Qui doit choisir qui commande en ville?

La Chaux de Fonds

Avec ses 37’000 habitants, La Chaux-de-Fonds est la quatrième ville de Suisse romande. Mais si elle change le mode d’élection de son exécutif, l’exemple ne risque pas de faire école, puisque le canton de Neuchâtel est un cas à part en la matière.

(Keystone / Laurent Gillieron)

En Suisse, c’est le peuple qui élit ses édiles communaux. La Chaux-de-Fonds fera-t-elle bande à part dimanche, en déléguant ce rôle au législatif? En matière d’élections communales, le canton de Neuchâtel fait de toute façon exception.

«Elire notre Conseil communal est notre droit. Je veux garder ce droit». Redevenue simple citoyenne, l’ex-magistrate du canton de Neuchâtel, Gisèle Ory (Parti socialiste), prend position ces jours, dans des encarts publicitaires dans la presse locale, contre un changement de régime électoral, soumis au vote le 24 novembre à La Chaux-de-Fonds.

Une petite révolution est en cours dans sa ville! Les habitants de la métropole horlogère doivent dire ce dimanche s’ils veulent d’un exécutif communal désigné par le peuple – ce qui est déjà le cas depuis 2004 – ou céder alors cette prérogative aux élus du Conseil général (conseil de ville), dont la répartition des sièges penche majoritairement à gauche dans la 2e ville du canton: 10 socialistes (PS), 5 Verts, 8 élus du Parti ouvrier populaire (POP gauche de la gauche), 11 libéraux-radicaux (PLR, droite), 7 UDC (droite conservatrice et 1 démocrate-chrétien (PDC, centre). Sous forme de référendum, un vote sur la question s’avère nécessaire car la décision prise dimanche engagera une révision du règlement communal.

A la veille d’une nouvelle législature en 2020, La Chaux-de-Fonds se cherche donc une nouvelle formule pour désigner ses cinq sages. Un collège constitué pour l’heure de deux socialistes, d’un POP, d’une PLR et d’un UDC. Le popiste Julien Gressot, fer de lance de la campagne en faveur d’une élection par le législatif, plaide pour une redistribution des rôles au cœur du pouvoir. Un meilleur équilibre qui doit passer par une élection à la proportionnelle du Conseil communal par le parlement, en fonction des voix récoltées par chaque parti. «Il faut redonner du poids au législatif pour qu’il exerce plus de contrôle sur les dossiers», argumente celui qui tient la personnalisation du pouvoir en horreur. Des «egos mal placés» qui freineraient, d’après lui, l’exercice de la démocratie. «Des programmes avant des personnes», clame-t-il.

Anomalie neuchâteloise

En réalité, rares sont les communes en Suisse à avoir confié au législatif le soin de désigner les membres de leurs autorités. Le canton de Neuchâtel fait même exception en la matière. Depuis 2002, la Constitution neuchâteloise laisse en effet la totale liberté aux communes du canton de définir leur mode d’élection, donc sans l’obligation de passer nécessairement par le peuple. 

Aujourd’hui, les seules communes du pays qui confient à leurs législatifs le mandat d’élire les exécutifs sont toutes neuchâteloises. Après diverses fusions, quelque 25 communes sont actuellement concernées par ce mode d’élection. Mais il ne fait pas l’unanimité. La ville de Neuchâtel et les deux communes bientôt fusionnées avec le chef-lieu que sont Peseux et Corcelles-Cormondrèche; mais aussi Cressier, Le Locle et jusqu’à dimanche au moins encore La Chaux-de-Fonds, font toujours confiance au jugement du peuple.  

Poire coupée en deux

Pascal Mahon: « entre tradition neuchâteloise et progressisme ».

(Alain Meyer)

En revanche, une élection par le législatif «permet d’élire dans les communes de petite et moyenne importance des personnalités qui, sans devoir faire campagne ou être élues, peuvent accéder au pouvoir dès qu’elles ont le profil adéquat et sont jugées capables pour le poste», avance Pascal Mahon. A l’instar d’une élection surprise au Conseil fédéral? «N’oublions pas que trois fois déjà la population suisse a dû se prononcer sur l’élection du gouvernement fédéral par le peuple». Trois rejets (1900, 1942, 2013). Lors du dernier, la population avait balayé (76%) une initiative de l’UDC dans ce sens.

Erreur de casting à éviter

L’un des intérêts de la campagne, lancée depuis l’été dernier à La Chaux-de-Fonds par le POP réside dans le fait que des forces supposées alliées s’opposent sur la question. Les socialistes, dont le 2e siège à l’exécutif pourrait être menacé si un nouveau régime entre en vigueur, et le POP, ont des visions diamétralement opposées quant à savoir s’il faut laisser aux citoyens le droit de désigner leurs autorités.

Encore échaudés par les affaires imputées à d’anciens conseillers communaux (Jean-Charles Legrix et Pierre-André Monnard), qui avaient défrayé la chronique en son temps pour soupçons de mobbing et mauvaise gestion, les popistes ne veulent plus entendre parler d’une nouvelle «erreur de casting» qui pourrait ternir l’image de leur ville. Une concertation menée au sein des forces politiques représentées au parlement est, pour eux et pour les libéraux-radicaux, la piste à privilégier. «Nous devons ramener les idées au cœur de la politique», répète à satiété le député chaux-de-fonnier Julien Gressot.

Allié dans cette campagne avec l’UDC, le PS de La Chaux-de-Fonds juge au contraire qu’il convient de faire preuve de «visibilité» lors d’une élection. Au peuple de choisir des personnalités sur leurs facultés à «gérer des dossiers, leur contact avec la population», résume Michaël Othenin-Girard (PS) dans la presse. Les Verts, eux, laissent la liberté de vote à leurs adhérents, considérant «qu’aucun des deux systèmes n’est idéal». Quant au PDC, il craint qu’en retirant au peuple le soin de désigner ses édiles, «on renforce les majorités au détriment des minorités».

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