Les référendums russes en Ukraine sont un «affront à la démocratie»

Deux femmes de Donetsk regardent une brochure explicative sur le référendum sur l’adhésion à la Russie. Keystone / Nikolai Trishin

Le Kremlin a annoncé vouloir organiser des référendums dans les zones de l’Ukraine qu’il contrôle en vue de leur rattachement à la Fédération de Russie. Pour Andreas Gross, spécialiste suisse de la démocratie directe, ces consultations populaires n’ont rien à voir avec une quelconque autodétermination.

Ce contenu a été publié le 22 septembre 2022 – 11:57


#Russia to refrain from holding so-called referenda in occupied territories of #Ukraine. #Switzerland is also very concerned about any threat to use nuclear weapons. Neutrality & good offices remain our instruments for dialogue. pic.twitter.com/DYH3SCYhnC

— Ignazio Cassis (@ignaziocassis) September 21, 2022

Existe-t-il une quelconque perspective que les référendums puissent encore être organisés «correctement» un jour, conformément aux accords de Minsk?

Non, cette chance est passée depuis longtemps. Depuis 2014, cette option n’existe plus. Et je doute qu’après avoir reconquis ces territoires, l’Ukraine veuille ouvrir une telle possibilité dans les dix prochaines années.

Le sourire et la poignée de main entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le président de la Confédération suisse Ignazio Cassis (à droite), qui se sont rencontrés en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, ont suscité quelques critiques sur les réseaux sociaux. Twitter

Pourquoi le président Poutine a-t-il annoncé ces référendums justement maintenant et en même temps qu’une mobilisation partielle?

Il veut désespérément sortir de la défensive. En s’appropriant ces régions, il espère plus de retenue dans les reconquêtes militaires de l’Ukraine et des fournisseurs de ses armes; en fin de compte, personne ne veut attaquer le cœur du territoire russe, car sinon Vladimir Poutine pourrait se débarrasser de ses inhibitions à «défendre» son pays avec des armes nucléaires tactiques. Les plébiscites et la mobilisation partielle signifient une escalade de la guerre. La question est simplement de savoir jusqu’où le Kremlin veut pousser cette escalade.

Cette manière de faire de Vladimir Poutine n’est pas nouvelle. En 2014, le Kremlin avait déjà annexé la Crimée en l’occupant, puis en organisant un «référendum». Son calcul sera-t-il encore une fois payant?

Non, fondamentalement, Vladimir Poutine a déjà fait un mauvais calcul. Il ne peut plus gagner cette guerre. La question est juste de savoir combien de temps il veut encore l’intensifier avant d’en arriver à cette conclusion. Et aussi s’il peut accepter cette défaite. La population des régions concernées risque malheureusement d’être confrontée encore longtemps à des souffrances et à un avenir précaire. Les plébiscites manipulateurs à venir ne lui seront d’aucune aide.

Traduit de l’allemand par Olivier Pauchard

Articles mentionnés

En conformité avec les normes du JTI

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative