pour la construction d’une économie plus résiliente et d’une société plus sûre », a-t-elle déclaré.

Dans ce contexte, elle a souligné que le monde actuel est davantage exposé aux risques, notamment en raison de l’accélération des changements climatiques, des défis économiques et financiers, et des transformations technologiques disruptives. Une réalité qui contraint le secteur de l’assurance à évoluer au-delà de son rôle traditionnel pour adopter une approche globale intégrant la prévention, la planification et le renforcement des capacités de résilience. Cette évolution se matérialise également par des chiffres révélateurs.

Se référant à plusieurs rapports internationaux, la ministre a noté que les pertes causées par les catastrophes naturelles ont franchi, ces dernières années, leurs moyennes historiques, atteignant, à certaines périodes, des sommets dépassant les 100 milliards de dollars. « Cela reflète une transformation structurelle de la nature des risques liés aux changements climatiques », a-t-elle commenté.

À l’échelle nationale, Michket Slama Khaldi a rappelé que la Tunisie, par sa position au sein du bassin méditerranéen, fait partie des pays les plus touchés par ces changements climatiques. La sécheresse représente plus de la moitié des catastrophes naturelles enregistrées historiquement, tandis que les inondations ont entraîné près de 60 % des pertes économiques totales. Les catastrophes naturelles majeures peuvent, par ailleurs, coûter jusqu’à 1,9 % du PIB. Les secteurs les plus affectés incluent des domaines essentiels tels que l’agriculture, les infrastructures et le tourisme, alors que les populations les plus vulnérables en subissent les conséquences les plus sévères.

### Des mesures pour moderniser le secteur

Ce constat a conduit, selon la ministre, la Tunisie à faire de la gestion des risques liés aux catastrophes naturelles (Cat Nat) une priorité nationale. Une compréhension approfondie de ces risques permettrait d’anticiper et de réduire leurs effets économiques et sociaux. Dans le cadre d’une approche inclusive visant à renforcer la résilience économique par la prévention, l’adaptation et l’établissement de mécanismes de protection financière, le gouvernement a mis en œuvre un ensemble de mesures, incluant le renforcement des systèmes de gestion des risques et le développement d’outils innovants de financement et d’assurance des catastrophes naturelles.

En misant sur une meilleure coordination entre tous les intervenants, y compris les entreprises publiques, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers, la ministre a affirmé que cette orientation est conforme aux engagements internationaux de la Tunisie, notamment l’« Accord de Paris » et le « Cadre de Sendai » pour la réduction des risques de catastrophe. Elle a également évoqué le programme intégré de résilience face aux catastrophes naturelles, qui repose sur quatre axes principaux : la réduction des risques d’inondation dans les zones urbaines ; le renforcement des services hydrauliques et climatiques ; la mise en place de mécanismes innovants de couverture des risques climatiques ; et l’amélioration de la gouvernance et de la coordination institutionnelle.

« La réalisation de ces objectifs nécessite un renforcement du rôle du secteur de l’assurance en tant que levier stratégique du développement, en raison de son impact direct sur l’investissement, de son rôle dans la stabilité financière et de sa contribution à l’équilibre entre croissance économique, justice sociale et protection de l’environnement », a-t-elle ajouté. La ministre des Finances a par ailleurs souligné que la Tunisie s’attache à moderniser le cadre réglementaire régissant le secteur de l’assurance, en favorisant une meilleure adéquation entre priorités nationales et internationales, l’amélioration de la protection des assurés, l’encouragement de l’innovation et l’intégration des critères ESG dans les stratégies des compagnies d’assurance et de réassurance.

### La transformation digitale, un levier de performance pour le secteur

Mettant l’accent sur le rôle croissant de la transformation digitale dans l’amélioration des performances du secteur et de sa capacité à gérer des risques de plus en plus complexes, Slama Khaldi a estimé que la technologie constitue aujourd’hui un levier essentiel pour renforcer la résilience du secteur de l’assurance. En tête de ces outils figure l’intelligence artificielle, qui n’est plus, selon elle, un simple concept technique, mais un instrument opérationnel capable d’identifier et de prédire les risques avec une plus grande précision, en particulier ceux liés aux catastrophes naturelles.

En abordant l’enjeu de la cybersécurité dans un contexte marqué par la multiplication des menaces numériques, la ministre a affirmé que le gouvernement tunisien continue de soutenir les efforts pour protéger le secteur des assurances contre les usages illicites, renforcer sa crédibilité, réduire la fraude, accélérer les délais d’indemnisation et développer des solutions assurantielles mieux adaptées aux besoins des citoyens et des entreprises.