L’Afghanistan est aux portes d’une pauvreté généralisée

Au vu de l’état de violence et d’incertitude politique qui règne en Afghanistan, il est difficile d’imaginer ce que l’avenir réserve à ce pays. Avec un système de gouvernance brisé, peur et incertitude sont désormais les compagnons du quotidien.

Ce contenu a été publié le 13 septembre 2021 – 15:30

Achim Steiner est Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement

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Et ce n’est pas tout: selon l’évolution de la situation, le pays pourrait voir s’ajouter à la tragédie qu’il vit actuellement une baisse du PIB allant jusqu’à 13% d’ici le milieu de l’année 2022. Ce pourcentage peut sembler modeste compte tenu de l’ampleur de la crise du pays, mais lorsqu’il se traduit dans la réalité de la vie quotidienne des gens, il prend une importance considérable.

Selon une analyse récente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), une baisse de 10 à 13% du PIB pourrait amener l’Afghanistan au bord d’une pauvreté quasi générale – avec un taux pouvant atteindre 97% – malgré les difficiles, mais réels progrès réalisés au cours des 20 dernières années.

En 20 ans, l’Afghanistan a fait des progrès considérables.  Le revenu par habitant a plus que doublé depuis le début des années 2000.  L’espérance de vie à la naissance s’est allongée de neuf ans. Les années de scolarité sont passées de six à dix. Le nombre d’élèves a augmenté de 800’000 à plus de 8 millions, parmi lesquels plus de 3 millions de filles sont entrées dans le système éducatif.

Aujourd’hui, avec la montée en flèche du prix des denrées alimentaires et une économie à l’arrêt, l’insécurité alimentaire augmente de façon vertigineuse, et l’on peut s’attendre à ce que les conditions sanitaires et les moyens de subsistance de la population soient très affectés, aggravant ainsi les problèmes engendrés par la Covid-19.

L’Afghanistan a également opéré une transformation majeure en matière d’emploi des femmes. Alors qu’elles étaient souvent cantonnées à la culture du pavot et à la récolte de l’opium, elles représentent aujourd’hui plus d’un cinquième de la fonction publique et un quart des membres du Parlement.

Nous devons exploiter le meilleur de ce qui a été semé, le protéger et le développer. L’heure est venue de faire preuve de courage et de clairvoyance, de faire des choix judicieux et de trouver comment protéger les moyens de subsistance, les services de base, la sécurité des populations et les droits humains.

Cette situation peut et doit être évitée. Nous devons soutenir les acquis économiques, sociaux et environnementaux locaux qui ont été renforcés au cours des vingt dernières années.

Pour maintenir les ménages les plus vulnérables à flot et les services de base en vie, nous pouvons nous appuyer sur les réseaux économiques locaux, essentiels pour que le pays continue de fonctionner. Nous savons d’expérience ce que cela signifie: il faudra notamment soutenir les efforts des communautés en matière d’emploi et de protection sociale grâce à un revenu de base, aider les agriculteurs en leur fournissant des semences, des engrais et des solutions contre les inondations et la sécheresse, et continuer à maintenir les services de santé et d’éducation grâce à des subventions salariales pour les enseignants et les professionnels de la santé.

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