Le coronavirus, une opportunité pour le tourisme durable

Cet été, les régions de montagne suisses ont été une destination de choix pour les touristes locaux. Keystone / Laurent Gillieron

Ce contenu a été publié le 08 septembre 2020 – 10:18

L’industrie touristique suisse est confrontée à des défis majeurs. La pandémie de coronavirus a profondément modifié le comportement des Suisses en matière de voyage et de réservation. Aurelia Kogler, professeure en tourisme, voit dans cette crise une opportunité de voyager de manière plus durable.

swissinfo.ch: Quels changements avez-vous remarqués dans le comportement des touristes?

Aurelia Kogler: Les Suisses passent maintenant leurs vacances au pays. C’est un objectif que l’industrie touristique a toujours visé. Les restrictions introduites à la suite de la pandémie ont apparemment conduit à un changement de la demande.

Grâce aux touristes suisses, la saison estivale a pu être sauvée. Pour les destinations alpines, l’été s’est aussi mieux déroulé que prévu. Pour les voyagistes installés en ville, cela n’a en revanche pas été le cas. La crise touche également tous les prestataires de services touristiques qui vivent ou dépendent des grands événements.

Qu’avez-vous observé d’autre?

Dans l’espace, la petite Suisse joue dans la cour des grands

La Confédération est à la pointe dans bien des domaines de la recherche et de l’exploration spatiales.

La demande d’appartements et de maisons de vacances a augmenté de manière disproportionnée cet été. Cela est probablement dû, d’une part, aux règles d’hygiène et de distance et, d’autre part, à la recherche de la sécurité.

Nous avons également constaté que le marché des voyages long-courriers s’est complètement effondré. Actuellement, il est impossible de visiter certains pays, soit parce qu’il est interdit d’y entrer, soit parce qu’il n’y a tout simplement pas de vols. D’autres régions sont accessibles, mais il existe un certain risque et de nombreuses restrictions. Aussi, lorsqu’il s’agit de choisir une destination, nous nous demandons si elle en vaut vraiment la peine.

Aurelia Kogler est professeure d’économie du tourisme et des loisirs au Centre de recherche en politique économique de la Haute école spécialisée des Grisons. zVg

Mais les Suisses aiment voler…

Oui, les Suisses adorent voyager à l’étranger. Mais cela a complètement changé.

Si, malgré les drames, nous voulons trouver un aspect positif à cette situation, nous pouvons dire que la pandémie a rendu nos modes de déplacement plus durables. Reste à voir si ce comportement persistera lorsque la situation reviendra à la normale. À l’heure actuelle, cependant, l’environnement bénéficie certainement de la diminution du nombre de vols et des distances parcourues.

La crise pourrait-elle être le point de départ d’un tourisme plus durable?

Le tourisme écologique est resté un secteur de niche pendant des décennies. Ces dernières années, la question de la durabilité a gagné en importance et n’est pas seulement ancrée dans diverses lois, elle est aussi devenue un comportement apprécié socialement. La pandémie a en effet conduit à une remise en question et – au moins temporairement – à un changement de comportement.

Cette tendance pourrait-elle se poursuivre?

En tant que professionnels du tourisme, nous sommes naturellement curieux de voir si une partie de ces comportements passera dans notre ADN de voyageur. Nous verrons si nous serons un peu moins négligents à l’avenir lorsqu’il s’agira de s’envoler pour un week-end par-ci, un week-end par-là, simplement parce que nous le pouvons.

Il faut également espérer que la demande pour des vacances d’été à la montagne se transforme en une tendance durable. Quand on voit le nombre de familles qui ont passé une partie de l’été à la montagne, on peut souhaiter qu’elles se soient rendues compte de l’attrait des destinations alpines et peut-être que les enfants se diront: «je veux y retourner!»

C’est une grande opportunité pour le tourisme alpin, mais nous avons très vite tendance à oublier. Cela dit, il est vrai que cette crise a été très profonde. Le monde entier est plus ou moins durement touché dans presque tous les domaines de l’existence. Il se pourrait donc que certains comportements changent de façon plus durable, voire permanente.

À qui doit bénéficier la coopération suisse au développement?

Ce contenu a été publié le 07 sept. 2020 Quand la coopération au développement doit remplir trop d’objectifs à la fois, elle est débordée, écrit Katharina Michaelowa.

Quelles sont les questions posées par la recherche dans le domaine du tourisme?

La question la plus urgente est de savoir à quoi ressemblera la saison hivernale et ce que nous pouvons faire pour qu’elle soit bonne. Nous sommes en contact étroit avec les responsables du secteur et des destinations touristiques. La tendance actuelle donne l’impression que les réservations pour la saison d’hiver sont encore hésitantes. Les gens attendent de voir ce qui va se passer. Ce comportement est naturellement humain et tout à fait compréhensible.

Quels autres changements avez-vous observés à cause de la Covid-19?

Un autre sujet qui nous occupera beaucoup à l’avenir est le changement de comportement au travail, notamment en ce qui concerne le télétravail. D’une part, cela devrait entraîner une modification du marché de l’immobilier de bureau et avoir un impact sur les agglomérations urbaines. En même temps, les gens pourraient aussi aller vivre et travailler dans des zones rurales plus éloignées sans avoir à se déplacer.

Plus

L’éolien bloqué par des procédures sans fin en Suisse

Ce contenu a été publié le 07 sept. 2020 L’énergie éolienne ne représente que 0,2% de la consommation en électricité du pays. Un retard que l’on doit notamment aux nombreux recours.

Pour en revenir au tourisme, la question est de savoir s’il s’agit ou non d’une opportunité pour les destinations touristiques et si de nouveaux produits et solutions touristiques pourraient être développés.

Si elles ne sont plus attachées à un lieu particulier pour des raisons professionnelles, de nombreuses personnes peuvent souhaiter se rapprocher de la nature et de la campagne. À moyen et à long terme, il y a donc une possibilité de renforcer les destinations touristiques et les régions rurales structurellement plus faibles. Cependant, nous n’en sommes qu’au début.

Pensez-vous que la crise provoquée par le coronavirus aura des effets à long terme sur le tourisme?

Oui, d’une part, elle affectera les entreprises qui opèrent avec une base de capitaux propres très mince. La branche se réorganisera probablement. Mais nous en savons actuellement encore trop peu sur l’évolution concrète de la situation économique générale en Europe et sur l’impact de la pandémie sur les chiffres du chômage dans les principaux marchés d’origine des touristes. La hausse du chômage est l’une des principales menaces qui pèsent sur le tourisme, et pas seulement en Suisse.

Traduit de l’allemand par Emilie Ridard