Tunisie

2025 en musique : Une année de richesses et de retrouvailles.

Cette année, le public a applaudi des artistes comme Nancy Ajram, Najoua Karam, Cheb Mami et Latifa, qui ont donné des prestations dans des théâtres comble. Le public a également chanté des titres tels que « Kolnanghanni » du maestro Jihed Jbara et « Yallanghani » de Kais Melliti, créant une expérience participative lors de concerts presque toujours à guichets fermés.

Alors que l’année s’achève, de nombreux moments musicaux ont été marquants, tant pour les professionnels que pour le public.

Les Tunisiens sont de véritables amateurs de musique, avec des goûts variés et une ouverture appréciée par les artistes locaux et les invités étrangers. Voici une sélection des événements marquants de l’année.

Boutheina Nabouli

La Presse — Le public a eu l’occasion d’applaudir cette année des artistes qu’il affectionne particulièrement, absents depuis longtemps. Ainsi, on a applaudi Nancy Ajram, Najoua Karam, Cheb Mami, Ahlam, Marcel Khalifa, Elissa, Ibrahim Maâlouf et même les Gipsy Kings.

Ce fut également le grand retour d’artistes tunisiens que l’on n’avait pas vus sur scène depuis un certain temps.

Latifa, Sofia Sadok et Nabiha Karaouli ont livré des performances de haut niveau dans des théâtres complets. De nombreux artistes masculins, tels que Ghazi Ayadi, Slim Dammak, Walid Ettounsi et Riadh Fehri, ont également fait leur grand retour sur scène.

Les GenZ imposent leurs goûts

En plus de nos artistes établis, nous avons reçu cette année de jeunes stars dont les performances ont très vite fait le tour des réseaux sociaux. Shami et Silaoui ont fait plusieurs concerts dans des lieux prestigieux, tous complets. Un enthousiasme débordant a incité les fans à se rapprocher des chanteurs et à manifester leur admiration.

Les pleurs et l’attitude insistante ont suscité de vives critiques. La prestation de Saint-Levant avec sa chorégraphie de la chaise en plastique a créé la controverse. Le chanteur égyptien Tul8 a offert un concert mémorable, le visage masqué comme à son habitude.

Ces musiciens ont été acclamés par leur jeune public, critiqués et même condamnés par d’autres. Il est évident que le conflit des générations s’étend jusqu’aux goûts musicaux.

Ce succès phénoménal durera-t-il ? Seront-ils accueillis avec le même enthousiasme les années à venir ?

Des institutions se modernisent

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Kaso

S’il existait un prix pour le projet musical le plus audacieux de l’année, il irait certainement à « Mahfel Room » d’Aziz Mbarek. Le Festival « Tarnimet » de La Rachidia, dédié au Cheikh Khemais Tarnane, a ouvert ses portes avec un DJ au sein de cette institution presque séculaire. Un concert debout d’electronic malouf a rassemblé trois DJs devant des centaines de spectateurs, principalement des jeunes.

La deuxième prestation de « Mahfel Room » a eu lieu à l’Académie tunisienne Beït al-Hikma avec une version digitalisée du Stambeli. Belhassan Mihoub et le DJ Don Pac ont croisé leurs talents pour une soirée où le gumbrī et les shqāshiq se mêlaient aux sons de la musique électronique.

C’était également un concert debout affichant complet. Au-delà de l’atmosphère musicale, ce concept vise à attirer un nouveau public vers des institutions souvent perçues comme figées, et à les faire découvrir aux jeunes. C’est un pari clairement réussi, et d’autres monuments historiques figurent encore au programme pour de prochaines dates.

Des hommages, et encore des hommages

Nous avons célébré la mémoire de Charles Aznavour, un an après son centenaire, ainsi que d’autres icônes telles que Dalida, Edith Piaf, Jacques Brel, Abba, Oum Kalthoum pour le cinquantième anniversaire de sa disparition, Baligh Hamdi, Fairouz, Salah El Mahdi, Oulaya et Saliha.

De nombreuses affiches sont apparues, avec des dates et des lieux divers. Des artistes étrangers, comme May Farouk, ont également été invités pour des concerts de reprises. Le ministère des Affairs culturelles a lancé une série de spectacles consacrée aux grandes figures de la scène musicale tunisienne intitulée « Ain lemahabba », où de jeunes artistes partagent la scène avec des artistes plus âgés pour interpréter des morceaux tunisiens emblématiques.

Bien que certains estiment que les spectacles d’hommage sont des solutions simplistes et privilégient les nouvelles créations, un large public est séduit par ces concerts où le contenu est familier. Ce sont des moments de partage où le public chante en chœur des couplets et refrains, pour la plupart profondément ancrés dans la mémoire collective.

C’est le public qui chante

Depuis la première performance de l’artiste marocain Boudchart, le public ne cesse de chanter. « Kolnanghanni » du maestro Jihed Jbara, « Yallanghani » de Kais Melliti, « Tounestghani » avec ses variations adaptées à chaque ville, comme « Sousse tghani », « Sfax tghani »… Ce concept musical participatif ne cesse de gagner en popularité et ne lasse pas.

Les spectacles affichent presque toujours complet, avec une majorité de spectateurs féminins. Un code vestimentaire tout de blanc est suggéré. Le programme inclut souvent des artistes invités et des danseurs.

L’élément clé, c’est que le public n’est plus passif. Il devient un acteur du spectacle et se sent pleinement impliqué dans l’événement, rendant l’expérience nettement plus mémorable.

Des créations applaudies, d’autres en attente de reconnaissance

Raouf Maher, Zied Gharsa, Chirine Lajmi, Sirine Miled et Zineb Cherif figurent parmi les artistes ayant publié plusieurs nouveaux morceaux et vidéos musicales en 2025. Bahaa Al Kafi, ancien finaliste de Star Academy, a sorti un nouveau single qui a atteint 2 millions de vues en moins d’une semaine. Sofyann Ben Youssef, alias Ammar 808, a lancé « Club Tounsi », un projet alliant des rythmes traditionnels du mezoued à des sonorités électroniques contemporaines. Kaso a publié un nouvel album, « Mode Avion ». Latifa a dominé les plateformes arabophones avec sa chanson « Albi rteh ».

D’autres artistes proposent également des produits nouveaux d’une qualité indéniable, mais ont du mal à les imposer, en raison de leur succès énorme dans les reprises. Ils ont conquis une large audience avec des titres connus, souvent réclamés à chaque concert, ce qui éclipse leurs propres compositions. C’est le cas pour Yosra Mahnouch, Eya Daghnouj et Boutheina Nabouli.

Certains compositeurs ont également conçu des spectacles accueillis favorablement par les critiques et le public, mais qui n’ont pas été programmés en dehors de quelques occasions limitées, tels que « Ombres d’Atlas » de Outail Maaoui, « Hadra » de Dhirar Kefi et « Alchimie » de Rafik Gharbi.

Les Tunisiens et l’opéra : une passion qui perdure

Après le succès retentissant de « Carmen », le théâtre de l’Opéra de Tunis a su capter un large public avec « La Traviata ». Cet événement a été salué pour la qualité vocale, les performances des musiciens et la mise en scène, incluant les décors et les danses. Après deux productions de classiques internationaux, un opéra basé sur un livret tunisien est en préparation, intitulé « Didon et Enée », et le public est impatient de le découvrir.

Les orchestres prennent leur envol

Le Carthage Symphony Orchestra et l’Orchestre Symphonique Tunisien se sont imposés au fil des ans et ont réussi à fidéliser leur public grâce à une programmation variée, au-delà de la musique classique. Cette année, l’Orchestre Philharmonique des Solistes, dirigé par le maestro Achref Bettibi, a connu une montée en puissance. Pour lui, tout s’y prête pour l’arrangement orchestral.

La preuve, il a proposé à plusieurs reprises la « Symphonie du Club », un concert où les chansons populaires sont interprétées comme d’autres classiques, à la manière de Mozart.

Une aventure musicale singulière qui restera gravée dans les annales. L’Orchestre Chœur El Manar avance également à grands pas, sous la direction de la cheffe déterminée, Salma Messaoudi. De belles réussites se dessinent à l’horizon.

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Sofyann Ben Youssef, alias AMMAR 808

De nouveaux festivals mis sur pied, et des anciens ressuscités

Hergla a accueilli cette année la première édition de son festival, qui a surpassé ses voisins avec un programme comptant des stars de Tunisie et d’ailleurs. Le Festival International des Arts Populaires a débuté à Oudhna.

Malek Lakhoua, figure emblématique du jazz en Tunisie, a organisé avec succès la première édition du Jazz’it Festival, en dépit de contraintes budgétaires. Une large gamme de spectacles s’est ainsi ajoutée aux événements majeurs habituels.

Le Festival de Tabarka Musiques du Monde signe son grand retour en 2025, après plusieurs années d’absence. El Ferch a également accueilli le Festival des Cultures Numériques « E-FEST », après une absence de sept longues années.

La Tunisie a donc vibré tout au long de l’année au rythme de sons venus des quatre coins du globe. La richesse musicale a perduré, malgré les critiques concernant les événements moins réussis et les défis financiers.