La Suisse veut mieux gérer ses retraités à l’étranger

Apéro au bord de la piscine dans la résidence pour seniors Lotuswell à Hua Hin, en Thaïlande. L’image est tirée d’une vidéo de promotion de l’établissement. lotuswell.ch

Le réseau extérieur de la Suisse est régulièrement confronté à des destins qui se situent «en dehors du portefeuille des services consulaires», selon l’expression diplomatique consacrée. En termes plus clairs, ce sont des cas difficiles. La Confédération a décidé de réagir.

Ce contenu a été publié le 31 mai 2022 – 16:01


Loi sur les Suisses de l’étrangerLien externe stipule que «toute personne qui prépare et réalise un séjour à l’étranger ou qui exerce une activité à l’étranger engage sa propre responsabilité».

Vieillesse, pauvreté, maladie

«Aging abroad» est une partie du projet. La campagne de sensibilisation vise à aider les Suisses de l’étranger âgés à planifier leur responsabilité personnelle le plus tôt possible et à l’assumer le plus longtemps possible. Elle concerne les 180’000 Suisses de l’étranger en âge de prendre leur retraite, soit 22% de la communauté globale des Suisses de l’étranger.

Les seniors peuvent contribuer à éviter à la Suisse et à ses représentations, mais aussi à leurs proches, quelques incertitudes – et du travail inutile – à l’avenir: les directives anticipées, les mandats pour cause d’inaptitude, les dispositions en cas de décès et les testaments en font partie. En fin de compte, ils doivent tout simplement veiller, dans la mesure du possible, à ce que la vieillesse, la pauvreté et la maladie soient atténuées.

Le défi thaïlandais

La Thaïlande représente un défi particulier à cet égard. La proportion de retraités y est deux fois plus élevée que la moyenne des autres pays. Concrètement, il y a 9600 retraités suisses, dont deux tiers d’hommes, qui ont pour la plupart émigré à un âge avancé. On parle d’une «migration récente de personnes âgées», qui connaît un chapitre spécifique: le transfert à l’hôpital.

Tournoi de jass à la résidence pour seniors Lotuswell à Hua Hin, en Thaïlande. L’image est tirée d’une vidéo de promotion de l’établissement. lotuswell.ch

Car tant que ces retraités – en partie dans des maisons de retraite spécialisées – peuvent taper le jass, tout va bien. «Mais ensuite, survient une maladie, explique un diplomate. Ils ne peuvent pas rentrer chez eux en Suisse, leur rente étant trop faible pour cela. Et ils ne veulent pas aller à l’hôpital. Alors, c’est le consulat qui doit s’en occuper.»

Chères assurances-maladie

En règle générale, le DFAE ne peut intervenir que si un Suisse de l’étranger est sans ressources et a vraiment besoin d’aide. C’est une condition préalable. À cela s’ajoute la problématique de la double nationalité. Si la nationalité étrangère prédomine, aucune aide sociale n’est accordée, ce qui est rarement le cas en Thaïlande, mais ce qui est le cas dans la plupart des pays du monde.

La situation s’est aggravée avec le durcissement de la Thaïlande à l’égard des retraités étrangers à la suite de la pandémie. Le pays asiatique exige désormais des retraités une assurance-maladie avec une couverture de base de 100’000 dollars américains. Les frais de rapatriement en cas de décès doivent également être couverts par cette assurance.

Une telle assurance coûte aux seniors entre 100 et 200 francs par mois. Pour ceux qui ont émigré pour des raisons financières, cela peut poser un problème. La Thaïlande retire désormais le visa de longue durée à ceux qui ne peuvent pas présenter d’assurance maladie. Ils doivent quitter le pays dans les 90 jours. Le hic, c’est qu’il n’est presque plus possible de contracter une assurance maladie privée à un âge avancé ou avec une maladie préexistante.

La demande d’une convention de sécurité sociale entre la Suisse et la Thaïlande est désormais sur la table. Le délégué des Suisses de l’étranger Josef Schnyder, qui vit à Bangkok, a pour objectif que les retraités suisses puissent rester affiliés à l’assurance de base suisse.

Est-ce un problème de la Suisse?

Josef Schnyder a récemment insisté auprès du représentant du DFAE, Johannes Matyassy. Celui-ci a répondu que le problème avait été identifié et a renvoyé aux consultations consulaires que la Suisse souhaite mener en juin avec la Thaïlande.

Mais est-ce le problème de la Suisse si des Suisses de l’étranger ne peuvent pas prolonger leur permis d’établissement en Thaïlande en raison d’un manque d’assurance? Aux yeux de l’expatrié Josef Schnyder, il y a en tout cas un intérêt pour la Suisse. «En cas de retour en Suisse, avec une petite retraite, sans fortune, ils deviennent souvent dépendants de l’aide sociale et une charge pour les contribuables suisses», indique-t-il.

La Thaïlande est un pays qui attire particulièrement les retraités suisses. lotuswell.ch

La Thaïlande n’est toutefois pas le seul point de mire de la campagne suisse. Les points chauds de la gestion des retraités sont, outre la Thaïlande, la Costa Brava en Espagne ainsi que le Maroc, les Balkans ou les Philippines. L’année dernière, 25 représentations suisses de pays particulièrement concernés ont reçu un questionnaire de Berne et l’ont renvoyé rempli. La centrale a désormais une vue d’ensemble.

Les critiques à l’encontre des services consulaires sont parfois virulentes sur les forums des Suisses de l’étranger. «Les ambassades suisses ne sont responsables de rien du tout. Ils profitent des bons moments et puis c’est tout», entend-on. Ou encore: «Malheureusement, on ne peut pas attendre grand-chose des consulats», reproche-t-on dans un groupe Facebook.

Entre cahier des charges et devoir humain

Au DFAE, il règne toutefois le sentiment que la Suisse offre souvent à ses citoyens à l’étranger plus d’aide que ne le prévoit la loi. Il arrive que l’on accompagne quelqu’un à l’hôpital, et certains destins individuels exigent des centaines d’heures de travail.

Avec son approche proactive et la campagne de sensibilisation prévue sur le thème «Aging abroad», la Suisse est en avance sur d’autres pays. Il est également prévu d’impliquer les caisses de pension, car l’argent versé est parfois rapidement dilapidé.

Et puis… la mort

Et il y a finalement le thème de la mort. Lorsqu’elle survient, la situation est souvent plus compliquée à l’étranger qu’en Suisse: faut-il enterrer le défunt ou le rapatrier? Qui paie quoi? «Et surtout, la question centrale est de savoir qui décide lorsqu’il n’y a plus de proches ou que ceux-ci ne s’estiment pas compétents», explique le porte-parole du DFAE Andreas Heller.

La mort est donc un cas en soi, notamment parce qu’elle met fin – par la force des choses – à toute responsabilité personnelle.

Keystone / Rungroj Yongrit

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