Abdelli, Iyadh Ben Achour et Saïed

Décidément, plus rien ne tourne rond dans la Tunisie d’aujourd’hui. Pire que du temps de la Troïka et, en plus général, de toute la période de la domination d’Ennahdha. Aussi dois-je revenir, sans gaieté du coeur, à cette affaire de Abdelli et de l’aborder sous un autre angle, même si des amis mont reproché de contribuer à ce qu’il obtienne ce qu’il cherche : le BUZZ, par tous les moyens.

Je préciserais d’abord, pour que les choses soient claires, que si je suis indépendant, je suis loin d’être neutre. Anti-intégriste et opposé farouche à l’Islam (et toute autre religion) politique, je rejette autant tout ce qu’entreprend Kais Saïed, depuis son fameux décret 117, par lequel il s’est accaparé absolument tous les pouvoirs, devenant l’alter-ego de l’émir du Qatar qui règne sans Parlement, ni opposition, contrôle ou recours. Et je demanderais ici qu’on ne lui octroie plus la fausse « légitimité des près de 3 millions qui ont voté pour lui », au deuxième tour de la présidentielle, la majorité ayant voulu faire barrage à Nabil Karoui. Ses partisans représentent les 18% qu’il a obtenus au premier tour. Sa consultation nationale et son référendum montrent, si l’on analyse les chiffres OFFICIELS -ce qui n’est pas notre propos- qu’ils ont fondu, n’en déplaise à l’ISIE, à ses « rabatteurs » des réseaux sociaux et à Zargouni et ses sondages.

Je suis, également, contre son projet et sa Constitution réactionnaires, islamo-populistes et ouverts à tous les dangers pour la démocratie et les libertés. Et comme il est incompétent en matière d’économie, dénué de carrure ou de charisme et -au moins- novice en diplomatie et en relations internationales, je considère que le président qu’il est représente un péril pour la Tunisie, d’autant qu’il ne s’entoure que de noms sans envergure, contrôlables et juste bons à hocher de la tête face à ses discours d’un E.T et à les ponctuer par des « Machallah ». Résultat, la Tunisie est isolée, alors qu’elle est au plus bas sur le plan économique.

Je lui concède toutefois qu’il ne manque pas d’audace et de je-m’en-foutisme, ajoutant les décisions anticonstitutionnelles au parjure (il a juré de protéger la Constitution par laquelle il a été élu), faisant fi des partis et des institutions de la Société civile et ignorant l’opinion et internationale. Mais voilà qu’un « voyou », un humoriste de bas-fonds lui fait peur… Qui l’eut cru?

Ce Abdelli vient, en effet, d’annoncer qu’il reprenait les représentations de sa saleté de « stand-up », avec la bénédiction et la protection du ministère de l’Intérieur de…Kais Saïed. Pourtant, cette « chose » devrait être en prison, par la force de la loi, vidéos visionnées, à l’appui. Outre les gestes des « doigts du milieu » pointés vers des policiers, il les a clairement accusés d’être soudoyés par Abir Moussi et à sa solde. Que de personnalités et d’hommes politiques ont été jetés derrière les barreaux et condamnés pour beaucoup moins que ça. Ils n’avaient pas le droit de « toucher à l’institution sécuritaire », n’est-ce pas?

Peu avant l’annonce de la reprise du stand-up de ce Abdelli, un communiqué de la présidence précisait que Saïed rendait hommage aux forces de la sécurité intérieure et à leur rôle dans la protection des citoyens, des biens et de la…liberté d’expression.

Ainsi donc, les délits, voire les crimes, deviennent liberté… alors que les vraies libertés de critiquer, de manifester, de se réunir et d’organiser des évènements sont bafoués et réprimés ?!! Bravo Abdelli pour avoir gagné, en transposant des diffamations et les pires grossièretés en liberté d’expression et pour avoir contraint l’imperturbable Saïed à la contradiction et à une ridicule tentative de ménager le chou et la chèvre.

En fait, il a craint, surtout avec le buzz provoqué par cette affaire, que les pays étrangers (France et USA, particulièrement) trouvent en cet imbroglio la preuve de sa volonté d’étouffer les libertés.

Ou ira-t-on avec ces amalgames, avec ces manipulations de la justice qui doit être applicable à tous.

Il faut dire que lorsque une sommité comme Iyadh Ben Achour prend l’affaire de ce voyou qui était indiscutablement dans son tort, n’ayant pas le droit de proférer des accusations de corruption, pour attaquer Saïed sur une chaîne, il y a de quoi perdre le Nord. On ne transforme pas un délit en liberté, quelle que soit la finalité. Les repères s’entremêlent et la pagaille s’installe. Nous y sommes…

Je reprends enfin la chute de mon dernier post où je traitais les policiers qui ont essayé d’agresser ce non-artiste d’ »égarés qui ont commis un crime pire que ses souillures et qui allaient en faire, aux yeux de nombreux inconscients, un martyr de la liberté…un héros ».

Je suis triste que Ben Achour s’est joint à ces policiers, alors que je suis sur qu’il sait que ce voyou n’est même pas à voir, encore moins un martyr ou un héros. Je le vois, d’ailleurs, mal s’abaisser à assister à une de ses représentations.

Slah Grichi