Les caricatures, un crash test pour la liberté d’expression

Série Liberté d’expression, Épisode 1:

Caricature, dessin politique: ces termes promettent du rire ou au moins un sourire. La satire dessinée n’en est pas moins un outil important pour la liberté d’expression. swissinfo.ch présente une sélection de dessins de presse du monde entier.

Ce contenu a été publié le 06 mai 2021 – 16:00


#freedomofexpression

En principe, tout devrait être clair comme de l’eau de roche. La Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) et le Pacte des Nations unies relatif aux droits civils et politiques (1966) stipulent que «tout individu a droit à la liberté d’expression, ce qui implique le droit de chercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.» En Europe, la Convention européenne des droits de l’homme (1950) confirme la liberté d’expression comme un droit juridiquement contraignant (article 10). La Suisse consacre cette liberté fondamentale à l’article 16 de sa constitution de 1999.  

Dans la pratique, cependant, ces principes fondamentaux restent contestés. De nombreux gouvernements dans le monde ne protègent pas le droit à la liberté d’expression, mais le sapent de plus en plus. Dans d’autres parties du monde, des individus et des groupes brandissent le terme «liberté d’expression» pour justifier des discours discriminatoires et haineux. Mais bien qu’il s’agisse d’un droit universel, la liberté d’expression n’est pas un droit absolu. La garantir et l’appliquer est toujours un exercice d’équilibriste.

Dans une nouvelle série de SWI swissinfo.ch, nous abordons ces différents aspects, défis, opinions et développements autour de la liberté d’expression, en Suisse et dans le monde. Nous offrons une plateforme aux citoyens pour qu’ils puissent s’exprimer sur la question, nous proposons des analyses de spécialistes renommés et nous mettons en lumière les évolutions locales et mondiales. Bien entendu, les lectrices et les lecteurs sont invités à se joindre au débat et à faire entendre leur voix.

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Il y a donc toujours une part d’anarchie dans ce mode d’expression. Pour autant, la caricature n’utilise pas la provocation comme une fin en soi. Face à une actualité souvent choquante, tester les limites de la décence ou de l’admissible offre souvent la meilleure occasion de faire ressortir l’indéfendable, l’incompréhensible ou l’inacceptable.

Les caricatures sont à la fois un plaidoyer enflammé et un test de résistance pour la liberté, la tolérance et la capacité d’une société à engager le dialogue. Que ce soit dans une démocratie, un État autoritaire ou une dictature.

Les caricatures controversées de Mahomet ont été publiées pour la première fois dans un journal régional danois le 30 septembre 2005. Après les protestations qui ont éclaté dans le monde entier, les caricatures ont été réimprimées dans plusieurs journaux, pour défendre la liberté d’expression. À ce jour, les affrontements et les attaques autour de ces carricatures ont fait plus de 100 morts. EPA

Dessiner pour la paix

Cartooning for PeaceLien externe est un réseau international d’environ 200 dessinateurs de presse. L’association s’efforce de promouvoir la liberté d’expression, les droits de l’homme et le respect mutuel entre les personnes de cultures ou de confessions différentes par le biais du dessin de presse.

Le dessinateur français Plantu a fait appel à l’ancien Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, pour parrainer une exposition intitulée Cartooning for Peace (dessiner pour la paix). Une initiative prise dans la foulée des polémiques liées aux caricatures de Mahomet en 2005 et les débats qui ont suivi sur la liberté de la presse et les limites morales des caricatures. L’exposition, accompagnée d’un congrès, a eu lieu au siège des Nations unies à New York en 2006. À l’initiative de Plantu et Kofi Annan, le réseau Cartooning for Peace a été fondé le 16 octobre 2006. Son siège est à Paris.

Avec le soutien du Ministère suisse des Affaires étrangères et des Nations unies, la Fondation Cartooning for Peace a été créée à Genève en 2010 par les dessinateurs Chapatte et Plantu ainsi que Marie Heuzé, alors directrice du service de l’information de l’ONU à Genève. Jusqu’à son décès en 2018, Kofi Annan était président d’honneur de la Fondation.

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