La Suisse veut faire rentrer les cryptomonnaies dans le rang

Les cryptomonnaies ont une image sulfureuse. De nombreux pays leur reprochent d’être utilisées pour des activités criminelles Keystone / Jerome Favre

La Suisse, qui se rêve en «crypto-nation», a récemment adopté plusieurs réformes juridiques et instauré l’obligation d’obtenir un agrément pour faire du commerce sur blockchain. Elle se démarque ainsi à l’international.

Ce contenu a été publié le 11 octobre 2021 – 16:00


tokenisé des actions d’un tableau de PicassoLien externe. Sygnum fait partie des plateformes suisses de tokénisation, de plus en plus nombreuses, qui ont vu le jour dans la foulée des réformes juridiques. Elles permettent aussi aux entreprises d’émettre des actions numériques.

Mais l’essor de l’industrie de la blockchain doit être mis en perspective. Parti de son bastion d’origine dans le canton de Zoug, en Suisse centrale (surnommé la «Crypto Valley»), le secteur compte désormais près d’un millier d’entreprises, qui emploient 5000 personnes à travers le pays.

Le secteur financier traditionnel, quant à lui, emploie 220’000 personnes en Suisse. La plus grande banque du pays, UBS, compte plus de 70’000 employés dans le monde. Bitcoin Suisse, l’une des plus anciennes sociétés suisses de cryptomonnaies, a augmenté ses effectifs de 120 à 260 personnes au cours des 18 derniers mois.

La méfiance subsiste

Quelques banques ont commencé à se lancer dans les services de cryptomonnaies, mais le secteur financier s’en méfie encore beaucoup. Les banques s’inquiètent du risque de blanchiment d’argent, raison pour laquelle de nombreuses start-ups actives dans les cryptomonnaies peinent encore à ouvrir un compte bancaire en Suisse.

D’un autre côté, des adeptes de la décentralisation s’opposent à une plus grande ingérence réglementaire. Selon ces personnes, habiller le bitcoin d’un costume-cravate pour le rendre plus acceptable revient aussi à affaiblir ses qualités intrinsèques.

Au lieu d’essayer de s’insérer dans l’infrastructure conventionnelle, les cryptomonnaies et la blockchain sont censées remplacer les banques et les règles rigides par une technologie plus agile, qui cède le contrôle opérationnel au plus grand nombre.

À première vue, la Suisse ne semble pas être l’endroit idéal pour adopter une stratégie visant à tuer les banques. Mais Amir Taaki pense que les deux mondes peuvent coexister dans le pays, quoique tant bien que mal.

«Le monde des cryptomonnaies va se scinder entre un domaine très réglementé, sans innovation, et la finance décentralisée, qui restera souterraine. Ils n’interagiront probablement pas l’un avec l’autre.»

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