Suisse

Les enjeux de la redevance et de la formation audiovisuelle.

La SSR investit chaque année entre 34 et 50 millions de Francs dans la coproduction de séries, de fictions, de documentaires et d’animations, soit plus que 150 films par an. La lauréate 2024, Elene Naveriani, est alumna du Bachelor Cinéma de la HEAD-Genève, tandis que la lauréate 2025, Klaudia Reynicke, est alumna du Master Cinéma ECAL–HEAD.

Quel rôle joue aujourd’hui la SSR pour les jeunes qui suivent le Bachelor ou le Master Cinéma, notamment à la HEAD?

La SSR est l’un des trois principaux partenaires du cinéma suisse. En plus d’être coproductrice, elle offre une plateforme de diffusion pour les productions indépendantes, contribuant ainsi à créer un public pour les films suisses, notamment ceux de nos diplômé·es. Les deux dernières lauréates du Prix du Cinéma Suisse dans la catégorie meilleure fiction ont été formées à la HES-SO. La lauréate 2024, Elene Naveriani, a obtenu son Bachelor Cinéma à la HEAD-Genève, tandis que la lauréate 2025, Klaudia Reynicke, a terminé son Master Cinéma à l’ECAL–HEAD. La jeune réalisatrice Marie-Elsa Sgualdo, diplômée du Bachelor Cinéma à la HEAD, est actuellement en compétition avec sept nominations pour le Prix du Cinéma suisse 2026 pour son film «A bras-le-corps», tourné dans le Jura. Elle propose un regard fort et différencié, loin des clichés, que seule une structure publique peut soutenir sur le long terme.

On résume souvent le cinéma à ses réalisatrices et réalisateurs, mais l’univers de l’audiovisuel est bien plus vaste…

La SSR est un partenaire de longue date du cinéma de demain. Les différentes unités de la SSR coproduisent ou acquièrent des films de diplôme Bachelor et Master. Elles soutiennent également de nombreuses réalisations de premiers long-métrages de nos diplômé·es. À la HEAD, nous formons des chef·fes opérateur·trices, des ingénieur·es du son, et des monteur·euses. Ces spécialistes sont directement employés dans les coproductions de la SSR. De plus, la SSR – ainsi que la RTS en Suisse romande – est un employeur direct. Nos diplômé·es travaillent sur des productions internes, que ce soit dans des magazines culturels ou lors de grands événements comme l’Eurovision. Si ce partenaire est affaibli, c’est tout un secteur en pleine effervescence qui est menacé, ainsi que l’expertise technologique qui l’accompagne, souvent sous-estimée.

D’autres acteurs, comme l’État ou les plateformes de streaming, ne pourraient-ils pas prendre le relais pour soutenir la création audiovisuelle?

Il est inimaginable pour la création audiovisuelle de compenser la baisse de la redevance par un autre moyen. Ni l’Office fédéral de la culture, ni le secteur privé ne pourraient remplir ce vide. La SSR investit chaque année entre 34 et 50 millions de Francs dans la coproduction de séries, de fictions, de documentaires et d’animations, ce qui représente plus de 150 films par an. Quant aux plateformes de streaming comme Netflix, leur logique est principalement commerciale. Depuis 2024, une nouvelle loi sur le cinéma les oblige à réinvestir 4 % de leurs recettes dans des productions autochtones, une mesure bien moindre que les 20 % exigés en France. Contrairement à la SSR, ces plateformes n’ont pas de mandat culturel ni d’obligation de garantir un équilibre entre les régions linguistiques. La SSR, en tant que service public, permet de raconter nos propres histoires dans toute leur finesse et complexité, une richesse que le seul marché ne saurait supporter.

Justement, quel serait l’impact pour la Suisse romande et ses diplômé·es si ce système est fragilisé?

La SSR agit comme régulatrice pour la cohésion nationale, garantissant un équilibre entre les régions linguistiques. Elle s’assure que la Suisse romande et le Tessin ont un accès équitable à une création de qualité. Si nous basculions dans une logique uniquement guidée par le marché, la Suisse romande et le Tessin seraient les premiers à perdre, se retrouvant noyés dans un marché plus vaste – français, italien ou allemand. Pourtant, la création romande est d’une vitalité remarquable. Nous pouvons en être fier·ères!

Selon vous, outre le coût, quel est l’enjeu principal derrière la baisse de la redevance?

Notre identité suisse et notre capacité à (nous) raconter. Produire en Suisse est coûteux en raison du coût de la vie et du petit marché. Sans la SSR pour coproduire, le cinéma suisse perdrait l’un de ses partenaires essentiels. Une réduction de la redevance signifierait moins de films, moins de postes et un marché du travail fragilisé, notamment pour la nouvelle génération. Nous risquerions de perdre des spécialistes de haut niveau et une part de notre fierté. En affaiblissant le cinéma suisse, nous ne faisons pas seulement une économie budgétaire : nous privons la future génération des moyens de créer les images et les récits de la Suisse de demain. Dans un monde d’images, nous avons besoin de spécialistes et d’artistes bien formés pour exister et participer aux récits d’aujourd’hui et de demain.