Énergies fossiles: les banques toujours en proie aux critiques en 2022

Les grandes banques, comme UBS, subissent une pression croissante pour assainir leurs investissements. Keystone / Ennio Leanza

Alors que les entreprises se préparaient pour le sommet sur le climat COP26 à Glasgow en novembre, l’une des plus grandes banques européennes, UBS, a fait le point sur la manière dont elle comptait apporter sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique.

Ce contenu a été publié le 13 janvier 2022 – 15:22

Pilita Clark, Financial Times

Le groupe suisse UBS a indiqué être devenu un membre fondateur de la nouvelle Net Zero Banking Alliance (un club initié par le Programme des Nations unies pour l’environnement) formé principalement de banques occidentales s’engageant à décarboner leurs portefeuilles. «Nous publierons dans le courant de l’année un plan d’action climatique complet fixant des objectifs fondés sur des données scientifiques, y compris les étapes intermédiaires», a déclaré UBS.

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C’était en avril. Mais à la fin de l’année, ce plan d’action n’avait pas encore été présenté. La banque dit maintenant qu’elle vise le mois de mars.

L’une des explications de ce retard est que le programme climatique devait s’intégrer dans une vision stratégique plus large pour UBS, que son nouveau directeur général, Ralph Hamers, doit dévoiler en février.

Mais ce retard reflète également un dilemme plus large dans le secteur: l’énorme volume de travail auquel les banques sont confrontées alors qu’elles s’efforcent de respecter les engagements «zéro émission nette» qui feront de 2022 une année où le financement des combustibles fossiles sera plus visible – et plus problématique – que jamais.

Des définitions floues

«C’est une tâche énorme», déclare Jörg Eigendorf, responsable de la communication et du développement durable à la Deutsche Bank. Son adhésion à la Net Zero Banking Alliance l’oblige à calculer et à modéliser l’empreinte carbone d’un portefeuille de prêts valant des milliards d’euros, qu’elle divulguera d’ici à la fin de 2022. «Cela apportera beaucoup plus de transparence et d’examen de la part des régulateurs, des politiciens, des investisseurs et du grand public», déclare Jörg Eigendorf.

On pourrait penser que cela n’a pas beaucoup d’importance, vu la tendance au financement vert. Pour la première fois en 2021, les énergies renouvelables et autres projets respectueux du climat ont reçu plus d’obligations et de prêts bancaires que le secteur des combustibles fossiles, et d’autres soutiens sont en préparation.

Selon le cabinet d’études financières Autonomous, la Deutsche Bank, JP Morgan Chase et HSBC font partie de la douzaine de banques dont les engagements annuels en matière de financement vert dépassent désormais leur soutien aux combustibles fossiles en 2020.

Les définitions du financement vert peuvent être généreuses. La direction prise semble claire. Mais si les banques ouvrent peut-être les robinets pour le financement vert, elles sont loin de les fermer pour les combustibles fossiles.

Investissements dans les combustibles fossiles

Les 60 plus grandes banques du secteur privé dans le monde ont placé plus de 3800 milliards de dollars dans les secteurs du pétrole, du gaz et du charbon depuis l’accord de Paris de 2015, selon les recherches des ONG. Et une grande partie est allée à des entreprises pétrolières et gazières ayant de grands projets d’expansion.

Sans signes de changement rapide, les banques sont confrontées à une double difficulté: exposer leurs financements fossiles à un examen plus approfondi – et à des accusations de vilenie climatique – sans montrer comment elles pourraient éventuellement corriger ces financements.

En théorie, le problème devrait être résolu par un groupe comme la Net Zero Banking Alliance, dont les 98 membres représentent plus de 40 % des actifs bancaires mondiaux. Ils doivent présenter des plans de réduction à zéro des émissions. Le problème tient aux calculs effectués.

Les scientifiques ont établi qu’il est beaucoup plus sûr de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C. Les émissions de carbone produites par l’homme, dont une grande partie provient de la combustion de pétrole, de gaz et de charbon, devraient donc être réduites de près de moitié d’ici à 2030 et tomber à zéro d’ici à 2050 environ. En bref, le monde doit rapidement se sevrer des combustibles fossiles, qui représentent environ 80% du mix énergétique, et abandonner les projets d’extraction.

Une idée fantaisiste?

Les banques ont réduit leur soutien au charbon au fil du temps. Mais très peu de membres de l’alliance ont publié des plans détaillés indiquant comment et quand ils pourraient également réduire leur soutien au pétrole et au gaz – les règles leur donnent plusieurs années.

La Banque Postale, en France, constitue une exception. En octobre, elle a déclaré qu’elle se retirerait complètement des industries pétrolières et gazières d’ici 2030, comme elle l’a fait pour le charbon. Goldman Sachs, JP Morgan Chase et d’autres banques de la Net Zero Banking Alliance qui ont commencé à publier des plans «zéro émission» plus détaillés n’ont pas encore suivi son exemple.

Elles risquent de perdre plus d’affaires que la banque française, mais certains analystes pensent que la perte pourrait être compensée par la croissance verte. Selon Autonomous, la demande croissante de prêts et d’autres services bancaires de la part d’un secteur vert en pleine expansion pourrait représenter une valeur nette supplémentaire de 2,3 milliards de dollars par an pendant des décennies.

En privé, certains banquiers reconnaissent le risque qu’il y a à rester aux côtés d’entreprises déterminées à continuer à produire beaucoup d’émissions, mais peu de revenus bancaires, surtout si des prêteurs rivaux commencent à se tailler un terrain vert rentable. D’autres disent qu’il est risqué d’être un pionnier en l’absence d’une tarification significative du carbone ou d’autres politiques gouvernementales visant à uniformiser les règles du jeu en matière de financement.

Et quel est l’intérêt pour les banques cotées en bourse de se retirer des combustibles fossiles si les investisseurs privés, moins surveillés, les rejoignent? On estime que les sociétés de capital-investissement ont investi plus de 1000 milliards de dollars dans le secteur de l’énergie depuis 2010, principalement dans les combustibles fossiles, ce qui montre bien où se dirige la prochaine bataille du financement zéro émission nette.

«Les banques cotées en bourse ne sont pas la fin du problème», déclare Mike Hugman, directeur du financement climatique à la Fondation du Fonds d’investissement pour l’enfance. Les investisseurs en capital privé devraient exiger que toutes les entreprises qu’ils soutiennent aient des plans d’action climatiques significatifs, dit-il.

Il n’y a pas si longtemps, cette idée aurait semblé fantaisiste. Mais les temps changent vite. Il suffit de le demander à une banque.

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