Les épidémies changent, mais la peur qu’elles suscitent reste

Les restrictions de déplacement, comme ici à St Moritz en janvier 2021, font partie des mesures connues depuis le Moyen Age pour tenter d’endiguer une épidémie. Keystone / Giancarlo Cattaneo

Les progrès de la médecine avaient presque fait oublier que l’Occident a vécu pendant des siècles sous la menace d’épidémies. La pandémie de coronavirus vient cependant rappeler que l’humanité reste vulnérable. Elle vient aussi réveiller des peurs ancestrales, relève un historien de la médecine.

Ce contenu a été publié le 24 novembre 2021 – 15:04


Loi fédérale sur les épidémiesLien externe. Mais il y a eu un référendum et en 1882, la loi fut rejetée par presque 80% des voix, surtout à cause de l’aspect obligatoire de la vaccination.

Il y a aussi eu des tentatives d’obligation dans certains cantons. Fribourg l’a par exemple introduite le 14 mai 1872. Mais les réticences furent telles – une faible proportion de la population finit par se faire vacciner – que la mesure fut rapidement abandonnée.

On peut supposer que cela a durablement «vacciné» les autorités, si j’ose dire, contre toute idée de rendre obligatoire la vaccination, qui demeure un acte médical pour lequel le consentement du patient semble incontournable.

Mais la vaccination, c’est aussi l’histoire de succès éclatants.

Après la Seconde Guerre mondiale, on assiste effectivement à l’éradication de la poliomyélite et de la variole. Ce sont des succès extraordinaires qu’il faut placer dans un moment historique où la médecine est à son apogée. On assiste par exemple aussi à la première transplantation cardiaque du professeur Barnard en 1967. C’est une époque où la médecine triomphe et où l’on pense qu’elle va à peu près tout guérir. Dans le public, il a une adhésion et le taux de confiance est très élevé.

Mais cette confiance diminue dans les années 1980, avec l’épidémie de sida qui, d’une certaine manière, va rappeler les limites de la médecine. C’est aussi à cette époque que l’on assiste à un retour vers des pratiques thérapeutiques présentées comme étant plus naturelles. On peut évoquer par exemple l’ouverture de maisons de naissance pour éviter les accouchements à l’hôpital. Cette époque s’accompagne aussi d’une méfiance croissante face à la vaccination de la part des tenants d’une médecine plus naturelle.

Est-ce aussi depuis cette époque que la parole des médecins et des autorités sanitaires est de plus en plus remise en question?

Effectivement, jusque dans les années 1980, lorsque le corps médical s’exprimait, il était écouté. Dans les années 1960, il était impensable qu’une opinion exprimée par un spécialiste soit mise en doute dans la presse. De manière générale, la parole des autorités n’était guère contestée.

De nos jours, on sent que n’importe quelle vérité scientifique est susceptible d’être réduite à un débat d’opinion. Dans le cas de la vaccination, on en est réduit à des question comme «croyez-vous ou non à l’efficacité des vaccins?» C’est certainement positif de ne pas tout prendre pour argent comptant et d’avoir plus d’esprit critique qu’autrefois. Mais là où c’est gênant, c’est qu’il existe dans la science des faits clairement établis et définis et que les outils pour les contester font souvent défaut aux personnes qui s’invitent dans le débat.

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