«La lutte contre la stigmatisation de l’avortement est encore un combat majeur»

L’adoption par le Congrès argentin d’une nouvelle loi légalisant l’avortement pour toutes les femmes jusqu’à 14 semaines de grossesse a été accueillie par des célébrations le 30 décembre 2020. Copyright 2020 The Associated Press. All Rights Reserved

L’Argentine intègre en 2021 la liste des pays autorisant l’interruption volontaire de grossesse. Les femmes qui avortent sont cependant souvent stigmatisées, y compris dans les pays où la pratique est légale comme en Suisse, explique la spécialiste Clémentine Rossier. 

Ce contenu a été publié le 18 janvier 2021 – 16:01 En savoir plus sur l’auteur.e | Multimedia

L’Argentine s’est dotée le 30 décembre 2020 d’une loi garantissant le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu’à la 14e semaine, aux soins post-avortement et à un traitement digne, confidentiel et gratuit pour les femmes, ainsi qu’une éducation sexuelle complète.

Peu de pays dans le monde disposent d’une telle législation visant à limiter le risque d’avortements clandestins. En Amérique latine, l’Argentine rejoint l’Uruguay, Cuba, la Guyane, la Guyane française et Porto Rico, où les femmes peuvent avorter sans avoir subi de viol ni que leur vie soit en danger.

Clémentine RossierLien externe. Professeure à l’Institut de santé globale de l’Université de Genève, elle étudie les avortements, la contraception et le sujet de la fertilité dans le monde. Entretien.

swissinfo.ch: Les autorités suisses évoquent un faible taux d’avortement en comparaison internationale (5,5 pour 1000 femmes en 2019Lien externe). Ce chiffre est-il particulièrement notable?

Clémentine Rossier: Oui, bien sûr. Ce taux est lié au fait que la Suisse, tout comme les Pays-Bas, se distingue par une très bonne éducation sexuelle dans les écoles, réalisée par l’organisation Santé Sexuelle Suisse. Ce réseau très actif et bien organisé d’associations de planning familial au niveau cantonal suit aussi les patients jeunes, les étrangers et les personnes à faibles revenus.

En France, où le taux d’avortement est beaucoup plus élevé (15,6 pour 1000), la contraception et l’avortement sont traités comme des questions médicales; les liens avec le système éducatif sont moins consolidés, bien qu’il existe aussi des associations dynamiques de planning familial.

motionLien externe parlementaire réclame des mesures pour réduire ce pourcentage. Le gouvernement affirme qu’il n’en voit pas la nécessité. Quelle est votre opinion à ce sujet?

Je suis d’avis qu’il n’est pas nécessaire de réduire les avortements tardifs, car la Suisse est exemplaire en la matière et certains cas particuliers (concernant la santé de la mère ou du fœtus) nécessiteront toujours un traitement ultérieur.

En Suisse, l’assurance-maladie prend en charge l’IVG mais pas la contraception. N’est-ce pas paradoxal? 

La prise en charge de l’IVG par l’assurance-maladie est une réussite à souligner dans la lutte pour le droit à l’avortement en Suisse! C’est plutôt en matière de droit à la contraception que le pays est à la traîne, car d’autres pays la remboursent. Mais il faut parfois choisir ses combats. 

Les IVG et les avortements tardifs en Suisse

La Suisse a un taux d’avortement de 5,5 pour 1000Lien externe femmes âgées de 15 à 49 ans.

Le Code pénalLien externe permet l’interruption volontaire de grossesse (IVG) pendant les douze semaines suivant le début des dernières règles.

Nonante-cinq pour cent des avortements ont lieu pendant cette période. Les 5% restants sont des avortements tardifs: la loi ne les autorise qu’avec l’avis favorable d’un médecin et si la poursuite de la grossesse menace l’intégrité physique de la femme ou risque de la plonger dans un état de détresse profonde.

En 2019, 419 avortements ont été enregistrés dans cette catégorie, sur un total de 9447 IVG.

Une motionLien externe de la députée Yvette Estermann (UDC, droite conservatrice) demande au gouvernement d’élaborer des mesures pour réduire le nombre de ces avortements tardifs. Elle n’a pas été traitée au Parlement, mais l’exécutif estime que la question sera réglée par la révision de la loi fédérale sur l’analyse génétique humaine (LAGH), qui doit entrer en vigueur à l’été 2021.

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