7e JAMC : «Atyef» de Habiba Jendoubi (Tunisie) : Épopée visuelle en ombres portées
La marionnettiste Habiba Jendoubi a présenté son dernier spectacle, « Atyef », au Théâtre des régions lors de la 7e édition des Jamc. Le spectacle utilise la technique de l’ombre portée, qui exige des techniques assez complexes et est peu pratiquée en Tunisie.
Le jeu de clair-obscur captivant du spectacle accentue son lien avec l’univers du cinéma, d’autant plus que tout se déploie sur un écran. « Atyef » se présente comme un voyage vers un monde féerique.
La Presse — À chaque nouvelle création, la marionnettiste Habiba Jendoubi s’efforce de renouveler un art qu’elle pratique depuis les années 80 et dont elle maîtrise les subtilités. « Atyef », son dernier spectacle présenté au Théâtre des régions lors de cette 7e édition des Jamc, est un genre peu répandu en Tunisie : l’ombre portée, qui exige des techniques relativement complexes. Cependant, l’artiste, toujours en quête d’innovations, n’hésite pas à prendre des risques.
L’histoire d’« Atyef », inspirée du répertoire des contes populaires, se raconte comme un conte de fées. Deux sœurs princesses vivent dans un palais. La plus jeune tombe malade et ne pourra guérir que si sa sœur accepte de sacrifier sa beauté pour elle.
Pour sauver sa sœur, l’aînée consent à perdre sa beauté et à devenir laide.
Un jour, les deux jeunes femmes rencontrent un peintre dont elles tombent toutes les deux amoureuses. Mais, au grand dam de l’aînée, l’homme préfère la beauté de la plus jeune. Cette dernière, séduite par le charme du peintre, oublie alors le sacrifice de sa sœur.
Celle-ci décide de se venger en soumettant le jeune homme à un défi presque impossible à relever, tandis que le royaume souffre d’une sécheresse.
Ce conte poétique aborde des sentiments complexes mêlant amour, ingratitude, trahison, vengeance et pardon. La metteuse en scène a choisi la technique de l’ombre portée, reproduisant ainsi une ambiance cinématographique.
La narration s’articule comme dans un film, avec des personnages, une dramaturgie, des rebondissements et un dénouement plongeant le public dans une expérience unique.
Le jeu de clair-obscur qui enveloppe le spectacle renforce encore plus son lien avec le cinéma, puisque tout se déroule sur un écran. « Atyef » s’impose comme un voyage dans un univers de conte de fées.
Accompagnant les mouvements précis des interprètes, les protagonistes narrent une histoire commune à la littérature, au cinéma et au théâtre, mais rarement vue dans le théâtre de marionnettes.
Avec une ambition inébranlable de croiser d’autres disciplines artistiques, Habiba Jendoubi propose un rendez-vous exaltant au public, s’aventurant audacieusement dans des approches inédites.
L’œuvre offre une réflexion sur la quête identitaire, la construction de soi, les destins qui basculent, la fragilité des êtres et le sacrifice de certains d’entre eux, abordant ces thèmes à travers la profondeur des ombres portées tout en puisant dans des références cinématographiques, littéraires, plastiques et musicales. Cette dernière, empreinte de mélancolie, accompagne le récit.
Le choix de la scénographie est essentiel, voire impressionnant, car il repose sur un écran géant derrière lequel les marionnettes et les paysages sont manipulés et animés par d’excellents comédiens manipulateurs : Fethi Dhibi, Jamila Kamara, Ons Gannoun, Islem Ben Salem, Karama Chibani, Firas Mosbahi et Ahmed Kmaira.
Seules se dévoilent leurs silhouettes, et les images projetées en ombres chinoises créent une sensation d’immersion totale, transportant le public au cœur d’une épopée visuelle remarquable.

