La Suisse espère une personnalité consensuelle à la tête de l’OMC

L’actuel directeur général de l’OMC, le Brésilien Roberto Azavedo, se retire. Son successeur sera-t-il capable de sortir l’organisation de la crise? Keystone / Salvatore Di Nolfi

Alors qu’elle est confrontée à la plus grande crise de son histoire, l’Organisation mondiale du commerce (OMC), basée à Genève, se cherche également une dirigeante ou un dirigeant. La Suisse souhaite que ce rôle soit rempli par une personne capable de créer le consensus et de faire avancer les réformes, selon l’ambassadeur suisse auprès de l’OMC Didier Chambovey. 

Ce contenu a été publié le 22 juillet 2020 – 01:44 Plus

La liste des candidates et candidats à la succession de l’actuel directeur général de l’OMC, le Brésilien Roberto Azavedo qui se retire à la fin du mois d’août, a été finalisée il y a quelques jours.

La Suisse n’a pas encore de favori parmi les trois femmes et cinq hommes en lice (voir ci-dessous), assure l’ambassadeur Didier Chambovey à swissinfo.ch. Tout comme les 164 autres pays membres, la Suisse s’est entretenue avec les postulants la semaine dernière.

Didier Chambovey admet tout de même que la Suisse a «besoin d’une personnalité dotée de compétences en matière de gestion, à même de mener à bien la réforme de l’OMC — un défi de taille — mais aussi capable d’écouter les États membres et de dégager un consensus». Le candidat idéal devrait également avoir «du poids politique», estime l’ambassadeur.  

Qui pour diriger l’OMC? 

Huit noms ont émergé pour succéder à Roberto Azavedo. Il y a trois femmes: l’ancienne ministre des Finances nigériane, Ngozi Okonjo-Iweala; l’ancienne ambassadrice du Kenya auprès de l’OMC, Amina Mohamed, et l’actuelle ministre du Commerce de Corée du Sud, Yoo Myung-hee. Ainsi que cinq hommes: le Mexicain Jesús Seade Kuri, ancien directeur général adjoint de l’OMC; l’ancien négociateur de l’OMC, l’Égyptien Abdel-Hamid Mamdouh; l’ancien ministre des Affaires étrangères moldave Tudor Ulianovschi; l’ancien ministre de l’Économie saoudien Mohammad Maziad Al-Tuwaijri et le député britannique Liam Fox, qui a été ministre du Commerce sous Boris Johnson jusqu’en 2019.

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Rétablir la confiance 

La phase de campagne électorale et les consultations entre les États membres commencent maintenant. L’objectif est de trouver un consensus. Les experts pensent qu’une direction intérimaire est possible, et même probable, car la fin de la «phase de campagne» a été fixée au 7 septembre.

Quelle est l’importance de ce processus? «D’un côté, le directeur général n’a pas tellement de pouvoir», d’après Joost Pauwelyn, expert en droit commercial international à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève.

«En même temps, tout le monde est curieux de savoir si un consensus peut être trouvé sur quoi que ce soit ces temps-ci, poursuit le spécialiste. Cela pourrait être quelque chose de nouveau, une première étape pour rétablir la confiance.» 

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Litiges et réformes  

L’OMC ne doit pas faire face uniquement aux critiques et aux exhortations à se réformer. L’administration américaine de Donald Trump a aussi quasiment paralysé son principal organe de règlement des différends, en bloquant la nomination de nouveaux juges dans le groupe spécial d’appel. Washington est mécontent du «zèle» du tribunal et de son «mépris» des règles de l’OMC; le gouvernement américain est également irrité par le manque d’autonomie de l’OMC vis-à-vis de la Chine.

À l’heure actuelle, il ne reste qu’un juge opérationnel au sein de la Cour d’appel qui statue sur les différends commerciaux. Un juge, alors qu’elle en compte à l’origine sept et qu’il en faut au moins trois pour qu’elle puisse fonctionner.

Certains membres de l’OMC, dont l’Union européenne et la Chine, ont mis en place un mécanisme temporaire de règlement des différends commerciaux. La Suisse y a adhéré elle aussi mais, contrairement à d’autres membres du groupe, elle n’a pratiquement aucun litige à résoudre. Joost Pauwelyn de l’IHEID y voit un signe de l’engagement de la Suisse en faveur du multilatéralisme.

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Dans ses relations avec l’Union européenne, la Suisse joue un dangereux jeu d’équilibriste, dont elle pourrait aussi sortir perdante.

«La Suisse a beaucoup à gagner d’une OMC forte», explique-t-il. Elle a également intérêt à ce que l’organisation reste à Genève. «Pour la Suisse, c’est une priorité absolue. L’IHEID vient de lancer la ‘Geneva Trade Platform’ (plateforme commerciale de Genève) avec un premier apport financier du gouvernement suisse. L’un des objectifs est de mettre en lumière l’importance de Genève pour le commerce international».

L’OMC «cruciale pour la Suisse»

Selon Didier Chambovey, la position actuelle des États-Unis n’est pas le seul défi que doit relever l’OMC.

En ce qui concerne les réformes, les priorités suisses comprennent la mise à jour du règlement de l’OMC «afin de tenir compte des nouvelles technologies y compris du e-commerce», la lutte contre les subventions qui mènent à la surpêche et à l’épuisement des ressources mondiales, et la recherche «d’un moyen de rétablir un organe de règlement des différends pleinement opérationnel», détaille l’ambassadeur.

Il ajoute qu’une nouvelle approche du traitement spécial pour les pays en développement est nécessaire. «Ils ne devraient pas tous bénéficier des mêmes flexibilités et devraient se voir accorder un traitement différencié en fonction de leur niveau de développement».

Didier Chambovey souligne qu’une OMC pleinement opérationnelle est cruciale pour la Suisse, un petit pays à l’économie relativement surdimensionnée et mondialisée, qui dépend beaucoup du commerce international. «Il est extrêmement important pour nous que cet organe fonctionne bien et que nous puissions préserver un système commercial ouvert, relève-t-il. C’est important pour notre économie».