Tunisie

Ameni Riahi, CEO et ingénieure : La tech tunisienne ne s’exporte pas.

Ameni Riahi est l’ingénieure en génie logiciel et CEO-fondatrice d’une entreprise tunisienne qui accompagne plus de 180 clients en Afrique et en Europe. L’entreprise compte aujourd’hui plus de 25 ingénieurs certifiés et a récemment obtenu le prix « Femme Entrepreneur de l’Année 2026 ».

Ameni Riahi s’affirme comme une figure montante de la technologie tunisienne dans un écosystème numérique en pleine mutation.

À la tête d’une entreprise en plein essor, cette ingénieure en génie logiciel représente une nouvelle génération d’entrepreneurs qui mise sur l’innovation et l’exportation pour développer des solutions technologiques à portée internationale.

Son parcours, marqué par des distinctions, une expansion régionale et des défis structurels, illustre le potentiel encore largement inexploité de la deep tech tunisienne.

La Presse — L’écosystème numérique tunisien, riche en talents, offre des success stories qui illustrent le potentiel de l’innovation locale. Celle d’Ameni Riahi, ingénieure en génie logiciel et fondatrice-CEO d’une entreprise tunisienne, en est une. Lancée avec la conviction de développer en Tunisie des solutions technologiques de niveau international, cette entrepreneure dirige maintenant une entreprise qui accompagne plus de 180 clients en Afrique et en Europe.

Une vision fondatrice axée sur l’international

En tête de l’entreprise qu’elle a fondée avec la certitude que les entreprises tunisiennes et africaines méritent des solutions technologiques de qualité mondiale, la dirigeante représente une nouvelle génération d’entrepreneurs qui voient dans la technologie un levier crucial de transformation économique.

Cette vision s’est progressivement matérialisée à travers la création d’une société innovante qui aide à la modernisation numérique de nombreuses organisations.

La reconnaissance de son parcours s’est concrétisée par l’attribution de deux prix notables : le prix « Femme Entrepreneur de l’Année 2026 » et le prix « Impact Tech ». Ces distinctions saluent à la fois la performance entrepreneuriale et la contribution au développement technologique.

Pour Ameni Riahi, ces récompenses vont au-delà d’une simple reconnaissance personnelle : elles soulignent avant tout l’engagement collectif de son équipe et la vision d’une entreprise convaincue que la technologie peut jouer un rôle durable dans le développement du continent africain.

Depuis sa création, l’entreprise a enregistré une croissance continue. Aujourd’hui, plus de 25 ingénieurs certifiés y travaillent, accompagnant plus de 180 clients en Afrique et en Europe, ce qui témoigne d’une capacité d’exportation technologique rare dans l’écosystème numérique tunisien. Cette expansion se fonde sur un positionnement stratégique structuré autour de trois axes complémentaires : le développement d’applications web sur mesure, la transformation numérique des organisations et l’intégration de solutions d’intelligence artificielle.

Un positionnement stratégique sur les marchés africains et européens

Ce positionnement répond à une évolution profonde du marché. En Tunisie et dans plusieurs économies africaines, les entreprises, les institutions publiques et les acteurs financiers accélèrent leur transition numérique. Modernisation des systèmes d’information, valorisation des données, automatisation des processus, intégration de l’intelligence artificielle : les besoins en expertise technologique augmentent rapidement.

Face à cela, l’entreprise s’impose comme partenaire de transformation pour de nombreuses organisations publiques et privées, en alliant expertise technique, accompagnement stratégique et proximité avec les réalités opérationnelles.

De plus, l’entreprise a franchi une étape majeure en devenant intégrateur exclusif du système « Papss pour Afreximbank » en Afrique du Nord. Ce système panafricain de paiement cherche à faciliter des transactions transfrontalières sur le continent.

Cette collaboration témoigne de l’ambition régionale de l’entreprise : participer à l’élaboration d’une infrastructure financière et numérique africaine plus intégrée et autonome. En facilitant les transactions financières intra-africaines, « Papss » contribue à réduire la dépendance aux systèmes de paiement internationaux et à fluidifier les échanges commerciaux entre les pays du continent. Pour une entreprise technologique tunisienne, cela représente un positionnement stratégique au cœur de l’intégration économique africaine.

Entre défis de financement et contraintes structurelles

Cependant, cette réussite entrepreneuriale s’accompagne de nombreux défis. Lancer une entreprise technologique en Tunisie reste une tâche difficile, car l’accès au financement est l’un des principaux obstacles pour les startups, surtout lors des phases de croissance.

Pour surmonter ces défis, l’entreprise a opté pour une stratégie de croissance progressive, principalement soutenue par les revenus générés par ses projets et la confiance de ses clients, dans un contexte où la culture du capital-risque reste encore peu développée.

À ces défis structurels s’ajoute un obstacle supplémentaire pour les femmes entrepreneures dans le secteur technologique, encore largement dominé par les hommes. Dans cet environnement, la légitimité se construit souvent par la preuve et l’excellence technique. Ameni Riahi considère que la progression de l’entreprise repose sur trois piliers fondamentaux : la rigueur technologique, la capacité d’innovation et la qualité du travail collectif.

Actuellement, l’intelligence artificielle représente à la fois un défi majeur et une opportunité stratégique pour l’entreprise. L’évolution rapide des technologies pousse les acteurs du secteur à former leurs équipes, à recruter de nouveaux profils spécialisés et à adapter leurs offres à un marché en constante mutation.

Cependant, la Tunisie possède des atouts significatifs dans ce domaine : les universités forment chaque année un nombre croissant d’ingénieurs et de spécialistes du numérique capables de se positionner sur les marchés internationaux.

Le véritable enjeu est d’accroître la valeur économique de ce capital humain, en développant des solutions technologiques exportables et en renforçant la présence tunisienne dans les chaînes de valeur numériques mondiales.

Au-delà de son parcours personnel, Ameni Riahi souligne également l’importance économique de l’entrepreneuriat féminin. Selon elle, il ne s’agit pas simplement d’une question de représentation, mais d’un levier de développement encore largement sous-exploité. Des études montrent en effet que les femmes entrepreneures ont tendance à investir davantage dans leur écosystème local, favorisant des environnements de travail plus inclusifs et collaboratifs, stimulant ainsi la dynamique d’innovation.

En Tunisie, le potentiel est indéniable. Chaque année, des milliers d’ingénieures, de chercheuses et de spécialistes du numérique sont diplômés. Néanmoins, l’écosystème d’accompagnement nécessite encore des améliorations. Parmi les priorités : un accès mieux structuré au financement pour les projets technologiques dirigés par des femmes, le développement de programmes de mentorat intergénérationnels et une valorisation médiatique accrue des réussites féminines dans les secteurs à forte valeur ajoutée.

L’entrepreneuriat féminin, un levier de développement

De surcroît, l’économie numérique offre d’importantes perspectives pour le développement régional. Contrairement à de nombreux secteurs industriels, les entreprises technologiques peuvent croître sans dépendre de leur localisation géographique. Une startup numérique peut ainsi émerger à Kasserine, Gafsa ou Bizerte et desservir des clients à Paris, Abidjan ou Casablanca, à condition de bénéficier d’un accompagnement adéquat et d’infrastructures numériques performantes.

Dans ce contexte, les entreprises technologiques dirigées par des femmes pourraient jouer un rôle clé dans l’essor de nouveaux pôles d’innovation dans les régions.

Pour Ameni Riahi, les récents prix reçus ne sont pas une fin en soi, mais représentent plutôt une responsabilité supplémentaire : celle d’encourager et d’inspirer la prochaine génération d’entrepreneures. Son parcours prouve qu’il est possible, depuis la Tunisie, de créer une entreprise technologique compétitive à une échelle internationale.

Dans un monde où l’économie numérique devient un moteur de croissance, cette success story rappelle une vérité essentielle : la technologie peut être un vecteur puissant de transformation économique, et les femmes ont pleinement leur place dans cette dynamique.