Les Suisses de l’étranger soulagés de pouvoir bientôt rentrer au Japon

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Depuis le 1er septembre, le Japon a assoupli les fortes restrictions qu’il imposait depuis le début de la pandémie aux résidents étrangers. Entre amertume et soulagement, la communauté des Suisses de l’étranger n’est pas encore certaine de pouvoir croire à son bonheur.

Ce contenu a été publié le 03 septembre 2020 – 13:57 Elena Laghi. La jeune femme de 29 ans est originaire de Lugano (Tessin). En janvier 2018, elle est partie étudier le japonais à Tokyo et c’est là-bas qu’elle a rencontré son petit-ami français Jacques.

Elena Laghi, 29 ans, a récemment obtenu un poste de travail au Japon. Elena Laghi

L’idylle a malheureusement été de courte durée, car Elena a dû revenir en Suisse à la mi-janvier 2020. «Mon visa d’étudiante arrivait à échéance», explique-t-elle. Pour des raisons personnelles mais aussi professionnelles, elle est déterminée à repartir au Japon le plus rapidement possible. Et la chance lui a souri puisque, dès son retour, elle a été contactée par une entreprise active dans les jeux vidéo. «Après quelques entretiens, j’ai obtenu le poste de responsable de la communication et du marketing numérique. Je devais commencer en mars».

Elena et Jacques étaient tout à leur euphorie de pouvoir bientôt se retrouver lorsque la pandémie de coronavirus est venue mettre à mal leurs projets. En effet, dès le mois de mars, le Japon a appliqué des restrictions d’entrée très strictes sur son territoire.

Sur le site internet du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), on peut ainsi lire que «les étrangers ayant le statut de ‘résident permanent’, de ‘conjoint ou enfant d’un ressortissant japonais’, de ‘conjoint ou enfant d’un résident permanent’ ou de ‘résident de longue durée’, qui ont quitté le Japon avec une autorisation de réadmission avant le 2 avril, sont traités, en principe, comme des personnes dans des circonstances particulières. Toutefois, cela ne s’applique pas aux étrangers qui ont quitté le Japon le 3 avril ou après cette date. Pour ces personnes, les autorités japonaises maintiennent l’interdiction d’entrée».

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En tant qu’étudiante et n’ayant pas encore obtenu son nouveau visa à la suite de son embauche, Elena s’est retrouvée bloquée à Lugano chez ses parents.

Et comme elle, des milliers d’internationaux ont vu leur vie totalement chamboulée. Les restrictions ont séparé des familles, freiné des carrières et fait manquer des mois de cours aux étudiants. Certains de ceux qui ont été bloqués à l’extérieur du pays se sont endettés, car ils ont dû continuer à payer des impôts et les loyers de leurs logements au Japon tout en supportant les coûts de leur séjour à l’étranger.

En réponse aux critiques grandissantes, le gouvernement japonais a assoupli les règles d’entrée en date du 5 août, permettant dans un premier temps un retour des personnes au bénéfice d’un permis de séjour permanent et des membres de la famille de citoyennes et citoyens japonais. Mais cela ne s’appliquait toutefois qu’aux personnes qui se trouvaient à l’étranger lors de la fermeture des frontières le 2 avril.

Prisonniers au Japon

Autre conséquence des mesures drastiques mises en place par le Japon: les résidents étrangers ont été comme pris au piège chez eux, puisque sortir du pays risquait de rendre un retour impossible.

Jacques, le petit-ami d’Elena Laghi, est un exemple de ces prisonniers malgré eux. Ingénieur en robotique avec un statut de résident, il ne pouvait pas quitter le Japon et a travaillé depuis chez lui, en quarantaine, isolé durant sept mois.

Alors, pour sortir de l’isolement et retrouver sa compagne, il a invoqué la maladie de sa grand-mère. Les «raisons humanitaires» sont l’une des exceptions qui permettaient aux étrangers de quitter le pays et d’y revenir ensuite. Muni des attestations médicales de son aïeule, des certificats de naissance prouvant qu’ils sont parents et d’une lettre de l’employeur de Jacques dépeignant les circonstances, le jeune homme a pu se rendre en Europe début août et voir sa famille ainsi qu’Elena.

Les résidents permanents traités comme des touristes

Simon Ming, 38 ans, travaille pour MSF. Patrick Rohr

Originaire du canton d’Obwald, Simon Ming est chargé de communication pour l’organisation humanitaire Médecins sans Frontières pour le Bangladesh, le Cambodge, le Pakistan, les Philippines et la Papouasie Nouvelle-Guinée. Il est basé au Japon depuis octobre 2018 et y a le statut de résident permanent.

Dès l’annonce des mesures, il a décidé, en accord avec son employeur, de partir rejoindre son partenaire aux Pays-Bas, car ce dernier n’aurait pas pu lui rendre visite avec un visa touristique. «Les interactions avec les pays dont je me charge se font souvent par écrans interposés. Donc que je travaille depuis la Hollande ou le Japon ne fait finalement pas de grande différence».

«Mais je paye mes impôts au Japon, j’y ai mon appartement, ma vie sociale… donc cela m’énerve de ne pas recevoir plus de considération qu’un simple touriste». Car la fermeture des frontières par le gouvernement japonais n’a pas prévu de distinction entre les résidents étrangers permanents et les touristes. Cette «discrimination latente» a pour effet que Simon ne se «sent pas le bienvenu au cœur même de [sa] vie quotidienne».

Depuis plusieurs années, la Japon se présente comme une destination de choix pour les entreprises et les talents internationaux. Mais le traitement qu’il a réservé aux résidents étrangers pendant la pandémie a affaibli ce message et ébranlé la confiance de la communauté internationale du pays.

Les restrictions d’entrée ont également entravé la bonne marche de nombreuses entreprises, japonaises et étrangères. De plus en plus d’entre elles dépendent de travailleurs étrangers. Si ces derniers ont dû quitter le Japon pour des raisons personnelles et n’ont pas pu revenir, il est possible que certaines aient dû les licencier, voire déposer le bilan.

Conditions actuelles d’entrée au Japon

Le 1er septembre, le Japon a assoupli les conditions d’entrée très strictes sur son territoire pour les résidents étrangers.

Les 2,6 millions d’individus ayant un statut de résident au Japon sont autorisés à rentrer dans le pays, quel que soit le type de visa qu’ils possèdent ou la date de leur départ. Cela inclut les universitaires, les étudiants et les travailleurs qualifiés, ainsi que les résidents permanents et les personnes mariées à des ressortissants japonais (liste non exhaustive).

Toutefois, contrairement aux ressortissants japonais, les résidents étrangers doivent suivre certaines procédures avant de rentrer dans le pays.

Ceux qui ont quitté le Japon le 31 août ou avant doivent contacter l’ambassade japonaise la plus proche ou un autre bureau diplomatique pour recevoir une «lettre de confirmation de retour». Il leur faudra pour cela un passeport en cours de validité, une carte de séjour et un formulaire de demande. Le traitement d’une demande peut prendre plusieurs jours.

Les résidents étrangers quittant le Japon le 1er septembre ou après cette date doivent recevoir un «reçu pour demande de réadmission» de la part des services d’immigration avant leur départ.

Une fois que les résidents étrangers savent quand ils rentreront au Japon, ils doivent subir un test COVID-19 dans les 72 heures précédant leur départ dans un établissement médical et demander au médecin de signer un certificat indiquant que les résultats sont négatifs.

Le ministère des affaires étrangères fournit des versions imprimables du formulaire de demande pour la lettre de confirmation de retour et du certificat de résultats du test COVID-19.

Lorsque les résidents étrangers arrivent à l’aéroport au Japon, il leur est demandé de présenter le certificat COVID-19 à un agent et de remettre soit la lettre de confirmation, soit le reçu à un agent de l’immigration et de passer un autre test pour confirmer qu’ils n’ont pas le coronavirus. Ils devront ensuite s’isoler pendant 14 jours et ne pas utiliser les transports publics.

Si l’un des documents requis est manquant – ou si le document de test obtenu indique qu’ils sont positifs mais ont quand même embarqué sur un vol – les résidents étrangers se verront refuser l’entrée. Ils seront alors retenus à l’aéroport jusqu’à ce qu’une place se libère sur un vol de retour, pour lequel ils pourront être facturés par la compagnie aérienne.

Les étrangers dont le test Covid-19 est positif à l’arrivée au Japon, mais dont le test est négatif avant le départ pour le pays, ne se verront pas refuser l’entrée et seront mis en quarantaine de la même manière que les ressortissants japonais.

Les ressortissants étrangers sans statut de résident, tels que les touristes, ne sont pas autorisés à entrer dans le pays jusqu’à nouvel ordre.

Sources: Japan Today et Ministère des affaires étrangères du Japon

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