Plus jamais pendulaires!

© Keystone / Gaetan Bally

La pandémie de Covid a fait du télétravail un phénomène de masse. Beaucoup ont fait le choix de déménager à la campagne, sans se soucier de leur lieu de travail. Mais avec quel impact sur l’occupation et l’aménagement du territoire?

Ce contenu a été publié le 15 février 2022 – 09:52

Vivre et travailler dans les montagnes grâce à Internet

swissinfo.ch: Pour quelle politique d’aménagement du territoire?

Paul Schneeberger: Celle-ci doit maintenant s’adapter à cette réalité. De nombreuses structures dites traditionnelles ont été balayées pendant la pandémie. Comment gérer par exemple les zones d’habitation qui deviennent simultanément également des zones de travail? Une régulation est nécessaire, car ces zones mixtes pourraient devenir la norme.

Joris Van Wezemael: Les espaces verts doivent être aussi repensés. Les forêts ceinturant des villes ne constitueront plus une frontière paysagère, mais prendront des airs de Central Park au profit des communes environnantes.

Une promenade à Ringlikon, dans le canton de Zurich. © Keystone / Christian Beutler

swissinfo.ch: Avec ses nombreux pendulaires, la Suisse ne fonctionne-t-elle pas déjà de manière décentralisée?

Paul Schneeberger: C’est juste. Des pays comme la Suisse ou les Pays-Bas sont prédestinés à la constitution de réseaux d’habitats décentralisés. Parce que la Suisse est déjà une ville décentralisée en elle-même, dotée d’une population comparable en nombre à New York. Mais la réflexion est toute autre en Allemagne, un pays parsemé de plaines. Idem aux États-Unis ou au Canada.

Joris Van Wezemael: Grâce à sa prospérité et son fédéralisme, la Suisse possède déjà de bonnes infrastructures jusque dans ses vallées les plus reculées, en termes de transports, mais aussi d’élimination de déchets. En outre, les magasins de proximité y ont prospéré (Volg ou Denner). Sans parler de la présence sur place d’appartements de bonne qualité. Idem pour les emplois. La Suisse ne compte pas beaucoup de zones désertées comparativement à d’autres pays. L’espace y est déjà densément urbanisé. Une situation qui n’a rien à voir avec les États-Unis, où l’opposition ville-campagne est très forte.

Quartier d’habitation de Bienne, dans le canton de Berne. Keystone / Jean-christophe Bott

swissinfo.ch: Le télétravail s’imposera-t-il aussi dans les pays pauvres?

Joris Van Wezemael: Cette crise nous a enseigné que cette forme de travail hybride amène davantage de productivité. Un mélange entre travail à domicile et au bureau devrait s’imposer. Ailleurs, notamment dans les pays pauvres, le télétravail constitue une chance à saisir pour le développement du marché du travail, les barrières géographiques étant abolies par la visioconférence.

Paul Schneeberger: En Suisse, où les salaires sont élevés, cette situation peut aussi constituer un risque. Mais revenons à l’aménagement du territoire. Celui-ci s’est développé en Suisse de manière décentralisée bien avant cette crise. Dans les campagnes, les zones à bâtir sont plus nombreuses qu’en ville. Là, on y construira davantage à l’avenir. Et le télétravail agira ici comme soutien.

swissinfo.ch: Et avec une population plus au vert, on oublie les bouchons et les trains bondés?

Paul Schneeberger: Dans l’idéal, oui (rires).

Les auteurs

Né en 1968, Paul Schneeberger a étudié l’histoire, les sciences politiques et le droit, obtenant son doctorat avec une thèse sur la manière dont avait été perçue l’annexion (Anschluss) de l’Autriche par l’Allemagne en 1938. Il a travaillé ensuite comme journaliste à la Neue Zürcher Zeitung. En 2017, il a obtenu un master en aménagement du territoire à l’EPFZ. Puis s’est occupé de la politique des transports pour l’Union des villes suisses entre 2018 et 2021.

De cinq ans son cadet, Joris Van Wezemael a étudié la géographie économique et urbaine, la sociologie économique ainsi que l’économie politique à l’Université de Zurich. Pour son doctorat, il a rédigé Investir dans l’existant à propos de l’interaction entre le secteur immobilier et le développement urbain. En 2009, sa thèse s’est intéressée à la complexité dans le développement territorial. Actuellement, il travaille comme chargé de cours à l’EPFZ et comme partenaire managérial dans la société IVO Innenentwicklung AG, un think tank consacré à l’aménagement urbain et à l’architecture.

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