«Mad Heidi» secoue les fascistes et l’industrie du cinéma

Heidi est interprétée par Jessy Moravec. Pascal Greuter Photography + Motion Graphics

Une Heidi à queue de cochon qui éviscère les nazis: on n’en voit pas tous les jours au cinéma. Mais l’intrigue n’est pas le seul aspect non conventionnel du premier film de «swissploitation» (film d’exploitation suisse) au monde: tout le processus de production est novateur.

Ce contenu a été publié le 06 octobre 2020 – 10:56 En savoir plus sur l’auteur.e | Rédaction en langue japonaise

L’équipe de Mad Heidi a lancé mardi une campagne de financement participatif en utilisant un système de blockchain (ou chaîne de bloc en français – une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle). Elle vise à réunir 1 à 2 millions de francs suisses pour le tournage et la postproduction, en vendant 2 500 actions à 500 francs chacune.

Toutes les transactions financières seront stockées dans la chaîne de bloc et les bénéfices seront automatiquement reversés aux actionnaires après la sortie du film. L’équipe de production indique que «tous les contrats sont électroniques, ce qui ne génère aucune paperasserie. Cela garantira également la transparence des fonds, car il est difficile de modifier le système de l’extérieur».

Le projet Mad Heidi a débuté en 2017. Le réalisateur suisse Johannes Hartmann, un fan de longue date de films gores (films dans lesquels la caractéristique principale est le meurtre graphique et sanglant de nombreuses victimes) et d’exploitation, a eu l’idée d’utiliser le personnage d’Heidi. La jeune orpheline, créée en 1880 par l’auteure suisse Johanna Spyri, jouit non seulement d’un optimisme sans borne, mais aussi d’une forte notoriété dans le monde entier. Johannes Hartmann a parlé de son projet au producteur suisse Valentin Greutert et au producteur finlandais Tero Kaukomaa. Aujourd’hui, ils sont à la tête d’une équipe de cinq personnes.

site internet du film, mais étant donné qu’il s’agit d’un film d’exploitation hardcore, elle n’est adaptée ni aux enfants ni au monde du travail.

Films d’exploitation

Un film d’exploitation est généralement défini comme un film à petit budget, un film de série B, qui cherche à faire un profit rapide en «exploitant» des sujets ou des tendances sensationnels, choquants ou tabous (violence, perversion, drogue, sexe).

Provoquant des réactions physiques dans le public telles que le désir (sexploitation) ou le dégoût, on dit aussi qu’ils exploitent l’envie du public pour des plaisirs coupables.

Aucun sujet n’est tabou, ce qui donne lieu à d’innombrables sous-genres tels que l’ozploitation (Mad Max), la carsploitation (Boulevard de la mort, de Quentin Tarantino, était un hommage), la sharksploitation (Les dents de la mer), et même la nunsploitation (histoires sexuellement corsées mettant en scène des nonnes). Aux États-Unis, la blaxploitation (films réalisés avec des acteurs noirs pour un public noir dans un environnement noir, comme Shaft) a prospéré dans les années 1970.

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En effet, lorsque la bande-annonce a été mise en ligne, le coscénariste du film, qui travaillait pour la police cantonale de Zurich, a été licencié. Toute personne liée à un produit aussi brutal et controversé n’était pas apte à occuper un poste de direction, ont déclaré ses employeurs. Des avocats sont intervenus et le Tribunal fédéral a jugé la semaine dernière que le licenciement de cet homme était abusif.

Nouveau modèle de production

Ce que Johanna Spyri penserait de tout cela, personne ne le sait, mais tout semble être sur la bonne voie.

L’équipe de production a déjà mené à bien deux projets de financement participatif depuis 2018, avant les phases de développement et de préproduction. Selon elle, c’est la campagne de financement participatif la plus réussie jamais réalisée pour un film national. Jusqu’à présent, 84 000 francs suisses ont été récoltés de cette manière et 150 000 grâce à la vente des produits dérivés.

«Tout cela est très positif. Si cela continue sur cette lancée, nous avons de grandes chances de réaliser le film», indique Valentin Greutert. Si tout se passe comme prévu, le tournage commencera l’année prochaine et Mad Heidi sortira sur le site officiel en 2022.

«Cette façon de faire permettra également d’éliminer les intermédiaires et de rendre un maximum de profits aux actionnaires», dit-il.

Pour Valentin Greutert, impliquer les fans dès le début est aussi «vraiment puissant, car cela démocratise la création de contenu. Ce sera un nouveau modèle de production de contenu à l’avenir».

Traduit de l’anglais par Emilie Ridard