Une libre circulation indigeste au sud des Alpes

Une voiture de frontaliers au passage de la douane à Chiasso. © Keystone / Gaetan Bally

L’augmentation sensible du nombre de frontaliers – presque un travailleur sur trois au Tessin – pèse sur le marché du travail local et influe sur l’attitude des habitants envers l’Union européenne.

Ce contenu a été publié le 09 septembre 2020 – 09:42 mesures d’accompagnement décidées à Berne pour atténuer les effets négatifs de la libre circulation, ne sont pas toujours efficaces.

Selon l’AIC, une entreprise sur trois commettrait des infractions sur les salaires minimaux.

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«L’AIC exerce un contrôle détaillé sur les salaires, mais il est difficile de vérifier le comportement des employeurs étrangers», indique encore Bruno Zarro. À ce sujet, le chef du bureau de l’AIC n’exclut pas que ces entreprises puissent exiger dans la pratique «des formes de compensation à leurs propres employés, en les obligeant peut-être à travailler des jours sans être payés ou à verser des remboursements en liquide».

Le cas du Tessin

En somme, de nombreux habitants du sud des Alpes se plaignent d’une situation économique et sociale qui souvent n’est pas comprise du reste de la Confédération. Elle se reflète aussi – du moins partiellement – dans certaines études menées ces dernières années pour analyser l’évolution des salaires et de l’emploi.

Une des données les plus intéressantes qui ressort de ces recherches est que le Tessin est le seul canton où l’on a observé une baisse des salaires de 1,9%, dans les deux ans suivant l’abolition de la priorité à la main d’œuvre indigène à partir du 1er juin 2004. Pendant ce temps, la croissance des salaires mesurée à fin octobre 2006 au niveau national a été de 0,8%, selon l’étude «Libre circulation: joies ou peines?» de l’Office de la statistique du canton du Tessin (USTAT).

Le caractère unique du cas tessinois ressort également des données des autres zones frontalières. Dans le même temps, Genève (+5,3%) et Bâle Ville et Campagne (+1,7%) ont enregistré des hausses supérieures à la moyenne fédérale. Bien sûr, ces chiffres portent sur une période de temps limitée, mais ils se voient confirmés par l’évolution à long terme du salaire médian au Tessin et dans le reste de la Suisse, comme le montre le graphique ci-dessous.

taux de chômage au sens du BIT (utilisé au niveau international, mais pas pris en compte par le SECO) a augmenté globalement de 2002 à 2015 en Suisse, avec une péjoration depuis 2010 au Tessin par rapport au reste du pays. Et si l’afflux de frontaliers en Suisse «a fait baisser le taux de chômage de la main-d’œuvre locale de 0,015%, il n’y a pas d’effet positif similaire au Tessin».

Le vrai problème, avertit l’IRE, ce n’est donc pas tant le fait que les actifs tombent au chômage mais les éventuels obstacles à l’entrée sur le marché du travail des résidents, comme en témoigne le faible taux de personnes actives (presque 10% de moins que la moyenne suisse) et le nombre préoccupant de jeunes chômeurs dans le canton du sud des Alpes.

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Il convient toutefois de préciser que de nombreux experts jugent extrêmement difficile de quantifier de manière analytique le phénomène de substitution de la main d’œuvre et qu’il est donc malaisé d’en tirer des conclusions. Même si la population tessinoise, comme le montrent les résultats du canton dans les votations fédérales sur la question européenne, a des idées bien arrêtées sur le sujet.