Le Léman Express, une révolution de la mobilité dans le Grand Genève

Les autorités genevoises estiment que 50’000 personnes par jour utiliseront le nouveau réseau ferroviaire transfrontalier entre la Suisse et la France. 

(© Keystone / Salvatore Di Nolfi)

Très attendu, le Léman Express, réseau ferroviaire transfrontalier entre Genève et la France voisine, ouvrira mi-décembre. Le spécialiste des transports Vincent Kaufmann analyse son impact probable sur les déplacements, le trafic et le logement.

Après des décennies de discussions et de planification, près de huit ans de travaux de construction, le Léman Express entrera finalement en service le 15 décembre, à 5h05 du matin. 

L’objectif de ce nouveau réseau ferroviaire est d’offrir une liaison rapide entre la ville suisse de Genève et celle d’Annemasse en France. Le Léman Express est cependant beaucoup plus vaste que cela, comprenant 45 gares et 230 kilomètres de voies qui s’étendent jusque dans le canton de Vaud et aux départements français de Haute-Savoie et de l’Ain. Il deviendra le plus grand réseau ferroviaire régional transfrontalier d’Europe.

Les autorités estiment que 50’000 personnes prendront l’un des 40 trains qui sillonneront chaque jour le réseau, une fois qu’il sera opérationnel. Le nouveau réseau ferroviaire devrait contribuer à réduire le trafic routier et les temps de déplacement. Actuellement, près d’un demi-million de véhicules passent chaque jour les frontières genevoises à partir de la France ou du canton de Vaud, encombrant les routes locales aux heures de pointe.

Vincent Kaufmann est professeur associé de sociologie urbaine et d’analyse des mobilités à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL)

(EPFL)

swissinfo.ch: Le Léman Express a créé de grandes attentes, en particulier en France. Quel impact aura-t-il réellement sur le trafic local?

Vincent Kaufmann: Je pense vraiment que le Léman Express va avoir un impact majeur, et cela rapidement. Les gens vont utiliser les trains plus souvent. Le Léman Express offre une liaison entre Genève et son arrière-pays, mais il relie aussi des régions françaises, comme la Haute-Savoie. Vous pourrez voyager facilement d’Evian à Annecy ou entre Saint-Julien-en-Genevois et Evian, par exemple.

Il offre aussi plus liaisons efficaces à l’intérieur de la ville de Genève. La politique de stationnement à Genève sera décisive. Si des règles plus strictes sont introduites, certaines personnes qui pourraient ne pas vouloir prendre le train seront obligées de le faire. 

Le Léman Express pourrait-il changer les mentalités locales à l’égard des transports publics, comme l’a fait le métro M2 à Lausanne?

Oui, ce changement est déjà en cours, comme le montre une vaste étude réalisée par l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Nous avons constaté une forte volonté d’utiliser d’autres moyens de transport que la voiture, notamment en France. Je pense que cela va s’accélérer; il y a un terrain fertile pour cela.

Carte du Léman Express

(Léman Express)

Mais certaines personnes, comme le sénateur vert sortant Robert Cramer, ont exprimé des réserves sur le nouveau réseau, affirmant qu’il ne suffira pas à résoudre les maux actuels du transport régional. Quel est votre point de vue?

Le Léman Express a une capacité énorme. Si les trains sont pleins, vous pouvez doubler le nombre de voitures ou avoir des trains à deux étages. Il y a beaucoup d’options. 

Mais je suis d’accord avec Robert Cramer pour dire qu’il ne fera que contenir et non résoudre les problèmes, car nous sommes dans une région qui croît de 18’000 à 20’000 habitants par an. C’est l’une des régions les plus dynamiques d’Europe en ce qui concerne la croissance démographique. Il est difficile de faire autre chose que de contenir le problème.

Cependant, le Léman Express est le début de l’histoire et pas la fin. Il devra être développé. Pour l’instant, l’aéroport n’y est pas relié, mais on pourrait imaginer créer une liaison. Il y a aussi des demandes d’extension des lignes au-delà de Bellegarde (en France, au sud-ouest de Genève) jusqu’à Nantua, Seyssel et Culoz, où il y a beaucoup de travailleurs transfrontaliers.

Les autorités parlent d’un Léman Express qui attirerait 50’000 passagers par jour et réduirait le trafic routier de 12%. Est-ce réaliste?

Cela est difficile à évaluer. Mais j’imagine qu’il y aura d’importantes réductions du trafic routier entre Annemasse et Genève, entre Hermance et la douane de Douvaine, ainsi qu’à Genève le long des quais du lac.

Quel impact le réseau transfrontalier pourrait-il avoir sur le logement dans la région?

Le Léman Express offre des opportunités de développement urbain assez considérables, en particulier à Annemasse en France. La transformation y est impressionnante. En général, le secteur immobilier a compris que l’avenir du développement urbain se construit autour du système ferroviaire.

Une chose est toutefois évidente: le Léman Express risque d’inciter davantage de personnes qui travaillent à Genève à vivre en France, qu’elles soient françaises ou non.

Peut-on comparer le Léman Express avec le système de transports publics dans d’autres villes de Suisse ou ailleurs en Europe?

Il offre le même niveau de service ferroviaire qu’à Zurich. Le réseau est très dense, mais il y a beaucoup moins de lignes.

Genève se rapproche du niveau de qualité observé en Allemagne, où l’on dispose de grands réseaux de trains régionaux S-Bahn assez efficaces. Mais si on le compare à la France et à l’Italie, le réseau de Genève est bien meilleur.

(adaptation de l’anglais: Katy Romy)

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