Tunisie

Ahmed Ajabi et le Sunday Jazz Big Band au Cinémadart : le jazz sans limites.

Le CinéMadart à Carthage a accueilli le Sunday Jazz Big Band lors de la soirée du 7 février, sous la direction du saxophoniste Ahmed Ajabi. Le concert a réuni une audience éclectique, et l’un des moments marquants a été la reprise de «Trio Tango» de Fawzi Chekili, adapté pour une configuration large, alors que le compositeur était présent en salle.


Ce spectacle, où la musique de qualité et une atmosphère conviviale ont été au rendez-vous, est « le fruit de plusieurs mois d’ateliers, de répétitions et de passion partagée par tous les musiciens de la formation », a déclaré Ahmed Ajabi.

La Presse — Le CinéMadart à Carthage a accueilli, lors de la soirée du 7 février, le Sunday Jazz Big Band sous la direction du saxophoniste réputé Ahmed Ajabi. Ce concert, qui affichait complet, a rassemblé sur scène un nombre exceptionnel de musiciens dans ce genre musical.

Au programme, des standards internationaux ainsi que du jazz tunisien. Au-delà de la qualité artistique incontestable, le public a été séduit par une ambiance de convivialité et de partage qui s’est installée dès les premières notes.

Le concert a réuni des musiciens incontournables, reconnus en Tunisie et à l’étranger, en plus de jeunes talents prometteurs. Les percussions, cordes, claviers et cuivres ont interagi de manière inspirée.

À la guitare, Hedi Fahem, ancien lauréat du Prix Yamaha du Meilleur guitariste au monde, s’est illustré. Au piano, l’artiste américain Kyle Shafer, connu notamment pour son projet « Kyle Shafer Trio » et son album « Tunisian Vibes », produit en collaboration avec le label tunisien « Jazzit Records », a été applaudi. Mohamed Khachnaoui, chercheur et fondateur du Dendri Stambeli Movement, était à la batterie. Le célèbre saxophoniste Chiheb Baazaoui, annoncé en invité, a offert une performance particulièrement captivante.

« Nous avons tenu à réunir le maximum de cuivres et d’instruments à vent possibles », a souligné Ahmed Ajabi en présentant les musiciens de cette section : aux trompettes, Amir Hnia, Molka Hnia, Ahmed Hadj Mabrouk ; aux saxophones, Alix Gastambide, Ranim Ben Lamine, Khalil Kammoun, Skander Ayari et Mohamed Limem Smida. Mahmoud Ajabi était au trombone, Mohamed Zouari à la flûte, Sofiane Saaâdaoui à la contrebasse et Habib Bargui aux drums.

Chacun de ces musiciens a apporté sa touche personnelle au concert, tant par le jeu collectif que par des solos. Le public les a applaudis un par un, lors de moments de virtuosité individuelle au milieu des morceaux.

Alors que la musique jazz est souvent perçue comme élitiste, avec un public relativement restreint et des sonorités connues des seuls amateurs du genre, Ahmed Ajabi et son groupe ont souhaité briser ce cliché dès le premier morceau. Le concert a débuté par une reprise de la bande originale de « The Pink Panther », composée par Henry Mancini. Cet air intemporel, apprécié par toutes les générations, est en effet du jazz léger avec un swing doux et enjoué typique des années 1960.

Il se veut à la fois comique et mystérieux, conçu pour accompagner l’humour et le suspense dans chaque épisode, tout en soulignant le côté malicieux et furtif de la Panthère Rose. Les effets sur le public ont été immédiats, suscitant sourires et dynamisme contagieux.

Le sentiment de proximité s’est prolongé grâce à la manière dont Ahmed Ajabi présentait à chaque fois les musiciens et les morceaux, alliant maîtrise artistique et spontanéité dans la communication, créant ainsi un lien direct avec l’audience. Le Sunday Jazz Big Band a enchaîné avec “The Creeper” de Neal Hefti, un autre morceau des années 60.

Ensuite, Arij Smaili a assuré le chant avec une reprise de « Sunny », un tube de Frank Sinatra. Malgré son jeune âge, elle a imposé sa voix puissante et expressive avec aisance et émotion, interprétant également « Just Friends » de Charlie Parker et « Feeling Good » de Nina Simone. Son talent et sa présence magnétique ont largement retenu l’attention.

Le programme a inclus des morceaux instrumentaux, tantôt doux, tantôt plus rythmés. Le Sunday Jazz Band a ravi le public avec des standards mondiaux, incluant des compositions de Henry Mancini, Charles Mingus, « The First Love Song » de Bob Brookmeyer, « Splanky » de Neal Hefti, « Summertime » de George Gershwin, « Caravan » de Juan Tizol et Duke Ellington, « A Little Blues Please » de Sammy Nestico et « Cantaloupe Island » de Herbie Hancock. Chaque morceau a été salué par de vifs applaudissements, témoignant de l’enthousiasme du public.

L’un des moments les plus forts et touchants de la soirée a été sans doute la reprise de « Trio Tango » de Fawzi Chekili, adaptée pour une configuration d’ensemble. L’ensemble musical a joué ce morceau de manière majestueuse, avec la présence du compositeur original dans le public. Cet hommage souligne particulièrement la continuité entre les générations de jazzmen tunisiens et l’héritage laissé par ceux qui ont fondé la scène jazz tunisienne.

Fawzi Chekili est en effet célèbre en Tunisie et à l’étranger, avec une carrière longue et riche en créations couronnées de succès.

Après avoir brillamment dirigé le groupe, Ahmed Ajabi a repris son saxophone pour conclure le concert par une prestation mémorable, pleine de brio et d’énergie.

Ce spectacle du Sunday Big Jazz Band, où la musique de qualité et la bonne ambiance s’étaient donnés rendez-vous, est « le fruit de plusieurs mois d’ateliers, de répétitions et de passion partagée par tous les musiciens de la formation », a indiqué Ahmed Ajabi. Il a remercié les spectateurs en leur confiant que les musiciens ne s’attendaient pas à jouer dans une salle archicomble et à bénéficier d’un accueil aussi chaleureux.

Le concert a effectivement rassemblé une audience éclectique, mêlant journalistes, artistes, jeunes et moins jeunes, Tunisiens et étrangers. Après une telle performance, le public conquis ne manquera pas de revenir pour les prochaines prestations. Ce que l’on pourrait cependant reprocher au Sunday Big Jazz Band, c’est de ne pas programmer suffisamment de dates dans de plus grandes salles, au grand plaisir des mélomanes qui attendent déjà de les retrouver sur scène.