L’interdiction de visas touristiques pour les Russes divise l’Europe

Un groupe de touristes russes en visite à Zurich en 2014. © Keystone / Petra Orosz

En Suisse, l’idée d’une interdiction générale de visas pour les touristes russes n’est pas bien accueillie. Si l’Union européenne (UE), sous la pression des pays du Nord et de l’Est, décidait d’une telle mesure, la Suisse devrait toutefois s’aligner.

Ce contenu a été publié le 24 août 2022 – 13:00


BildLien externe. Le chancelier Olaf Scholz s’est jusqu’à présent opposé à une telle mesure, arguant qu’il ne s’agit pas de la guerre du peuple russe mais de celle de Vladimir Poutine.

L’argument central en faveur d’un blocage des visas, avancé également par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, consiste à dire qu’il n’est pas acceptable que de riches Russes passent leurs vacances en Europe occidentale alors que leur pays met l’Ukraine à feu et à sang. L’espoir serait qu’en privant la population russe de tourisme, on pourrait la faire réfléchir et la pousser à exercer une pression sur le régime.

Un clivage Nord-Est/Sud-Ouest se dessine au sein de l’UE sur cette question. Alors que les pays baltes et scandinaves défendent les restrictions, la France, les Pays-Bas et les pays d’Europe du Sud sont critiques.

En Suisse, le scepticisme est de mise

En Suisse, les parlementaires spécialistes de politique étrangère interrogées se montrent également sceptiques quant à une interdiction de visas: «Un refus de visas généralisé n’est pas efficace et n’impressionnerait pas Poutine, ni ne le dissuaderait de partir en guerre», déclare par exemple Elisabeth Schneider-Schneiter (Le Centre).

Elle fait en outre remarquer que beaucoup de ressortissants russes qui viennent en Suisse sont critiques envers le régime. «Nous devrions considérer l’octroi de visas plutôt comme une chance que comme un risque», affirme Elisabeth Schneider-Schneiter. «L’échange nous donne la possibilité de montrer aux Russes qui viennent en Suisse que la guerre que mène Poutine est une guerre qui méprise les valeurs et les êtres humains.»

Tiana Angelina Moser (Vert’libéraux) affirme pour sa part: «Je suis sceptique quant à l’utilité d’une interdiction d’entrée globale. Cela me semble trop général». Mais il est évident que la Suisse, en tant que membre de l’espace Schengen, ne peut pas rester à l’écart, estime-t-elle.

«Je ne soutiens pas une interdiction générale de visas pour les Russes dans l’espace Schengen», déclare également Claudia Friedl (Parti socialiste). «C’est la guerre de Poutine. En revanche, je soutiens les sanctions ciblées contre les personnes et les oligarques proches de Poutine. Nous ne devons pas financer cette guerre.»

L’écologiste Sibel Arslan tient des propos similaires. Selon elle, il serait bien plus important que les oligarques soient inscrits sur la liste des sanctions et que la Suisse agisse plus rapidement et plus clairement à ce sujet. «Symboliquement, il est toutefois important de discuter de différentes variantes, comme l’interdiction de visa», explique-t-elle. Sibel Arslan ne s’attend pas à ce qu’un blocage des visas soit effectivement instauré dans l’UE. «Il y a d’autres possibilités d’agir contre l’agresseur et une interdiction générale toucherait probablement les mauvaises personnes.» Avant que l’UE ne prenne une décision, il est difficile de se prononcer depuis la Suisse, car le pays ne pourrait de toute façon pas décider une telle sanction seul.

Yvette Estermann de l’UDC (droite conservatrice) estime quant à elle que si l’on est réellement soucieux de rétablir la paix en Europe, on s’efforce de trouver une solution au conflit, pas de décider de nouvelles sanctions. «Je suis contre une telle mesure, elle ne résout aucun problème, elle en crée de nouveaux», dit-elle.

Enfin, Christa Markwalder (PLR, droite libérale) affirme: «En principe, je suis contre le clanisme, car une telle interdiction de visa peut toujours toucher des citoyennes et citoyens russes irréprochables. Toutefois, la Première ministre estonienne Kaja Kallas a mis les points sur les ‘i’ lors d’une interview avec la chaîne ARD: visiter l’Europe est un privilège et non un droit humain. Du point de vue occidental, cela peut être un levier pour mettre fin le plus rapidement possible à la guerre d’agression russe contre l’Ukraine.»

Le sujet du 19h30 de la RTS:

WatsonLien externe, la Commission européenne se montre critique; de plus, l’unanimité est obligatoire, ce qui laisse penser que la demande n’a aucune chance.

Si, contre toute attente, une interdiction de visas devait être adoptée à l’échelle de l’Union européenne, elle s’appliquerait également à la Suisse, qui est membre de l’espace Schengen. Seule la délivrance de visas nationaux pour des séjours de plus de 90 jours soumis à autorisation resterait libre, comme le confirme le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) à swissinfo.ch.

La Suisse reste une destination appréciée des touristes russes, malgré la guerre en Ukraine. Depuis le début de l’année, la Suisse a délivré plus de 7000 visas à des Russes, comme l’a déclaré le SEM à la chaîne publique alémanique SRFLien externe. La Russie se trouve dans le top 10 des statistiques suisses sur les visas, à la 8e place. Les visites à des amis ou à de la famille, les voyages d’affaires et le tourisme sont les principales raisons des voyages en Suisse. Toutefois, en 2018, seulement 30% de la population russe environ possédait un titre de voyage valide.

Traduction de l’allemand: Pauline Turuban

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