Après la dépression atmosphérique, les Tunisiens estiment les dommages.
Les habitants de la capitale Tunis et des différentes régions côtières ont vécu des inondations significatives pendant 24 heures, entraînant des dégâts, des disparitions et des destructions. Mme C.Y., résidente de la cité Les Palmeraies, a dû renoncer à se rendre au siège de la STEG au Kram en raison de l’état catastrophique des routes et des inondations persistantes.
Les deux derniers jours vécus par les Tunisiens ont été particulièrement sombres. Les images presque surréalistes diffusées par les journaux télévisés ainsi que les vidéos apocalyptiques largement partagées sur les réseaux sociaux ne témoignent pas de l’expérience d’une victime isolée, mais d’un drame collectif touchant plusieurs régions de la Tunisie. Cette dimension commune renforce l’intensité de la situation.
En seulement deux jours, les résidents des différents gouvernorats de la capitale Tunis, en particulier ceux des banlieues Nord et Sud, ainsi que ceux des diverses délégations côtières comme Nabeul, Monastir, Bizerte et Sousse, ont été confrontés à des événements aussi terrifiants qu’inédits.
La soirée du lundi a marqué le début d’une période de « terreur », prolongée sur une période de 24 heures. Pendant cette période, de fortes pluies ont inondé des zones urbaines censées être protégées. Les retenues d’eau et barrages ont débordé, et les vagues ont semblé déchaînées, inondant les rues et ruelles, submergeant les routes, inondant les maisons et engloutissant des véhicules sous une eau trouble, chargée de sable et d’ocre.
Le paysage a été marqué par un chaos où le ciel, semblant lui-même en colère, a déversé des pluies torrentielles sans répit. En l’espace de 24 heures, les dégâts étaient considérables, avec des disparitions et des destructions multiples. Cependant, depuis la soirée du mardi 20 janvier, un certain apaisement s’est fait sentir.
Bien que la pluie n’ait pas complètement disparu, un calme relatif est revenu. Au matin du mercredi 21, certains observaient l’extérieur depuis leurs balcons et fenêtres avant d’oser sortir, tandis que d’autres surveillaient les nouvelles pour décider de sortir ou non.
Dans ce contexte, de nombreux Tunisiens ont revêtu des vêtements chauds et sont partis au travail, comme M. Fayache, banquier dont les responsabilités l’empêchent de rester inactif.
Après avoir veillé à la sécurité de leurs enfants à la maison, lui et son épouse ont pris la direction du centre-ville. « Nous habitons à Ezzahra. Je dois dire qu’il n’y avait que ciel et eau à perte de vue lundi soir ! La situation des routes était tellement chaotique qu’on croyait assister à un vrai déluge. J’ai dû emprunter de multiples voies pour éviter les rues submergées, et cela a duré hier aussi. Ce matin, les choses étaient différentes, le niveau de l’eau avait nettement baissé. Cependant, j’ai vu bien des arbres brisés et des morceaux de pare-chocs éparpillés. Même un observateur non averti aurait facilement deviné qu’une tempête était passée par là, » a-t-il rapporté à Lapresse.tn.
À l’inverse, ceux qui résident en banlieue Nord ont connu davantage de malheurs après la tempête. Mme C.Y., qui devait se rendre au siège de la STEG au Kram pour régler une facture, a dû faire demi-tour. « Si juste devant ma résidence, les choses semblaient plutôt rentrées dans l’ordre, à seulement quelques centaines de mètres, l’ampleur des dégâts était déjà évidente. J’ai constaté des façades de commerces complètement endommagées, et les chiens errants, déjà nombreux en temps normal, étaient de retour par dizaines dans chaque rue ! Ils semblaient avoir fui des quartiers voisins pour se rassembler ici et aboyaient à tout bout de champ ! L’état des routes, déjà en piteux état, avait empiré avec de énormes trous partout. Les véhicules avaient du mal à circuler sur ces routes dévastées… J’ai donc dû faire preuve de patience et poursuivre mon chemin. À peine quelques mètres parcourus, un voisin m’a avertie que plusieurs routes étaient encore inondées et que l’accès à El Kram me serait presque impossible, » a-t-elle expliqué.
Malgré cette situation, l’Aouina, reconnue pour sa forte densité de population, est dépourvue de sa propre municipalité, dépendant de celle de La Goulette, qui semble avoir d’autres priorités. « Nous sommes déjà confrontés à une multitude de problèmes et personne ne semble se soucier de notre existence. Nous sommes les oubliés de la banlieue Nord ! Ces dégâts risquent de s’ajouter à notre longue liste de doléances et de rendre notre quotidien encore plus difficile, » a-t-elle conclu d’un ton amer.
Les résidents de La Soukra et de La Marsa ne sont pas mieux lotis. M. Koussay, qui essaie de gérer son appel avec une main tout en utilisant une raclette de l’autre, raconte : « L’eau pluviale a envahi mon jardin et a pénétré dans les chambres de mes filles. Cela fait des heures que j’essaie de pomper l’eau. Heureusement, j’ai l’équipement nécessaire. Je ne suis pas le seul; mes voisins sont également dans la même situation et ont dû faire appel à la protection civile. Un ami m’a dit qu’un trou de trois mètres s’est ouvert près de chez lui. Même si nous ne voyons plus les images dangereuses de la soirée de lundi, nous commençons à évaluer les dégâts, » a-t-il déclaré.
Le plan urbain de nombreux quartiers ne correspond pas à la réalité démographique, entraînant un surpeuplement dans des zones sensibles. À la moindre catastrophe, ce sont ces quartiers qui subissent les conséquences. De plus, le danger n’est pas encore écarté; les intempéries semblent toujours viser la Tunisie, et les jours à venir pourraient également être problématiques.

