Tunisie

79 % du capital engagé pour assurer la seule survie opérationnelle.

L’économie tunisienne se trouve à la croisée des chemins, comme le révèle le dernier rapport de l’IACE intitulé « CEO 50 : Les priorités des dirigeants tunisiens face à l’instabilité ». En 2024, 62 % des entreprises interrogées ont atteint leurs objectifs de rentabilité, mais la confiance stratégique des dirigeants est mise à rude épreuve en raison de l’incertitude réglementaire et fiscale.


L’économie tunisienne en 2025 se situe à un tournant, comme l’indique le dernier rapport de l’IACE intitulé « CEO 50 : Les priorités des dirigeants tunisiens face à l’instabilité ». Cette enquête, réalisée auprès d’une cinquantaine de dirigeants d’entreprise issus de secteurs clés, dresse le portrait d’un secteur privé qui, bien que financièrement robuste, demeure en grande partie sur la défensive en raison d’un environnement institutionnel perçu comme imprévisible.

Le constat principal du rapport est une résilience notable : 62 % des entreprises interviewées ont atteint leurs objectifs de rentabilité en 2024. Pourtant, ce succès apparent dissimule une réalité plus complexe où la confiance stratégique est mise à rude épreuve. Le principal obstacle identifié par les dirigeants n’est pas uniquement le risque économique, mais plutôt l’incertitude réglementaire et fiscale.

Cette opacité institutionnelle, associée à une lourdeur administrative persistante et à une forte concurrence informelle, qui touche 44 % des entreprises, crée un climat de méfiance et d’aversion au risque.

Cette situation se traduit par une « croissance prudente » où l’allocation du capital privilégie la survie et la consolidation plutôt que la transformation. Les chiffres témoignent de cette tendance : 46 % des investissements sont dédiés au simple remplacement d’équipements usés et 33 % à l’expansion d’activités existantes, tandis que l’innovation et la diversification ne captent respectivement que 12 % et 9 % des ressources.

Cette attitude défensive se distingue fortement d’autres économies émergentes comme le Brésil ou le Maroc, où les entreprises adoptent des stratégies plus audacieuses malgré des contraintes similaires.

Pour sortir de cet immobilisme structurel, le rapport propose plusieurs mesures urgentes destinées à rétablir la confiance des investisseurs. La priorité demeure la stabilisation institutionnelle par la clarification des règles et la publication de trajectoires de réformes prévisibles. Cette stabilité doit être accompagnée d’une simplification administrative radicale, incluant la numérisation et la mise en place de guichets uniques pour diminuer les coûts de conformité et les délais opérationnels.

Du point de vue financier, l’IACE recommande de développer des mécanismes de financement productif visant spécifiquement l’innovation et les projets à forte valeur ajoutée, afin de contrer l’aversion au risque présente dans le système bancaire actuel.

En outre, un soutien accru à la modernisation technologique est jugé nécessaire pour favoriser l’ascension de l’industrie tunisienne et son intégration dans les chaînes de valeur internationales. Enfin, la création d’un baromètre régulier pour percevoir les avis des dirigeants permettra d’adapter les politiques publiques en temps réel, transformant ainsi la résilience actuelle en véritable tremplin vers une croissance durable.