Une méthode pour mieux tracer les nanoplastiques

Les nanoplastiques (ici des particules de polystyrène) ont un diamètre de quelques millionièmes de millimètre. Empa / ETHZ

La chercheuse américaine Denise Mitrano a été récompensée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique pour ses travaux sur les nano et microplastiques dans l’environnement. Sa nouvelle méthode de suivi pourrait indirectement contribuer à réduire la pollution plastique.

Ce contenu a été publié le 14 décembre 2021 – 10:44


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Quelle est la quantité de plastique présente dans l’eau et les aliments que nous ingérons chaque jour? C’est la première question que j’ai posée à Denise Mitrano dans son bureau à l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Je m’attendais à des taux excessifs. Mais la réalité est plus complexe.

«Avant de pouvoir dire quelle quantité de plastique se trouve dans une boisson en verre ou dans un plat, il faut pouvoir la mesurer», répond la géochimiste et professeure-assistante à l’EPFZ. «Les particules de plastique peuvent être de taille extrêmement petite et échapper aux outils d’analyse actuels.»

Série Les femmes dans la science

La Suisse compte moins de femmes scientifiques que les autres pays européens. La proportion de professeures est de 23%, et encore moins dans les sciences naturelles et techniques.

La pandémie de Covid-19 semble avoir restreint davantage le travail scientifique des femmes: une équipe de recherche suisse a récemment analysé des milliers d’études publiées entre le 1er janvier 2018 et le 31 mai 2021. Les résultatsLien externe montrent que, durant la première vague de la pandémie, les femmes étaient moins souvent citées comme auteur principal que les années précédentes. Selon l’étude, une explication possible est que les chercheuses ont eu du mal à concilier travail et famille pendant les périodes de confinement et ont donc publié moins d’articles que leurs homologues masculins.

Que peut-on faire pour réduire l’écart entre les sexes et rendre la science plus inclusive? Dans sa nouvelle série Les femmes dans la science, SWI swissinfo.ch présente des portraits de femmes scientifiques ayant réussi, afin d’inspirer et d’encourager toutes celles à venir.

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Une méthode de suivi innovante pourrait ouvrir de nouveaux horizons. Le procédé mis au point par Denise Mitrano permet de suivre la façon dont les micro et nanoplastiques – des fragments de quelques millionièmes de millimètre – se répandent dans l’eau, le sol et les organismes vivants.

«J’ai toujours voulu trouver des solutions aux problèmes. Je me suis inspirée des méthodes que j’ai développées pour mesurer les nanoparticules métalliques», précise-t-elle.

Denise Mitrano ETH

Du plastique dans le grain

La solution de Denise Mitrano consiste à ajouter chimiquement des métaux aux nanoparticules de plastique. Il s’agit de métaux précieux et inertes, comme le palladium ou l’indium, qui servent de marqueurs. «L’avantage est qu’ils peuvent être mesurés de manière beaucoup plus précise et rapide que le plastique.»

Le procédé a été appliqué pour étudier l’efficacité d’une station d’épuration des eaux usées à éliminer les particules de plastique microscopiques présentes dans l’eau. «La bonne nouvelle, c’est que plus de 95 % des nanoplastiques et des fibres microplastiques sont éliminés», indique Denise Mitrano.

Toutefois, souligne-t-elle, cela ne résout pas le problème de la pollution plastique. «Les nanoplastiques s’accumulent dans les boues d’épuration. En Suisse, elles sont incinérées, mais dans d’autres pays, elles sont utilisées pour fertiliser les champs.»

La chercheuse a également analysé une station de traitement de l’eau potable pour savoir si elle est capable de purifier l’eau contaminée par des nanoplastiques. Pour ce faire, elle a reproduit certaines des étapes de purification présentes dans l’usine de la ville de Zurich: «La filtration lente à l’aide de filtres à sable s’est avérée particulièrement efficace.»

Denise MitranoLien externe est professeure-assistante en chimie environnementale des matériaux anthropogènes à l’EPF de Zurich.

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