Les lacunes de la chirurgie transgenre en Suisse

© Keystone / Christian Beutler

De nombreuses personnes trans souffrent de graves complications à la suite d’opérations de réassignation sexuelle réalisées en Suisse. Une grande partie d’entre elles préfèrent se faire opérer à l’étranger. Les associations et experts pointent du doigt le manque de pratique des chirurgiens helvétiques.

Ce contenu a été publié le 25 novembre 2022 – 15:30


ÉPICÈNELien externe qui défend les droits des personnes trans, en connaît beaucoup. «La situation est dramatique», dit-elle. Pour remédier aux divers problèmes postopératoires, les personnes concernées doivent parfois se faire opérer à de multiples reprises. «Le cas le plus grave que je connaisse est celui d’un homme trans qui a dû subir 22 interventions en l’espace de cinq ans», note la militante et ex-banquière genevoise.

«Je vis avec une sonde urinaire et j’ai des douleurs importantes»

Lucas*

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Cela se traduit aussi parfois par de longues hospitalisations et des arrêts de travail prolongés. C’est la situation que vit Lucas*. En 2018, le jeune homme trans de 34 ans a décidé d’entreprendre des opérations de réassignation sexuelle, dont une phalloplastie (opération qui consiste à créer un pénis au patient au moyen de peau prélevée dans une autre zone du corps). En raison de nombreux problèmes postopératoires, il a dû subir huit interventions au lieu de quatre.

«Pour l’instant, je vis avec une sonde urinaire et j’ai des douleurs importantes», raconte Lucas, qui nous appelle de sa chambre d’hôpital. Un environnement qu’il n’a pas pu quitter depuis plusieurs mois. «Mon dossier est devenu hyper complexe. Le corps médical peine à centraliser les informations et à comprendre le problème», estime-t-il. «Mon plus grand rêve est de pouvoir reprendre mon travail que j’aime énormément», ajoute le jeune homme.

Le manque de pratique des hôpitaux suisses

Il n’existe pas de chiffres qui recensent les problèmes postopératoires des personnes transgenres en Suisse. Les opérations de réassignations sont certes complexes et comportent des risques, mais pour Lynn Bertholet les complications sont trop nombreuses. «À travers notre expérience associative, j’estime qu’une personne qui a subi une chirurgie de réassignation sur deux souffre de problèmes postopératoires», affirme-t-elle.

Lynn Bertholet pointe du doigt le manque de pratique des médecins qui pratique ces chirurgies en Suisse, ainsi que l’absence d’obligation de formation spécifique et de personnel infirmier formé au suivi postopératoire. Trois hôpitaux effectuent des opérations de réassignation sexuelle dans le pays: Bâle, Zurich et Lausanne. «Le nombre d’interventions n’est pas assez élevé pour permettre aux chirurgiens d’avoir une expérience suffisante», estime la présidente d’ÉPICÈNE.

Le problème avait déjà été mis en lumière en 2015 par l’expertiseLien externe du chirurgien belge Stan Monstrey, spécialiste de la médecin transgenre. Mandaté par le Tribunal cantonal de Lausanne, le rapport avait montré que les médecins effectuant des interventions de réassignation sexuelle en Suisse ne pratiquaient pas suffisamment pour égaler la qualité des chirurgies effectuées dans des centres spécialisés à l’étranger. «Malgré ces conclusions, rien n’a changé», déplore Lynn Bertholet.

En effet, selon l’étude, un chirurgien doit au minimum effectuer 24 opérations par année et par technique opératoire afin d’avoir et de garder la main. Malgré une augmentation du nombre d’interventions au cours des dernières années, ces conditions ne sont pas réunies. Comme le montrent les dernières données de l’Office fédéral de la statistique, en 2020, seuls 35 hommes trans ont subi une opération de réassignation génitale et 52 femmes, dans les trois hôpitaux qui pratiquent ces opérations en Suisse.

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