Impact de la libre circulation sur l’économie suisse: ce que disent les chiffres

Des frontaliers frontaliers traversent le lac Léman pour se rendre au travail en Suisse. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott) Source: KEYSTONE Created Date: Tue May 21 02:00:00 CEST 2013 Keystone / Jean-christophe Bott

L’immigration européenne en Suisse répond dans l’ensemble aux besoins du marché de l’emploi et une suppression de la libre circulation coûterait cher à l’économie helvétique, concluent diverses études menées ces dernières années.

Ce contenu a été publié le 28 juillet 2020 – 14:30 Plus

Une immigration «modérée», sans libre circulation: c’est ce que réclame l’Union démocratique du centre (UDC), dont l’initiative populaire sera soumise au vote des Suisses le 27 septembre. Le parti de droite conservatrice réclame l’abrogation de l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) et souhaite rendre impossible la conclusion de nouveaux traités qui accorderaient un régime similaire à des ressortissants étrangers en Suisse.

Sur le plan économique, quel bilan peut-on tirer de l’ALCP vingt ans après sa conclusion? La Suisse a-t-elle gagné à ouvrir son marché de l’emploi aux travailleurs européens? Éléments de réponse en chiffres.

Vingt ans de libre circulation

Signé le 21 juin 1999 entre la Suisse et l’Union européenne, l’accord sur la libre circulation des personnes facilite les conditions de séjour et de travail en Suisse des citoyens de l’Union européenne (UE) et des États de l’Association européenne de libre-échange (AELE). L’accord est en vigueur depuis le 1er juin 2002, et a été étendu en 2006, en 2009 et en 2017 aux ressortissants des nouveaux États de l’UE. Le droit à la libre circulation des personnes est complété par des dispositions sur la reconnaissance mutuelle des diplômes, l’acquisition de biens immobiliers et la coordination des systèmes de sécurité sociale.

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Quel a été l’effet de la libre circulation sur l’immigration?

L’ALCP a dopé l’immigration en provenance des pays de l’Union européenne (UE) et des États de l’Association européenne de libre-échange (AELE). En 2002, année d’entrée en vigueur de l’accord, un peu moins de 900’000 ressortissants de ces zones résidaient en Suisse. Leur nombre a depuis bondi de près de 60%, pour atteindre 1,4 million de personnes.

La Suisse est le 2e pays européen comptant la part la plus importante d’étrangers de l’UE/AELE dans sa population active (près de 20%), derrière le Luxembourg. Le nombre de travailleurs frontaliers actifs en Suisse a quant à lui plus que doublé entre 2002 et 2019, passant de 162’000 à près de 330’000.

rapport est paru fin juin.

mesures d’accompagnement- et que la main-d’œuvre étrangère est davantage un complément à la main-d’œuvre locale qu’une concurrence.

Certaines identifient toutefois des sous-groupes de population qui seraient légèrement pénalisés, notamment les personnes très qualifiées nées en Suisse, d’après une étude parue en 2013.

pression sur les salaires des personnes très qualifiées, d’autres ont conclu que les limitations de salaires avaient surtout impacté les moins qualifiés. Une étude impute à l’immigration une croissance des salaires pour les Suisses très qualifiés, une autre estime que ce sont plutôt les travailleurs suisses faiblement qualifiés qui ont profité de l’ALCP. Certains travaux, enfin, ne constatent aucun effet statistiquement significatif de l’immigration sur les salaires.

Au niveau global, le salaire médian des Suisses et de tous les étrangers (le détail pour l’UE/AELE n’est pas disponible) a quoi qu’il en soit progressé de manière constante et quasiment dans les mêmes proportions entre 2008 et 2018 (respectivement +0,84% et 0,87% par an).

L’Observatoire sur la libre circulation des personnes estime donc qu’il n’y a eu «aucune répercussion négative» de l’immigration sur l’évolution salariale générale.

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Que coûterait la fin de la libre circulation à l’économie suisse?

Après l’acceptation le 9 février 2014 de l’initiative UDC «contre l’immigration de masse», qui faisait craindre aux autorités une remise en cause de l’accord sur la libre circulation, le SECO a commandé deux études pour évaluer les conséquences économiques à long terme d’un tel scénario.

Ces rapports parus en 2015 affirment notamment que la croissance de la population active induite par l’ALCP a entraîné à la fois une augmentation du potentiel de production de l’économie, mais aussi une hausse globale de la demande, favorisant la croissance.

Et les économistes sont unanimes: selon eux, la fin de la libre circulation coûterait cher à la Suisse. À l’horizon 2035, ils évoquent un PIB inférieur de 3 à 4%, un commerce extérieur affaibli et un revenu du travail de la population active inférieur de près de 400 millions de francs par rapport à un avenir où la libre circulation est toujours en vigueur.

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