Une start-up pour rapprocher amateurs et cultivateurs de café

Hands holding coffee

L’Éthiopie est le plus important exportateur africain de café et le dixième exportateur mondial.

(Marco Frauchiger)

Pendant que nous sirotons des cappuccinos en regardant tomber les feuilles, des milliers d’agriculteurs éthiopiens cueillent les cerises de café dans la région forestière d’Agaro. Un couple de Bâlois essaie de connecter ces deux mondes.

On dit que l’Éthiopie est le berceau de l’Arabica sauvage. Dans les régions occidentales de Jimma et Kaffa, le café n’est pas seulement la principale source de revenus. La plante arabica est également au cœur des mythes constitutifs des traditions locales.

Coffee Ceremony in Ethiopia

La cérémonie du café est un rituel courant en Éthiopie où amis et famille boivent trois tasses de café ensemble. Avec la première, les gens parlent de sujets légers; la deuxième permet de poser des questions sur la famille; avec la troisième, ils discutent de sujets sérieux, y compris les affaires.

(Michael Tuil)

C’est cette profondeur liée à la production, la consommation et le partage du café qui a attiré Michaël et Marie Tuil dans les forêts éthiopiennes il y a plusieurs années. Pour valoriser cette approche, Ils ont créé l’entreprise Direct CoffeeLien externe . «Nous voulions ouvrir la boîte noire des deux côtés du marché du café. Il est important que les buveurs de café comprennent d’où vient le café, explique Michaël Tuil. Les fermiers nous demandent aussi qui sont les gens qui boivent notre café. Ils ont beaucoup d’idées fausses.»

Michael and Marie

Michaël et Marie ont eu l’idée initiale de Direct Coffee en novembre 2015. Un commerce qui a démarré en juin 2016. Chaque paquet de café vendu permet de soutenir un enfant en Éthiopie via des projets sociaux soigneusement sélectionnés.

(Michael Tuil)

C’est dans cet esprit que les journalistes Conradin Zellweger et Marco Frauchiger se sont rendus en novembre 2018 en Éthiopie lors de la saison des récoltes. Chaque année, Direct Coffee emmène des amateurs de café d’Europe dans les forêts éthiopiennes pour rencontrer des producteurs de café, faire des tests de dégustation à l’aveugle et comprendre la complexité de la chaîne de production qui permet d’amener le café de la forêt dans votre tasse.

Coffee farmer and storage

La majorité des agriculteurs de la région sont des petits exploitants disposant d’un hectare de terre, réunis au sein d’une coopérative.

(Marco Frauchiger)

La couleur du café

Les cerises de café rouge vif brillent au milieu des feuilles vert foncé de la forêt de Kotaa. «Quand je vois cette couleur rouge vif maintenant, j’ai une réaction émotionnelle», a déclaré Jacques Prodolliet à swissinfo.ch.

Avant de prendre sa retraite il y a quelques années, M. Prodolliet a travaillé pendant 30 ans dans le management de la qualité chez Nestlé, le géant suisse de l’alimentation et des boissons. Sa nouvelle passion est de trouver la meilleure qualité de café et de l’acheter à un prix qui permet aux agriculteurs de vivre. 

Raul Reis portrait, and a storage of coffee on the right.

Raul Reis se décrit comme un amoureux du café. Il a apporté en Éthiopie un percolateur à café pour le montrer aux agriculteurs.

(Marco Frauchiger)

Ce qui a le plus frappé Jacques Prodolliet lors de son voyage en Éthiopie, c’est la complexité du processus de production du café: «Il y a tellement de choses qui peuvent mal tourner. Chaque étape est méticuleuse, depuis l’entretien des arbres et la cueillette des cerises les plus mûres jusqu’au lavage et au séchage des fèves.»

Marie Tuil explique que le café Arabica pousse à l’état sauvage dans son environnement forestier en Éthiopie, riche en biodiversité, ce qui permet d’éviter les pesticides synthétiques. Cependant, la région est de plus en plus sous pression. «En raison du changement climatique et de la déforestation, la maladie des baies de café devient un problème croissant», relève un agronome éthiopien.

Jacques Prodolliet and Scientist in the state research center, Jimma Agricultural Research Center of EIAR

Les chercheurs du Jimma Agriculture Research Centre testent différentes variétés de café pour trouver les plus résistantes.

(Marco Frauchiger)

Direct Coffee suit une tendance naissante qui va au-delà des systèmes de certification et d’étiquetage du commerce équitable et biologique.

Ces labels sont de plus en plus critiqués parce qu’ils sont trop chers pour les petits producteurs et n’offrent pas suffisamment d’avantages aux agriculteurs qui apportent pourtant une grande partie de la valeur dans la chaîne d’approvisionnement. Certaines grandes entreprises comme Nestlé et Starbucks se sont éloignées de ces programmes et ont plutôt développé leurs propres normes de durabilité avec vérification externe.

Il y a également une prise de conscience croissante liée au marché du café. Les planteurs sont à la merci des prix du café dont la valeur est déterminée à la Bourse de New York.

Les fluctuations des prix sont devenues une grande préoccupation pour les agriculteurs, qui ont été durement touchés par la chute des prix plus tôt cette année. Marie Tuil dit que Direct Coffee négocie le prix directement avec les syndicats du café (composés de plusieurs coopératives). L’an dernier, ils sont tombés d’accord sur le prix de 3 dollars la livre pour le café vert (avant torréfaction) alors que son prix sur le marché était de un dollar. 

+ La Suisse, un géant du commerce mondial de café  (sept 2017)

Michael Tuil

Il a fallu des arguments forts pour convaincre les agriculteurs d’adopter une nouvelle approche de la vente de leur café. Michael et Marie ont fini par les convaincre lorsqu’ils ont découvert une erreur dans la comptabilité de la coopérative. Les agriculteurs ont dit que personne ne s’était soucié d’examiner les chiffres aussi attentivement.

(Marco Frauchiger)

La Suisse est au centre du commerce mondial du café. C’est le troisième plus grand réexportateur de café après l’Union européenne et les États-Unis et plus de 50% du café mondial est négocié dans le pays.

La Suisse abrite également 6 des plus grands négociants de matières premières. «Beaucoup d’importateurs de café ne prennent pas le temps d’apprendre à connaître les agriculteurs et leurs préoccupations», relève Marie Tuil, tout en pointant le grand nombre d’intermédiaires d’un bout à l’autre de la chaîne, alors que la traçabilité concerne uniquement la source originale.

Direct Coffee tente de montrer qu’il existe un autre moyen, en utilisant la technologie pour suivre chaque conteneur et en permettant aux consommateurs de suivre le parcours de leur café depuis la coopérative en Éthiopie jusqu’à Djibouti, puis sur le bateau jusqu’à Anvers, et le transport jusqu’au torréfacteur à Genève. L’entreprise montre également qui gagne combien dans cette chaîne pour expliquer le prix de vente aux consommateurs. Une information de plus en plus demandée dans les grandes villes comme Zurich ou San Francisco.

+ Nestlé à la conquête de nouveaux consommateurs (oct 2018)

Sketch of the legend of the discovery of coffee

Une esquisse de la légende du café. Le lieu de naissance exact du café est très controversé en Éthiopie et a donné lieu à des manifestations et à des barrages routiers.

(Marco Frauchiger)

Pour l’instant, les fondateurs de Direct Coffee disent qu’ils ne peuvent pas imaginer vendre l’entreprise à une grande multinationale. «Nous espérons pouvoir inspirer d’autres entreprises en montrant ce qui est possible et éventuellement aider à changer le commerce du café. »

Cet article est basé sur des interviews et des observations des journalistes Conradin Zellweger et Marco Frauchiger lors de leurs reportages de terrain en Éthiopie. D’autres interviews ont été réalisées par swissinfo.ch en Suisse. L’histoire originale a été publiée dans le magazine SurpriseLien externe.

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Traduit de l’anglais par Frédéric Burnand

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