Un groupe de reggae suisse avec des dreadlocks – une appropriation culturelle?

Deux des membres du groupe de reggae «Lauwarm» portent des dreadlocks. Zvg

Des musiciens blancs ont-ils le droit de porter des vêtements africains et des dreadlocks et de jouer du reggae? C’est une question qui provoque actuellement un vif débat en Suisse. Explications.

Ce contenu a été publié le 29 juillet 2022 – 13:30


souligneLien externe Harald Fischer-Tiné dans le quotidien vaudois 24 heures.

Quelle est la signification des dreadlocks?

Les mèches de cheveux emmêlés, également appelées dreadlocks ou dreads, apparaissent dans de nombreuses cultures – chez les Vikings et les Aztèques, dans l’hindouisme et dans l’islam. Elles sont devenues populaires dans le monde entier grâce à la culture rastafari de la Jamaïque et à son représentant le plus connu, la star du reggae Bob Marley.

Des partisans rastafari protestent devant une prison de la Grenade contre un ordre de couper les dreadlocks des détenus de l’établissement. Keystone / Harold Quash

Les rastafaris sont des groupes religieux jamaïcains qui, dans les années 1930, voyaient en Haïlé Sélassié, l’ancien empereur d’Éthiopie, un messie. Lorsque le roi des rois a dû fuir son pays envahi par l’Italie en 1936, ses partisans ont alors juré de ne plus se couper les cheveux jusqu’à son retour sur le trône.

Les dreadlocks ont ensuite été considérés comme un signe de force et comme l’expression d’une autonomie culturelle et d’une fière opposition aux colonialistes blancs, qui trouvaient ce style de cheveux dreadful – horrible.

Comment ont réagi les médias?

L’affaire fait des vagues dans les médias au-delà des frontières nationales. Sur les réseaux sociaux suisses également, l’appropriation culturelle est actuellement le sujet le plus discuté. Il est difficile d’en débattre sans faire le lien avec la «cancel culture» et le mouvement «woke». La première désigne le fait de punir les personnes indésirables en les ignorant. La «wokeness» désigne une conscience aiguë (woke = «éveillé») du manque de justice sociale et du racisme, qui débouche souvent sur l’activisme.

C’est ainsi que le quotidien zurichois, orienté à gauche, Tages-Anzeiger écrit: «Le mouvement Black Lives Matter a touché la jeunesse locale. Pour elle, le colonialisme européen est présent et continue d’agir dans le ventre de la société. Ce qui est explosif, c’est qu’un groupe blanc soit sorti de scène dans un contexte majoritairement blanc. Voilà à quoi ressemble la wokeness à Berne.»

Le groupe de reggae bernois «Lauwarm» chante en dialecte alémanique. https://www.instagram.com/lauwarm_music

Zurichois également, mais marqué à droite, le quotidien Neue Zürcher Zeitung commente: «Le mouvement ‘Woke’ se prétend volontiers ouvert au monde et libéral, mais ses contradictions internes sont de plus en plus évidentes: chacun et chacune doit pouvoir choisir et vivre librement le sexe qu’il ressent, mais pas sa coiffure?» L’objectif du mouvement «aboutit finalement à une sorte d’’apartheid culturel’, comme l’a exprimé de manière pointue le philosophe jamaïcain-américain Jason Damian Hill», poursuit le journal.

Comment réagit le groupe?

Le chanteur Dominik Plumettaz. https://www.instagram.com/lauwarm_music

«Nous avons été totalement surpris», a déclaré Dominik Plumettaz, le chanteur de Lauwarm, aux médias. «Quand nous avons joué, il y avait une bonne ambiance». Mais pendant la pause, le restaurant leur aurait parlé des plaintes. «Après cela, nous nous sommes sentis mal à l’aise et avons décidé d’arrêter. Malheureusement, les voix critiques sont restées invisibles et nous n’avons pas pu discuter, ce que nous regrettons beaucoup.»

Dominik Plumettaz rejette les accusations d’appropriation culturelle. «Je comprends que certaines personnes soient sensibles à ce sujet, mais la musique se nourrit du mélange des cultures», déclare le chanteur. «Nous traitons toutes les cultures avec respect, mais nous assumons aussi la musique que nous jouons, notre apparence et notre façon d’être», a écrit le groupe sur son compteLien externe Instagram.

Quelle suite?

Le fait que le débat ait lieu va dans le sens du groupe bernois Lauwarm, qui a été attaqué. Leur chanteur Dominik Plumettaz déclare: «Pour nous, il est important de mener cette discussion, de manière neutre et basée sur le respect». L’organisateur souhaite lui aussi continuer à aborder le sujet et prévoit une table ronde.

La façade de la brasserie où a eu lieu le concert, dans le quartier de Lorraine, à Berne. ©keystone/peter Schneider

Le Tages-Anzeiger écrit: «Le débat a peu de chances de disparaître. Il est trop facile de le gonfler et de l’instrumentaliser à des fins politiques». La section jeunes de l’Union démocratique du centre (UDC) bernois a illustré cette appréciation. Le parti conservateur de droite veut désormais déposer une plainte pénale contre le lieu de la manifestation – pour racisme.

Traduction de l’allemand: Olivier Pauchard

Articles mentionnés

En conformité avec les normes du JTI

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative