«Les populations voient leur bétail disparaître»

Au Somaliland, des femmes marchent vers une citerne d’eau. Il n’a pas plu depuis des mois dans la région et l’ONU parle de «la pire crise humanitaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale». Keystone/Pascal Mora

La Corne de l’Afrique connaît sa pire sécheresse depuis des décennies. L’analyse de Hans Hurni, observateur de la région depuis cinq décennies.

Ce contenu a été publié le 23 novembre 2022 – 11:45


Pôle de recherche national Nord-SudLien externe, consacré aux thématiques liées à la durabilité, en Suisse et dans les pays en développement. Au cours de ses cinquante ans de carrière, il s’est intéressé de près à l’Afrique de l’Est et a lui-même vécu dix ans en Éthiopie.

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S’agit-il d’une autre crise due au changement climatique?

Oui mais pas seulement, même si de nombreux liens de cause à effet ne sont pas clairs. L’océan Indien se réchauffe davantage que prévu, avec des conséquences négatives sur les précipitations dans la Corne de l’Afrique. L’effet de serre joue certainement un rôle même si, pour être honnête, nous en savons encore trop peu pour pouvoir comprendre les processus avec précision. Les modèles climatiques globaux sont trop imprécis pour cette région.

A quoi est-ce dû?

En Afrique de l’Est, on dispose de moins de données scientifiques qu’ailleurs. Elles ne tombent pas du ciel, il faut les collecter. Et pour cela, il faut des personnes formées et des institutions modernes. La faible densité de scientifiques est un problème dans toute l’Afrique. A cela s’ajoute le manque d’infrastructures telles que les stations de mesure. Ainsi, on parle certes beaucoup des crises climatiques sur le continent, mais on ne connaît pas très bien le contexte.

Dans les grandes lignes ce que l’on peut dire pour la région – c’est-à-dire pour l’Éthiopie, l’Érythrée, la Somalie et le Kenya -, c’est qu’il fera plus chaud à l’avenir et que les précipitations connaîtront des variations plus extrêmes, à la hausse comme à la baisse.

Il faut donc s’attendre à ce que de telles crises se reproduisent à l’avenir?

Je voyage dans la région depuis presque cinq décennies. Durant cette période, la population a quadruplé. Lors de la grande famine de 1984, dix millions de personnes étaient touchées. Aujourd’hui, rien qu’en Éthiopie, elles sont deux fois plus nombreuses à dépendre de l’aide alimentaire.

Le problème, c’est que le développement des pays n’a pas suivi la croissance démographique. Selon une estimation grossière, environ 80% des personnes travaillent encore dans une agriculture qui produit à un faible niveau, tandis que les secteurs de l’industrie et des services sont peu développés et concentrés dans les villes. Ce n’est pas ainsi qu’une économie nationale peut se développer durablement.

Les agricultrices et agriculteurs ne sont pas restés inactifs, en apprenant, en appliquant de nouvelles méthodes de culture et en utilisant les ressources naturelles de manière plus respectueuse. Ce savoir est d’abord venu de l’extérieur, alors que les autorités locales, en Éthiopie ou au Kenya par exemple, se sont surtout concentrées sur le développement des villes. C’était important, mais unilatéral.

Par ailleurs, la crise actuelle touche principalement les populations nomades, qui voient leur bétail disparaître. Au cours des deux dernières années, des millions de bêtes sont mortes de soif ou de faim. Ces sociétés pastorales – qui vivent pour la plupart dans des régions de plaine inhospitalières et sont particulièrement menacées par le changement climatique – traversent donc une crise majeure, et beaucoup trouveront refuge dans des camps de personnes réfugiées ou dans les villes. Un retour à un mode de vie nomade peut se révéler difficile dans certaines circonstances.

>> Le sujet de l’émission Tout un Monde de la RTS consacré à la sécheresse au Kenya:

Chaîne du BonheurLien externe ou sur son compte postal CH82 0900 0000 1001 5000 6 avec la mention «L’Afrique de l’Est face à la faim». Depuis l’ouverture en avril de son compte pour la sécheresse en Afrique, la Chaîne du Bonheur indique avoir attribué plus de 1,8 million de francs à des projets locaux. Cette aide est apportée par différentes ONG suisses partenaires de la fondation, notamment la Croix-Rouge, Helvetas ou encore Caritas.

La Chaîne du Bonheur lance un appel aux dons. Chaîne du Bonheur

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>> «C’est un désastre comme nous n’en avons jamais vu au cours des quarante dernières années», avertit l’ONU, qui appelle à augmenter l’aide humanitaire:

Traduction de l’allemand: Pauline Turuban

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