Par manque d’eau froide, les lacs suisses étouffent

En hiver, les eaux froides et une bonne tempête de temps en temps font le plus grand bien aux lacs. Keystone / Fabrice Coffrini

Le réchauffement global touche aussi les lacs et les rivières. Et même pour les baigneurs, ce n’est pas une bonne nouvelle. Faute de brassage hivernal, les grands lacs suisses sont menacés d’asphyxie.

Ce contenu a été publié le 24 juillet 2020 – 09:52 Plus

En 80 ans, l’eau du lac de Zurich a gagné 4 degrés en moyenne. Les baigneurs apprécient, les poissons beaucoup moins. Mais cette hausse directement mesurable de la température de l’eau n’est pas le seul dommage que le réchauffement global inflige aux lacs. Il empêche aussi le brassage complet des eaux en hiver, indispensable pour l’oxygénation des grands fonds.

Les eaux de surface, qui se trouvent au contact direct de l’air, sont plus riches en oxygène que celles des profondeurs. Comme l’eau chaude est plus légère que l’eau froide, elles restent en surface pendant la belle saison. En hiver par contre, elles se refroidissent et plongent vers le fond, poussées également par les vents. Elles y apportent l’oxygène, indispensable notamment à la décomposition des algues mortes, mais aussi à la reproduction des poissons.

Un bel exemple de cycle naturel, qui maintient l’équilibre d’un écosystème complexe et fragile.

Oui, sauf qu’avec le réchauffement et les hivers de plus en plus doux, les eaux de surface sont rarement assez froides (donc assez lourdes) pour descendre jusqu’au fond. Dans le Lac de Constance par exemple, des simulations ont montré que le brassage atteignait de plus en plus rarement la profondeur maximale (254 mètres). Dans le Léman, qui fait plus de 300 mètres de fond par endroits, le dernier brassage complet remonte à 2012. L’hiver dernier, les eaux de surface ne sont descendues que jusqu’au tiers de la profondeur du lac.

En mars, pour la Journée mondiale de l’eau, l’Office fédéral de l’environnement a tiré la sonnette d’alarme.

étude de l’École polytechnique fédérale de Lausanne et de l’Institut WSL pour l’étude de la neige et des avalanches, publiée au mois de janvier. Pendant longtemps, les chercheurs ont pensé que l’apport d’eau froide issue de la fonte des neiges et des glaciers ainsi que le passage dans les lacs suffisaient à maintenir la fraîcheur des rivières, malgré la chaleur de l’air. Or l’analyse de l’évolution de leur température dans toute la Suisse depuis 1979 montre que ce n’est plus le cas.

Lors des vingt dernières années, les cours d’eau suisses ont gagné en moyenne trois quarts de degré. Cela paraît peu, mais peut signifier des écarts saisonniers de 2 à 4 degrés, suffisants pour mettre tout l’écosystème sous stress. Et ce d’autant que durant la même période, le débit d’eau moyen a baissé de 10%. Or un volume d’eau plus petit se réchauffe plus vite. La tendance risque donc de s’accélérer, surtout une fois que les immenses réserves d’eau que représentent les glaciers auront fondu. En 2018 déjà, on a dû déplacer des poissons dans des ruisseaux de plus haute altitude pour leur éviter une mort certaine par surchauffe, manque d’eau et propagation de maladies.

End of insertion