La numérisation touche désormais aussi les aides de ménage

Dans son bureau de Lausanne, Andreas Schollin-Borg pose a côté de Batman, le super héros qui lui a inspiré le nom de sa start-up. swissinfo.ch

Trois clics et l’aide tant attendue pour faire le ménage apparaît à la porte. C’est la promesse d’une start-up créée il y a à peine six ans, mais qui aujourd’hui fournit déjà du travail à deux mille personnes en Suisse. Un changement de stratégie a par ailleurs permis de répondre aux critiques d’«uberisation».

Ce contenu a été publié le 14 février 2021 – 15:00 batmaid.chLien externe.

Fondée en 2014 par Andreas Schollin-Borg et Éric Laudet, cette start-up tire son nom du super héros de bande dessinée Batman. L’idée est née alors que Andreas Schollin-Borg vivait à New York et avait besoin de nettoyer rapidement l’appartement qu’il occupait. Il a alors cherché de l’aide sur le site handy.com. Une femme de ménage est arrivée peu de temps après. «Cela ne m’a pas pris plus d’une minute pour faire la demande, mais j’avais peur de laisser une personne inconnue entrer. Je suis donc resté pour voir si tout fonctionnait».

De retour en Suisse, Andreas Schollin-Borg a apporté l’idée dans ses bagages. Jusqu’alors, la façon la plus courante de trouver des aides de ménage était d’aller chercher des annonces dans les supermarchés ou les journaux, une manière de faire qui présente des inconvénients. «Vous ne savez pas si la personne viendra, si vous pouvez lui faire confiance ou même si elle fera le travail», avertit Andreas Schollin-Borg. Il a alors compris le potentiel du marché et décidé d’ouvrir sa propre entreprise. Mais au début, la méfiance des investisseurs était grande. «Aucune banque ne voulait nous prêter de l’argent. Ils ne pensaient pas que cette affaire fonctionnerait».

Finalement, les deux jeunes entrepreneurs ont investi leurs propres économies et ont commencé à opérer, à Lausanne et Genève dans un premier temps. Au fil des ans, ils se sont étendus à d’autres villes suisses. Aujourd’hui, la société compte 85 personnes, qui travaillent depuis trois bureaux en Suisse et un au Luxembourg, ouvert il y a deux ans. De plus, un groupe informatique est actif à Varsovie, en Pologne, pour développer la plateforme.

Fin de la précarisation

Aujourd’hui, Batmaid a déjà un portefeuille de plus de 16’000 clients réguliers en Suisse et au Luxembourg. L’entreprise emploie deux mille «agents de nettoyage», comme elle les appelle, dont cinq pour cent seulement sont des hommes. Par le biais du marketing direct, elle recrute environ 1000 nouveaux employés par mois. Contrairement aux entreprises habituelles du secteur de la Gig Economy (économie des petits boulots), la start-up a décidé d’engager ses agents à partir de 2021.

Jusqu’alors, l’entreprise n’était pas soumise aux conventions collectives de travail (CCTLien externe), ces accords entre les employés et les employeurs d’un secteur destinés à réglementer les salaires et autres protections sociales. Batmaid était considéré comme un simple intermédiaire mettant en relation les employeurs et les employés par le biais d’une plateforme électronique. Cependant, les syndicats se sont montrés très critiques par rapport à ces conditions: en 2019, le syndicat UniaLien externe a dénoncé l’entreprise devant les autorités fédérales et le canton de Vaud pour non-respect de la CCT de la branche.

BatworkLien externe».

Outre l’avantage d’être sous contrat, le nouveau système offre également une plus grande protection aux agents. Jusqu’ici, s’ils travaillaient pour un client et n’étaient pas payés, c’est eux qui assumaient la perte financière. Ils peuvent également refuser de travailler pour quelqu’un avec qui ils ont eu une mauvaise expérience.

Pour engager les services d’un agent de nettoyage, le client doit se rendre sur le site de Batmaid et indiquer où il habite. Il faut ensuite déterminer le nombre d’heures que durera le service – le minimum est de deux – et ajouter éventuellement des tâches supplémentaires telles que le nettoyage des vitres, le repassage, la lessive ou même le nettoyage de l’intérieur du frigo. Le client paie 39 francs par heure. Cette somme comprend les charges sociales (retraite, assurance chômage), la TVA, les frais de carte de crédit et la rémunération de Batmaid.

Rosângela Forte fait partie de ces agents de nettoyage de Batmaid. Cette Brésilienne de 57 ans est en Suisse depuis 26 ans. Depuis son arrivée, elle a fait toutes sortes de travaux, du baby-sitting aux soins à domicile. Cependant, elle est satisfaite depuis qu’elle a rejoint Batmaid en 2017. «J’ai la liberté et la flexibilité dans ce travail. C’est comme ça que je contribue au budget familial», indique cette mère de deux enfants adultes.

Elle dit avoir un revenu mensuel moyen de 1250 francs, obtenu grâce à la dizaine de nettoyages qu’elle effectue tous les mois. «Mais il y a des mois où j’en fait jusqu’à quinze, ce qui améliore un peu mes revenus.» Son salaire varie en fonction de différents facteurs, dont sa disposition à travailler un certain nombre d’heures par mois.

Rosângela Forte devant la publicité où elle pose en compagnie de Martina Hingis. swissinfo.ch

Un marché en grande partie illégal

Rencontrée au siège de Batmaid à Lausanne, Rosângela Forte nous montre une publicité que l’entreprise a diffusée dans tout le pays. La Brésilienne y est photographiée aux côtés de la joueuse de tennis suisse Martina Hingis, qui a remporté 25 titres du Grand Chelem en simple et en double. Dans la publicité téléviséeLien externe, on la voit en train en train de nettoyer les trophées de la championne. «Nous avons tous besoin de héros. Comme Martina Hingis, réservez votre pro du ménage, assurée et déclarée sur batmaid.ch», dit la voix off.

Pour le cofondateur de la société, la publicité transmet ainsi son message principal. «Mon objectif est de lutter contre le travail illégal», déclare Andreas Schollin-Borg. Il souligne que dans ce marché qui pèse environ un milliard de francs, 80% des services fournis sont irréguliers, c’est-à-dire par des personnes occupées illégalement, sans en informer les autorités et sans payer les charges sociales.

Bien qu’elle détienne cinq pour cent du marché du nettoyage domestique en Suisse et au Luxembourg, la start-up suisse ne réalise toujours pas de bénéfices. Depuis sa création, elle a reçu des capitaux d’investisseurs tels que la compagnie d’assurance la Bâloise. Jusqu’ici, cependant, la priorité a été de développer l’entreprise. «Nous attendons les premiers résultats positifs en 2021, mais nous n’en sommes pas sûrs, car nous sommes en pleine crise pandémique, ce qui entraîne beaucoup de difficultés», tempère Andreas Schollin-Borg.