Les Européens trop absents du débat en Suisse, selon l’ancien négociateur de l’UE

Le président de la Confédération suisse Guy Parmelin s’exprime lors de la conférence de presse organisée à l’occasion de l’abandon des négociations sur l’accord-cadre avec l’Union européenne. Keystone / Peter Schneider

Depuis le 26 mai, les questions, les craintes et les espoirs se bousculent après le renoncement unilatéral du Conseil fédéral à l’accord-cadre négocié avec l’Union européenne. L’ancien négociateur de l’UE regrette le manque d’implication des Européens dans le débat en Suisse.

Ce contenu a été publié le 11 juin 2021 – 15:01

Jérémie Favre, RTS/dbu

Négociateur de l’Union européenne sous la Commission de Jean-Claude Juncker, Christian Leffler était récemment invité dans Infrarouge, une émission de la Radio Télévision Suisse (RTS). Le Suédois, aujourd’hui retraité, parle du départ de la Suisse des négociations sur l’accord-cadre comme d’«une occasion manquée».

«On le voyait quand même venir, mais peut-être pas de façon aussi brutale. Le but était de faciliter la gestion de nos rapports. Pour l’UE, c’était une façon d’ouvrir la porte à cette extension de la relation qui nous est très chère», explique-t-il.

Surpris par la manière

L’ancien ambassadeur est surtout surpris par la manière avec laquelle le Conseil fédéral a fermé la porte à l’accord-cadre. «Pourquoi le déclarer mort sans même en parler au Parlement, voire au peuple? Boris Johnson l’a fait en Grande-Bretagne, plusieurs fois même. En tant que négociateur de l’UE, ça ne nous viendrait jamais à l’idée d’abandonner une négociation sans consulter au préalable les Etats membres et le Parlement», dit-il.

Parmi les griefs helvétiques, un soi-disant manque d’écoute de Bruxelles était souvent relevé. Christian Leffler, qui était au coeur des négociations avec le secrétaire d’Etat Roberto Balzaretti, balaie ce reproche.

Les Suisses, spécialistes des longs tunnels

«Evidemment que nous les avons écoutés. Mais l’Union européenne aussi a des lignes rouges. Fin 2018, nous avions cru que nous approchions de la sortie du tunnel. Mais nous avons dû nous rendre compte que les Suisses sont les spécialistes des tunnels très très longs. Ce n’était pas la lumière au bout du tunnel, mais une lampe de travail laissée par un ouvrier qui a quitté les lieux. Nous sommes toujours dans le tunnel, sans ouvriers et sans contreparties. On se demande quand les ouvriers vont revenir.» 

La fin des discussions sur l’accord-cadre sonne comme un échec pour Christian Leffler. A la question de savoir ce qu’il aurait changé à l’époque en sachant la récente conclusion, le néo-retraité fait son mea culpa: «Je n’aurais pas hésité autant que nous l’avons fait pour participer au débat public en Suisse pour expliquer la démarche européenne. L’Europe a été trop absente.»

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