Une Suisse unit les religions à Jérusalem

Irène Pollak-Rein reçoit la citoyenneté d’honneur des mains du maire de Jérusalem Mosche Lion. zvg

Irène Pollak-Rein est devenue citoyenne d’honneur de Jérusalem. Cette Suisse de l’étranger s’engage pour la seule école de la ville, où les enfants juifs et arabes sont scolarisés ensemble.

Ce contenu a été publié le 14 septembre 2020 – 12:41

Joëlle Weil, Tel Aviv

C’était en 1967. Elle avait 17 ans lorsqu’elle est arrivée à Bâle. Jitzchak Rabin, chef d’État-major de l’armée israélienne, venait de remporter la guerre des Six Jours. La jeune Irène a écouté l’homme parler de la victoire militaire. «Je ne parlais pas l’hébreu et je n’ai donc pas compris un mot de ce que Jitzchak Rabin a dit, mais je suis restée suspendue à ses lèvres», raconte-t-elle.

Deux ans plus tard, alors qu’elle était étudiante, elle s’est installée à Jérusalem. Jitzchak Rabin est ensuite devenu Premier ministre d’Israël, puis il a été assassiné en 1995.

Citoyenne d’honneur de Jérusalem

Irène Pollak-Rein a maintenant 70 ans et vient de recevoir le prix «Yakir Jérusalem», qui fait d’elle une citoyenne d’honneur de la ville. Cette haute distinction récompense son engagement infatigable envers Jérusalem et sa population. Depuis plus de vingt ans, elle collecte de l’argent dans les pays germanophones pour l’une des ONG les plus importantes de la ville, la «Jerusalem Foundation».

L’organisation est active dans les domaines social, éducatif et culturel. Son projet phare est l’école «Main dans la main», où les enfants arabes et juifs reçoivent un enseignement commun de la maternelle au lycée.

Armoiries cantonales sur les portes des écoles

La ministre suisse des Affaires étrangères alors en fonction, Micheline Calmy-Rey, avait rendu possible le lancement de ce projet en 2003 grâce à un don de trois millions de francs. Depuis lors, le blason d’un canton suisse est accroché sur les portes des salles de classe, accompagné d’une plaquette qui rappelle l’histoire du canton en hébreu, en arabe et dans la langue de ce canton. L’objectif est de montrer aux élèves que même un endroit paisible comme la Suisse n’a pas été créé du jour au lendemain.

Malgré l’attention qu’il attire, ce projet n’est pas représentatif de Jérusalem, souligne cependant Irène Pollak-Rein. Il s’agit de la seule école de ce genre, déplore cette dernière.

La Suisse de l’étranger est néanmoins convaincue que «Jérusalem est la ville la plus tolérante du monde», mais qu’elle souffre d’une très mauvaise réputation. «Lorsque l’on pense à Jérusalem, on pense au conflit. La diversité et la démocratie sont pourtant vécues ici comme nulle part ailleurs.»

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Elle note que des gens de toutes les religions s’y côtoient et vivent ensemble. «Nous, à Jérusalem, considérons comme normal que tout le monde ici vive si près les uns des autres. cela relève pourtant du miracle.»

Un combat contre la pauvreté

Mais cette tolérance vécue n’est pas suffisante aux yeux de l’historienne. Elle veut faire progresser la ville et surtout améliorer le système éducatif. Jérusalem est l’une des villes les plus pauvres du pays en raison du taux de chômage élevé parmi les citoyens arabes et ultra-orthodoxes.

Dans le cas des juifs ultra-orthodoxes, cela s’explique par des motifs religieux, car ils sont soutenus financièrement lorsqu’ils passent leur vie quotidienne à étudier la religion. Au sein de la population arabe, le fait que les femmes ne travaillent souvent pas entraîne une augmentation du chômage. Ces deux aspects plongent la ville dans de grandes difficultés financières.

«Nous voulons faciliter l’entrée de chacun sur le marché du travail sans changer les gens. Nous devons créer les conditions-cadres adéquates pour que les populations arabes et ultra-orthodoxes acceptent notre aide et s’intègrent au monde du travail», estime Irène Pollak-Rein. Cette étape est essentielle pour l’avenir de la ville, ajoute-t-elle.