Tunisie

Agriculture : Les crédits ne sont pas décidés à l’ARP

L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a organisé, hier, une journée d’étude sur les crédits accrochés dans le secteur agricole, en présence de représentants des ministères de l’Agriculture et des Finances et de la Banque centrale de Tunisie. Selon les données officielles, communiquées à l’occasion de la journée d’étude, la dette du secteur agricole s’élève à 4,6 milliards de dinars et ne représente que 5% des crédits professionnels (données jusqu’au 31 octobre 2025).


L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a organisé, hier, une journée d’étude sur les crédits liés au secteur agricole, en présence de représentants des ministères de l’Agriculture et des Finances ainsi que de la Banque centrale de Tunisie.

Ce thème a été à l’origine d’une proposition de loi, soutenue par plusieurs députés, visant à alléger et à rééchelonner la dette des « petits agriculteurs », afin de leur permettre de se redresser et de réintégrer les chaînes de production.

La proposition de loi a été discutée en commission depuis juillet dernier et a été adoptée par la Commission des finances et du budget le 2 octobre 2025.

L’objectif de la journée d’étude est donc d’évaluer l’impact de cette proposition avant son adoption en séance plénière.

Les difficultés rencontrées par le secteur agricole ne sont pas uniques à la Tunisie. À travers le monde, l’agriculture fait face à de nombreux défis, tels que le changement climatique, la volatilité des prix des intrants et des pesticides, ainsi que l’instabilité des marchés. En Tunisie, des défis structurels tels que les problèmes fonciers, le morcellement des terres agricoles, la petite taille du marché local, et la taille relativement réduite de la plupart des exploitations agricoles s’ajoutent à ces difficultés.

Après plusieurs années de sécheresse, de nombreux agriculteurs n’ont pas été en mesure de rembourser leurs dettes, ce qui a entraîné des pénalités de retard, en plus de leur incapacité à respecter l’échéancier de paiement convenu avec leurs créanciers.

Ces agriculteurs, soumis à la rigueur des banques, ont été placés sur liste noire, ce qui les empêche d’obtenir de nouveaux financements ou de reprendre leurs activités, justifiant ainsi cette proposition de loi.

Selon la documentation fournie par la commission parlementaire lors de la journée d’étude, le projet de loi propose, dans son premier article, de rééchelonner le principal de la dette des agriculteurs, classée en type 4 par la BCT, sur une période de 7 ans avec une année de grâce, en abandonnant les pénalités de retard et 50% des intérêts contractuels appliqués. Cette mesure serait applicable tant pour les banques publiques que privées.

Selon la même source, la classe 4 regroupe les agriculteurs dont les crédits sont en retard de paiement depuis plus d’un an, nécessitant un traitement exceptionnel. Un député a souligné : « Celui qui n’a pas pu rembourser 30 mille dinars ne pourrait pas non plus payer des dettes cumulées et pénalisées s’élevant à 100 mille dinars. »

En théorie, la régularisation de la situation de cette catégorie d’agriculteurs leur permettrait de sortir de la liste noire des financements et de réintégrer les chaînes de production. Pour le secteur bancaire, de tels arrangements pourraient réduire les créances accrochées et améliorer, dans une certaine mesure, la solidité financière du secteur.

À l’échelle nationale, la reprise d’activité de ces agriculteurs, même s’ils sont considérés comme « petits », contribuerait à augmenter la production et à renforcer les démarches visant à promouvoir la souveraineté alimentaire, dans l’esprit de l’autosuffisance.

Des chiffres révélateurs

D’après les données officielles présentées lors de la journée d’étude, la dette du secteur agricole s’élève à 4,6 milliards de dinars, représentant seulement 5% des crédits professionnels (données à jour au 31 octobre 2025). Parmi cette dette, plus de 2,8 milliards de dinars sont accordés sous forme de crédits à court terme. La dette agricole augmente plus rapidement que celle des autres secteurs, avec un accroissement de +7,8% jusqu’à fin novembre par rapport à l’année précédente, contre 3,1% pour les autres secteurs professionnels.

« 57% des opérateurs dans les secteurs agricole et de la pêche ont des dettes bancaires n’excédant pas 10.000 dinars. Cette catégorie représente 3,5 % des engagements totaux du secteur et 10% de l’encours total des dettes, » a déclaré Soufiène Bennour, directeur général à la BCT. Cependant, qu’est-ce que 10 mille dinars pour un investisseur agricole ? Un député a remarqué : « Cette somme ne permet même pas d’acquérir une vache laitière. »

Le représentant de la Banque centrale a également indiqué que les sommes dues dans le secteur agricole atteignaient 1057 millions de dinars jusqu’à fin novembre, représentant 23% des crédits accordés au secteur, contre 19,5% pour les autres secteurs.

Il s’est montré favorable à la régularisation des situations financières des agriculteurs, à condition que cela « n’ouvre pas la voie à la mentalité d’une insolvabilité délibérée… »

Dans ce cadre, de nombreux députés ont souligné la présence d’intrus, intervenant initialement dans d’autres secteurs, dans le domaine agricole, dont le comportement insolvable rend les banques plus méfiantes envers les agriculteurs de métier, qui, pour leur part, ont moins recours à l’endettement bancaire.

D’autres intervenants ont mis en avant l’importance du secteur agricole pour le PIB et l’exportation, ainsi que sa contribution à la création d’emplois. Le secteur compte environ 700 mille employés. La régularisation des dettes pourrait permettre d’atteindre éventuellement 1 million d’employés, sans négliger l’effet d’entraînement sur la stabilisation des populations rurales.

Cela dit, bien que la régularisation de la dette soit cruciale pour plusieurs raisons, le secteur agricole nécessite également des mesures structurelles, comme l’a souligné Sonia Zoghlami, directrice générale des financements au ministère des Finances.

Les débats se poursuivront bientôt en plénière, en présence des ministres concernés.