11e Forum International de la Santé Numérique : Débats sur espoirs et questionnements.
Du 2 au 4 février, le 11e Forum international de la santé numérique a réuni des acteurs des domaines des soins et des technologies, avec la participation de médecins, ingénieurs, chercheurs et entrepreneurs. La cérémonie d’ouverture officielle s’est déroulée vendredi 3 mars, avec des interventions de Taieb Zahar et de Walid Naija, soulignant respectivement les atouts de l’IA dans le domaine de la santé et la nécessité d’un cadre réglementaire protecteur.
Du 2 au 4 février, le 11e Forum international de la santé numérique a rassemblé des acteurs venus de Tunisie et d’ailleurs, dans les domaines des soins et des technologies. Des médecins, ingénieurs, chercheurs, entrepreneurs, décideurs publics et autres experts ont partagé leur savoir et leurs expériences.
Ce rendez-vous, dont le thème principal cette année est «De la santé conventionnelle à la santé 4.0», est organisé par le Forum Médical de Réalités, en partenariat avec la Société tunisienne de télémédecine et e-Santé. Les conférences, panels et débats ont permis des échanges entre experts nationaux et internationaux, notamment de France, de Suisse, des États-Unis, du Mali, du Maroc et des Émirats arabes unis. La première journée a été inaugurée par un hommage à feu Dr Slim Ben Salah, l’un des organisateurs de cette édition.
La cérémonie d’ouverture officielle a eu lieu le vendredi 3 mars. Dans son discours, Taieb Zahar, président du Forum de Réalités, a mis en avant les atouts majeurs de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé. Il a aussi souligné le dynamisme de l’écosystème tunisien, qu’il considère comme une base solide, et l’importance d’accélérer l’innovation pour en faire un impact concret sur tous les citoyens. Zahar a rappelé la souveraineté des données personnelles et l’accès aux soins, appelant à passer de la réflexion à l’action pour construire une vision nationale cohérente et faire de la technologie un levier.
Moez Chafra, recteur de l’université de Tunis El Manar, a mentionné la participation de l’Institut supérieur des technologies médicales, notamment dans le domaine de la recherche. Ramzi Ouhichi, représentant de l’OMS, a insisté sur l’importance de faire progresser la santé et de renforcer le système de soins pour tous grâce au numérique, soulignant que la digitalisation n’est pas un but en soi, mais un outil pour établir un écosystème de santé numérique inclusif.
D’autres intervenants, tunisiens et étrangers, ont également évoqué la nécessité de réfléchir ensemble pour progresser, soulignant l’intérêt de ce forum.
Quelques applications concrètes ont été présentées lors de la première conférence par l’expert égyptien en informatique de santé, Dr Ahmed Kamel. Il a décrit l’utilisation des outils numériques aux Émirats arabes unis, où il travaille, ainsi que les solutions technologiques innovantes améliorant les soins de santé. Ce pays est en effet classé deuxième au monde concernant les allocations allouées à l’IA dans le domaine de la santé, juste après Singapour. L’intégration des outils informatiques dans l’analyse des images médicales date du début des années 90, et un cadre légal régit les programmes d’IA utilisés dans ce secteur.
Kamel a également expliqué le fonctionnement des plateformes «Malaffi», «Nabidh» et «Riayati», qui collectent et unifient les données des patients, en précisant que leur développement a nécessité plusieurs années de travail. Ainsi, un patient changeant de médecin ou de structure de soins pourra accéder à ses informations via ces plateformes. Dubaï accueille chaque année les intervenants internationaux dans le cadre de l’IA week pour rester à la pointe des nouveautés internationales.
Ensuite, deux entrepreneurs ont présenté leurs projets. Nizar Chelly a cofondé TadreeX, dont il est le directeur général. Selon lui, le nom de cette startup évoque le virtuel. TadreeX a été fondée en 2021 mais est active dans le domaine de la santé depuis un an, développant des outils utilisant la technologie immersive pour simuler des espaces de travail et fournir une expérience virtuelle à travers un casque.
Fares Mseddi, docteur en pharmacie et entrepreneur, a présenté Saydalid, un outil d’assistance digitale en pharmacie qu’il a conçu lui-même. Ses services ciblent actuellement 45 000 patients et plus d’une centaine de pharmacies.
D’autres intervenants ont expliqué différentes applications des outils digitaux dans le secteur des soins. Parmi les thèmes évoqués figurait l’hôpital numérique, qui permet de décloisonner les services hospitaliers, favorisant un travail en réseau qui réduit les coûts et améliore la qualité des soins. Actuellement, 100 % des hôpitaux régionaux sont couverts de façon continue grâce à un planning. Un reportage a également été projeté concernant la plateforme Najda, qui coordonne les interventions médicales urgentes.
L’expérience des jumeaux numériques pour la modélisation 3D a suscité un grand intérêt, car elle permet de simuler l’environnement opératoire, notamment en matière d’enseignement et de chirurgie. Déjà utilisée dans l’industrie agroalimentaire, elle progresse dans le secteur des soins et «sera la norme dans quelques années», selon les intervenants.
Un robot chirurgical sud-coréen a récemment été installé à l’hôpital Charles-Nicolle, avec plusieurs dizaines d’interventions réussies dans les spécialités de chirurgie générale, gynécologie et urologie. Malgré quelques inconvénients, notamment le coût, il y a actuellement près de 10 000 robots chirurgicaux dans le monde, réalisant des millions d’opérations.
L’utilisation des technologies modernes modifie également l’accès aux soins, permettant aux patients d’accéder à l’expertise à distance, ce qui réduit les inégalités et permet de traiter les malades dans les zones à ressources limitées. De nombreux outils existants améliorent les délais de diagnostic et assistent les médecins, sans pour autant les remplacer.
D’autres applications concernent des domaines spécialisés comme l’oncologie, l’anesthésie-réanimation, la médecine dentaire, la radiologie et l’industrie pharmaceutique.
Des problématiques se posent néanmoins, comme l’a souligné Taieb Zahar : «l’enjeu n’est pas d’opposer médecine traditionnelle et santé numérique, mais de concevoir une nouvelle manière de penser les soins». Il est essentiel d’être en phase avec la révolution technologique tout en tenant compte des enjeux déontologiques et éthiques.
Walid Naija, directeur général de la santé, a insisté sur la nécessité d’un cadre réglementaire protecteur, compte tenu de la double responsabilité d’intégrer les innovations tout en respectant l’éthique et la sécurité des données. Il a rappelé que, bien que l’IA soit omniprésente, les lois varient d’un pays à l’autre.
Il est évident que cet outil institutionnel doit être bien gouverné et aligné sur des principes éthiques. Il est crucial de trouver un équilibre entre régulation et innovation, car des règles trop strictes pourraient freiner le progrès, tandis qu’il est nécessaire de protéger le patient, le médecin et le domaine médical.
Le mot «confiance» a été fréquemment évoqué, à la fois entre le professionnel de santé et le modèle d’intelligence numérique, ainsi qu’entre le médecin et le patient. Le médecin ne dispose pas toujours de toutes les données sur un patient, soulignant l’importance de définir des responsabilités claires face à ces informations issues d’autres sources.
Les intervenants ont plaidé pour un retour à l’humain. «Plus la médecine se technise, plus le médecin doit humaniser les soins». La médecine augmentée ne doit pas perdre la relation humaine qui est essentielle aux soins. «C’est une confiance qui rejoint une conscience». L’homme doit garder un contrôle supérieur, car la technologie peut être un excellent serviteur mais un mauvais maître.
Le risque de dépendance technologique à l’IA dans les pays du Sud a également été souligné, notamment parce qu’ils deviennent des consommateurs passifs. Des questions pertinentes ont été abordées : les patients incapables d’utiliser ces outils seront-ils isolés ? Comment intégrer différentes technologies aux exigences techniques variées ?
Le 11e Forum international de la santé numérique a donc ouvert des perspectives de réflexion avec des échanges d’idées, d’expériences et même de partenariats. La clôture officielle a inclus la remise des prix du Concours de projets en santé numérique et intelligence artificielle, en présence de SEM Wan Li, ambassadeur de la République populaire de Chine en Tunisie.

