Les initiatives anti-pesticides suisses applaudies à l’ONU

Un ouvrier agricole répand des pesticides dans une plantation d’ananas au Ghana. 99% des décès liés à l’utilisation de produits phytosanitaires sont répertoriés dans les pays en développement. Jake Lyell / Alamy Stock Photo

Le 13 juin, les Suisses votent sur deux initiatives populaires qui entendent bannir l’utilisation des pesticides de synthèse. Une proposition qui résonne bien au-delà des frontières nationales: deux experts des Nations Unies mêlent leur voix à la campagne référendaire.

Ce contenu a été publié le 04 mai 2021 – 16:02


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«La Suisse, au travers de sa démocratie directe, a une chance extraordinaire de montrer l’exemple au reste du monde et de faire office de pionnière en se débarrassant de produits toxiques qui appartiennent à une agriculture du passé», plaide Laurent Berset, membre du comité de l’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides».

Ces velléités de faire de la Suisse un modèle en matière de transition agricole et environnementale ne sont pas l’apanage de quelques paysans bio ou de doux utopistes écolos. Elles récoltent des encouragements jusque dans les plus hautes sphères onusiennes.

Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, Michael Fakhri se prononce ainsi en faveur de l’interdiction des pesticides de synthèse en Suisse. «Cela garantirait non seulement la protection de la santé des personnes, mais obligerait aussi le gouvernement suisse à investir davantage dans l’agro-écologie», indique-t-il à SWI swissinfo.ch.

«La Suisse pourrait inspirer d’autres peuples»

Si leurs méthodes diffèrent, les deux initiatives soumises au vote le 13 juin visent le même but: l’élimination progressive de l’utilisation des pesticides de synthèse sur tout le territoire suisse. Les promoteurs de ces textes, issus de la société civile, surfent sur une vague de défiance planétaire sans précédent à l’égard des pesticides.

Aux yeux de Michael Fakhri, une telle interdiction générale pourrait faire de l’agro-écologie une option abordable pour les agriculteurs helvétiques. «La population suisse pourrait ainsi en inciter d’autres dans le monde à lui emboîter le pas», estime-t-il.

Le Bhoutan est jusqu’à présent le seul pays à s’être lancé le pari de vivre sans produits phytosanitaires artificiels. En 2018, 80% des paysans de ce petit Etat asiatique cultivaient leurs terres sans apport d’intrants chimiques. En Suisse, cette part atteint actuellement un peu plus de 16%.

un rapportLien externe présenté au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève par les prédécesseurs de Michael Fakhri et Marcos A.Orellana dressait un constat cinglant des conséquences sur l’environnement, la santé humaine et la société de l’emploi des produits phytosanitaires dans le monde. Chaque année, les pesticides seraient responsables de près de 200’000 décès dans les pays en développement.

La Suisse est régulièrement critiquée par les associations de défense de l’environnement et des droits humains pour sa politique du «deux poids deux mesures» qui consiste à exporter des pesticides de synthèse qui ont été interdits d’utilisation sur sol helvétique. Sous pression, le Conseil fédéral (gouvernement) a interdit l’an dernierLien externe l’exportation de cinq pesticides dangereux, dont le paraquat, un herbicide extrêmement nocif pour la santé.

Mais de nombreux autres pesticides interdits en Suisse continuent d’être exportés dans les pays du Sud. «Pour être des citoyens du monde responsables, les Suisses devraient également s’attaquer à l’exportation de pesticides de synthèse vers d’autres pays», avance Michael Fakhri.

La FAO tiraillée entre écologie et lobby agro-chimique

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est pour sa part opposée à une interdiction totale des pesticides de synthèse. «La lutte contre les maladies et les ravageurs – qui sont responsables d’une réduction de 20 à 40% des rendements agricoles mondiaux chaque année – est essentielle pour atteindre les objectifs de développement de l’ONU et mettre fin à la famine dans le monde d’ici 2030», indique la FAO dans une prise de position écrite adressée à SWI swissinfo.ch.

L’Organisation onusienne préfère miser sur la lutte intégrée pour protéger les cultures. Cette technique prévoit l’utilisation de pesticides en dernier recours lorsqu’il n’existe pas d’alternatives à la chimie et uniquement lorsque ces pesticides peuvent être utilisés de manière sûre pour la santé et l’environnement. Selon la FAO, les programmes de lutte intégrée ont permis de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires de 70% dans certaines cultures de riz, de coton ou de légumes, y compris dans les zones où la pression des ravageurs était en hausse.

Reste qu’en novembre 2020, la FAO avait provoqué un tolléLien externe parmi les scientifiques et les organisations de la société civile en formalisant un rapprochement stratégique avec CropLife, l’association qui représente les principaux fabricants de pesticides dans le monde. Sous le feu des critiques, Qu Dongyu, le directeur de l’agence onusienne qui a signé ce partenariat, est ancien vice-ministre de l’Agriculture en Chine, l’un des pays qui emploie le plus de pesticides dans le monde.

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