La Méditerranée magnifiée de Fred Boissonnas

Autoportrait à l’appareil binoculaire, 1900. Tirage au gélatino-bromure d’argent contrecollé sur carton. © Bibliothèque de Genève

Ulysse a passé dix ans en Méditerranée pour retrouver ses pénates. Une épopée qui a inspiré il y a un siècle le Genevois Fred Boissonnas, un pionnier de la photographie. C’est le thème d’une exposition mise en scène à Genève par le Musée Rath.

Ce contenu a été publié le 14 janvier 2021 – 10:17 Fred BoissonnasLien externe était aussi un homme de montagne. En Suisse, il a réalisé d’importantes œuvres sur les Alpes valaisannes, et il est également devenu célèbre pour ses spectaculaires images du Mont-Blanc. Il a ensuite acquis une renommée supplémentaire en Grèce lorsqu’il a entrepris la première ascension du mont Olympe en août 1913 avec l’écrivain et critique d’art genevois Daniel Baud-Bovy et le guide de montagne grec Christos Kakkalos.

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Dans ses préparatifs, Boissonnas s’est minutieusement documenté sur les multiples réalités de ses destinations, grâce à des échanges réguliers avec des universitaires, des artistes et des hommes politiques. Cette connaissance et ces contacts lui ont donné un accès unique au pays et à ses habitants.

En GrèceLien externe, son travail était très apprécié par les politiciens afin d’améliorer l’image du pays à l’étranger. Ceci à un moment où Athènes essayait d’étendre son territoire sur les ruines de l’Empire ottoman. Un conflit perdu par la Grèce et réglé en 1923 par le traité de Lausanne. Boissonnas devait photographier les nouveaux territoires, «libérés» selon la vision grecque. Cela a donné lieu à de nombreuses commandes pour le photographe genevois qui, malgré sa renommée artistique, était en proie à des difficultés financières.

Dans la foulée, Boissonnas a accepté une commande du roi égyptien Fouad Ier qui voulait célébrer l’indépendance concédée par le Royaume-Uni en 1922. Ce mandat lui donnait l’occasion de parcourir le Sinaï et de photographier les lieux de l’exode biblique des Hébreux.

,Fred Boissonnas en Haute Égypte, 1929-1930 © Bibliothèque de Genève

Là encore, l’image des vestiges antiques devait favoriser leur résurrection dans la modernité. Le médium relativement nouveau qu’était la photographie servait la construction de l’État.

Mais Boissonnas s’intéressait fortement à la population elle-même. Sa vision ethnographique de la vie quotidienne des habitants vivant à l’ombre des ruines de leurs ancêtres était libre de tout préjugé et leur conférait une dignité particulière. Aujourd’hui, ce sont des documents d’une valeur historique inestimable.

Avec leur esthétique intemporelle, ce sont les paysages marins qui sont au cœur de l’exposition, des photos prises entre Gibraltar et les îles grecques, entre l’Italie et les côtes nord-africaines. Le rôle de la Méditerranée mythique dans l’œuvre de Boissonnas est essentiel pour saisir l’importance du Genevois dans le développement de la photographie.

En raison des mesures de lutte contre la pandémie, le Musée Rath restera fermé jusqu’à nouvel ordre. L’expositionLien externe se poursuit jusqu’à la fin du mois de janvier, mais aucune décision n’a encore été prise quant à sa prolongation.

>> La dynastie Boissonnas racontéeLien externe en 1982 par l’écrivain voyageur genevois Nicolas Bouvier (RTS) .

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