La société civile se mobilise contre les autocrates

Une foule de gens dans la rue

Depuis maintenant neuf mois, les citoyens de Hong Kong descendent dans la rue pour protester contre leur gouvernement basé à Pékin. 

(Keystone / Vivek Prakash)

La contestation populaire enfle dans de nombreux pays, mais les autocraties sont toujours plus nombreuses. L’institut V-Dem fait le point dans son rapport annuel sur la démocratie dans le monde.

Claude Longchamp est politologue et historien. Il est l’un des analystes de la vie politique les plus expérimentés et renommés de Suisse.

(swissinfo.ch)

En 2019, pour la première fois depuis une vingtaine d’années, davantage de personnes vivaient dans un régime autocratique que dans une démocratie. 2019 était aussi l’«Année des contestations globales pour la démocratie». Le rapport de l’institut V-DemLien externe de l’Université de Göteborg, en Suède, revient sur ces événements et tire le bilan.

Une dynamique encourageante

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L’index des contestations pro-démocratiques atteint un niveau record. Des milliers de personnes ont manifesté à Hong Kong, à Téhéran, à Varsovie ou encore à Santiago du Chili. Sur le terrain, la société civile s’est mobilisée contre les régimes autocratiques pour exiger la liberté de la presse, davantage de droits politiques et le respect des droits humains. 

Le soulèvement des simples citoyens s’est intensifié dans le monde l’année dernière, il était plus fréquent et plus marqué que lors de la dislocation de l’Union soviétique ou de l’émergence des Printemps arabes.

Des causes inquiétantes

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Ce qui a provoqué ces contestations massives est la poursuite dans de nombreux États d’une autocratisation du pouvoir politique. Même les démocraties libérales s’érodent: huit d’entre elles ont disparu en seulement une décennie.

La situation s’est particulièrement détériorée dans la Hongrie de Victor Orban, devenue «la première autocratie de l’Union européenne» d’après V-Dem. Le président a mis en place une politique très restrictive des médias avec une presse contrôlée. Il a même annoncé vendredi dernier qu’il voulait avoir la possibilité de prolonger l’état d’urgence sans consulter le Parlement.

L’autocratisation est également importante en Pologne, où l’indépendance du pouvoir judiciaire a été restreinte. En Serbie, la censure drastique par l’État pose problème. Cette tendance à l’autocratisation s’observe aussi en Turquie, en Inde et au Brésil, où le démantèlement des libertés des citoyens et des minorités est préoccupant.

Une situation déclinante

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54% des habitants de notre planète vivent aujourd’hui dans une autocratie. Pour la première fois depuis 2001, ce chiffre dépasse celui des personnes vivant dans une société démocratique. Les autocraties électorales sont désormais le type de régime le plus courant, il concerne 62 des 179 États étudiés. Dans ces pays, des élections sont organisées mais elles sont politiquement inefficaces et dissimulent un régime autoritaire. Le Moyen-Orient est le leader mondial à cet égard.

Les démocraties sont encore un peu plus répandues que les autocraties électorales, si on additionne les 37 démocraties pures et les 50 démocraties électorales. Ces dernières sont considérées comme des démocraties incomplètes, car elles manquent de liberté, d’égalité, de participation. Ou car les élections ne sont pas irréprochables.

>> Le graphique montre la tendance mondiale à l’autocratisation des régimes (rouge) et la tendance mondiale à la contestation pro-démocratique (bleu):

un graphique

(Institut V-Dem, Université de Göteborg)

Une Suisse ascendante

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Pour la tenue d’élections, la Suisse obtient de bons résultats, mais dans une moindre mesure. La raison principale est l’opacité du financement des partis politiques.

Toutefois, les politologues de Göteborg n’y voient pas un problème démocratique général. Ils classent désormais la démocratie suisse à la quatrième place, soit une place de mieux qu’il y a un an, avec 83 points sur 100.

La Suisse reste donc un modèle en matière de participation politique, notamment grâce aux droits populaires, à la participation de la société civile et à la décentralisation des instances décisionnelles.

Ma conclusion

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Pendant longtemps, la démocratie anglo-saxonne a été considérée comme un exemple au niveau mondial. La Grande-Bretagne, avec son modèle de Westminster, occupe encore la 13e place dans le rapport de V-Dem. Les États-Unis et leur démocratie présidentielle ne sont qu’à la 36e place.

Il semble que la compétition pour le pouvoir politique provoque aujourd’hui une polarisation paralysante et alimente ainsi la crise de la démocratie.

Ce qui est nouveau, ce sont les démocraties presque entièrement basées sur le consensus qui se trouvent en tête du classement. Aujourd’hui, les pays nordiques font l’école de la démocratie, réalisant en même temps la stabilité, la réussite économique et l’intégration sociale.

C’est une autre leçon à tirer de l’année de la démocratie 2019!

Les systèmes politiques

Aujourd’hui, une division en quatre catégories est largement acceptée:

  • Démocraties totales ou libérales: droits fondamentaux garantis, État de droit, séparation des pouvoirs
  • Démocraties non libérales ou défectueuses: élections libres et équitables. Certains droits fondamentaux sont attaqués, par exemple la liberté de la presse.
  • Régimes hybrides: élections manipulées. Certains droits fondamentaux sont attaqués, par exemple la liberté de la presse. État de droit, la séparation des pouvoirs n’est pas garantie. Les opposants politiques sont persécutés.
  • Autocratie: monarchies absolues ou dictatures. Il n’existe pas de véritable pluralisme des partis. Les élections sont manipulées. Les médias sont gérés par l’État qui pratique la censure et persécute les critiques.

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