Les personnes au chômage particulièrement sous pression en période de plein emploi

Les personnes inscrites au chômage sont sous pression pour retrouver un travail. Keystone / Laurent Gillieron

Alors que la Suisse affiche actuellement un taux de chômage de 2,2% et que plusieurs secteurs manquent de personnel qualifié, certaines personnes ont du mal à trouver un emploi. Elles sont mises fortement sous pression par les offices régionaux de placement.

Ce contenu a été publié le 16 janvier 2023 – 15:00


Matinale de la RTSLien externe le président de l’Association de défense des chômeuses et chômeurs Jeton Hoxha.

Statistique lacunaire

«Les personnes en mesures d’insertion, ou celles qui occupent un emploi précaire – à 20% par exemple – ne sont plus considérées comme des chômeurs au sens des statistiques du SECO», a-t-il expliqué. Pourtant, ces catégories de personnes sont aussi en recherche d’emploi.

Beaucoup, en majorité des femmes, sont aussi considérées comme «inaptes au placement» car elles n’ont pas de places en garderie ou de solutions pour garder leurs enfants, a-t-il encore souligné. Elles sont aussi exclues des statistiques du chômage. «Ça pose quand même problème», a déploré Jeton HoxhaLien externe. Parce qu’en affichant un taux de plein emploi, «on suggère à la population qu’il n’y a pas de problème et qu’il y a du travail pour tout le monde, alors que ce n’est pas le cas».

Réorientations forcées

Par ailleurs, plusieurs secteurs font face à des pénuries de personnel qualifié, comme la santé, la restauration ou encore le secteur de l’électricité. Mais dans d’autres domaines, il n’est pas si simple de trouver du travail. C’est un déséquilibre que doivent gérer les offices régionaux de placement (ORP).

Dans un tel contexte, les personnes inscrites au chômage sont particulièrement mises sous pression pour retrouver au plus vite un emploi, et sont parfois contraintes d’accepter des postes dans des domaines qui ne sont pas les leurs. En effet, les ORP peuvent, sous certaines conditions, imposer aux assurées et aux assurés de réorienter leur carrière, surtout après plusieurs mois de recherches infructueuses.

«J’ai eu très peu d’offres de l’ORP, et très vite, on m’a proposé d’autres choses, notamment des formations dans le médical», a témoigné une résidente lausannoise à la RTSLien externe. Elle cherche depuis deux ans un emploi d’esthéticienne, un domaine qui ne propose que très peu de postes ouverts.

«Au départ, je n’étais pas forcément favorable, parce que j’avais vraiment envie de trouver quelque chose en esthétique. Mais on sait qu’on ne peut pas se permettre de trop refuser, sinon c’est considéré comme un manque de collaboration et on est assez vite sanctionnée», a-t-elle regretté.

Garde-fous légaux

Reste que les pratiques des ORP sont dictées par un cadre légal fédéral. «Le principe de la loi, c’est qu’un assuré doit accepter immédiatement tout travail afin de diminuer le chômage. Mais elle prévoit un certain nombre d’exceptions, si le salaire n’est pas conforme aux usages, si le lieu d’activité est trop éloigné du domicile ou si les conditions particulières sont jugées non-convenables», a expliqué Françoise Favre, directrice générale de l’emploi et du marché du travail dans le canton de Vaud.

Malgré tout, «on sent une pression à accepter des emplois à tout prix», a insisté Jeton Hoxha. «Il y a deux objectifs à cela: les faire sortir des statistiques du chômage, et occuper les emplois dans les secteurs où il y a une forte demande.»

«C’est une crainte de la sanction permanente», a confirmé l’esthéticienne lausannoise dans son témoignage. «Je n’y vois pas trop d’aide, je ne me sens pas soutenue. Dès lors qu’ils voient qu’on a peu de chance de trouver un emploi dans notre domaine, on va nous proposer tout et n’importe quoi, même des choses qui ne correspondent absolument pas. C’est vraiment un job alimentaire au plus vite, à tout prix.»

Actuellement en Suisse, environ 97’000 personnes restent officiellement inscrites au chômage.

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